(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le moment de la bascule

(Bruno Duvic) Il arrive que les hommes apparemment les plus solides, craquent. C'est l'histoire que raconte cette semaine Odile Benyahia-Kouider dans L'Obs à propos de Baudoin Prot. Avec Michel Péberau, à la tête de BNP-Paribas, ils formaient le tandem bancaire le plus redouté de la place de Paris. Baudoin Prot s'apprête à partir, il jette l'éponge deux ans avant le terme prévu. Et il a quasiment disparu du jour au lendemain. Absent à la soirée annuelle de la presse le 15 octobre, présent mais regard fuyant quelques jours plus tôt lors d'une soirée parisienne. Diagnostic de ses amis : burn out.

"Pourquoi occulter la vérité ? ajoute un banquier On devrait parler plus ouvertement de la dépression qui touche les dirigeants soumis à des pressions extraordinaires. On ne mesure pas ce que la crise a représenté dans nos métiers."

Travail jour et nuit, pression, dépression. Mais la fêlure remonte au 9 août 2007 d'après L'Obs . Ce jour-là, c'est de BNP-Paribas que jaillissent les premières étincelles de la crise des subprimes. La banque annonce la fermeture de deux ses fonds exposés à ces produits financiers toxiques. "Baudoin se croit responsable de la crise financière mondiale, dit une proche. L'affaire américaine l'a achevé. Il se reproche de n'avoir rien vu."

L'affaire américaine, c'est l'amende record infligée à la BNP pour avoir brisé un embargo américain sur toute une série de pays. Et le soupçon de délit d'initié qui pèse sur Baudoin Prot, notamment. Pourquoi lui ou ses proches ont-ils vendu des paquets d'action quelques mois avant cette tempête américaine ?

Faut-il plaindre les grands patrons ? Pas vraiment à la lecture de la dernière étude du cabinet de conseil Proxinvest sur les salaires des grands patrons. Détail dans Le Parisien-Aujourd’hui en France . 2 millions 900.000 Euros en moyenne l'an dernier pour les dirigeants des 120 plus grosses sociétés cotées à Paris. Le cabinet de conseil parle de "dérive socialement inacceptable". En tête du palmarès, Arnaud Lagardère : 16 millions 600.000 Euros l'an dernier. Cela prend en compte les plus-values sur la vente d'EADS.

Lagardère fils dont les escapades avec sa compagne défraient régulièrement la chronique. Dernier épisode raconté dans L'Obs : un séminaire réunissant les pontes de son entreprise séché fin de septembre à Rome. Le patron fêtait les 24 ans de sa compagne dans une atmosphère oscillant entre "Alice au pays des merveilles" et l'univers de Mylène Farmer.

Affaire de gros sous, encore à la Une de Mediapart

Le prêt russe du Front national. Le site d'information donne un peu plus d'ampleur à l'affaire : ce ne serait pas 9 mais 40 millions d'Euros qui seraient en jeu. Les 9 millions avancés par la First Czech Russian Bank ne seraient que la première tranche d'un prêt beaucoup plus vaste. "Fantaisiste et délirant" répond Marine Le Pen. Rien d'illégal dit-on au FN. Mediapart s’interroge aussi sur la rémunération touchée par le député européen frontiste qui a servi d'intermédiaire : 140.000 Euros. Question sur l'indépendance de cet élu européen rémunéré par une banque russe dans le contexte géopolitique que l'on connait.

L'affaire éclate juste avant le congrès du FN samedi et dimanche. Congrès qui sacrera Marine Le Pen. Elle est « Le cauchemar de Hollande, Sarkozy et les autres », titre Valeurs actuelles cette semaine. Nicolas Sarkozy à la Une de L'Obs avec ce petit mot de 3 lettres assassin accolé à son visage : Usé. A la veille du vote à l'UMP, à l'issue d'une campagne qui n'a pas vraiment pris Carole Barjon décrit les doutes de Nicolas Sarkozy et de son entourage. Cette question, notamment que lui a posée un ami un peu plus franc que les autres : "Nicolas est-ce que tu bosses vraiment ?" Il n'est pas le seul à s'inquiéter. En septembre, un bénévole a quitté l'équipe, exaspéré par le dilettantisme du patron. Pas de discussion sur le fond, disent ceux qui fréquentent alors la rue de Miromesnil. L'ex est persuadé de ne faire qu'une bouchée de son successeur François Hollande.

Moments de bascule : la naissance d'un enfant, la disparition d'un proche

Et dans Le Point , le négatif photographique de tout ce que l'on a pu dire hier à propos des 40 ans de la loi Veil. A travers un portrait du professeur François Olivennes, zoom sur ces couples qui veulent à tout prix un enfant. Spécialiste de la fertilité, François Olivennes est considéré par certains couples qui viennent le voir comme le docteur de la dernière chance. "Célibataires, couples homosexuels ou trop âgés, ils se débrouilleront toujours et sont capables de tout. Une de mes patientes est revenue de Grèce avec cinq embryons implantés dans l'utérus à 44 ans, une folie". Le médecin, favorable aux mères porteuses, est aussi connu pour dire non, clair et net quand les limites sont dépassées. "Au-delà de 47 ans pour les femmes, c'est ma limite".

La vie à tout prix... ou plus du tout. Dans Libération , le député socialiste Alain Claeys donne les premiers éléments du rapport rédigé avec l'UMP Jean Leonetti sur l'aménagement de la loi sur la fin de vie. Il propose deux évolutions au gouvernement. Rendre les directives anticipées des malades contraignantes pour les médecins. Et sans aller jusqu'à l'euthanasie active, ils parlent d'une aide à mourir : dans les cas sans espoir, si le patient souhaite mourir, possibilité de sédation profonde et terminale jusqu'au décès. Autrement dit, des calmants puissants dans le but d'aider à mourir.

Quoi d'autre dans la presse ?

  • Le rapport de force est-il en train de basculer en Irak ? Pas encore mais selon Le Figaro , les frappes de la coalition freinent l'organisation Etat islamique. Recul des djihadistes et pertes colossales à Kobané. Ils ont également perdu un barrage et une raffinerie. Mais dans la province d'Anbar, la plus grande d'Irak, ils contrôlent encore le territoire à 80%.

  • L'infernale schizophrénie de Paris Match . Valérie Trierweiler y publie toujours régulièrement une chronique littéraire. Et elle fait régulièrement la Une, cette semaine encore à propos de sa tournée de promotion en Angleterre. La chroniqueuse de Match y est qualifiée de superstar à Londres. La reine et Victoria Beckham en tremblent encore.

  • Dans la série "Ne le dites pas à votre épouse", Laetitia Casta est à la Une de Lui ce mois-ci. Elle porte des bottes.

  • Et sur lepoint.fr, quand le plus grand historien de l'antiquité, Paul Veyne, appelle à cesser d'enseigner le latin et le grec au secondaire. Propos déjà tenus sur France Culture, il explique pourquoi.

Autrement dit, mieux vaut ne rien faire que mal faire.

Pour finir… Le moment de bascule, il est, en Russie, un homme qui refuse de le voir et dont Le Point raconte l'histoire. C’est un modeste héros d'avant la chute du mur, gardien d'une piste d'atterrissage ouverte sous l'empire soviétique mais qui a fermé depuis longtemps. Mais Sergueï Sotnikov continue de surveiller son aérport, gardien des ruines. A 1.800 kilomètres de Moscou au milieu de la forêt et des rennes, il coupe les mauvaises herbes qui envahissent la piste et scrute le ciel. Un jour, un avion en perdition a atterri sur sa piste qui s'est présenté à lui comme une bénédiction du ciel. Ce fut la dernière heure de gloire de Serguei Sotnikov. Aujourd'hui, la tour de contrôle est condamnée par des planches en bois, le panneau lumineux des vols ne clignote plus. Mais le bureau en formica vert et la vieille affiche « Moscou, Capitale de l'URRS » sont toujours là. Et Serguei, l'œil collé à la radio au cas où un appareil arriverait. « La visibilité est claire », dit la radio.

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