8H30 l’heure de la revue de presse, bonjour hélène jouan

Hommage national rendu ce matin par le président de la république aux victimes des attentats, hommages dans la presse

Les 130 victimes, citées une à une à la Une de Libération, d’Aujourd’hui en France/le Parisien et de l’Alsace…interminable litanie

Les portraits de chacune d’elles qui s’égrènent depuis 15 jours, et ce matin encore. Amine IB-NOL-MOBARAK, 29 ans, natif de Rabat, surnommé le « ryan Gosling marocain » par ses copains. Il avait fait du Carillon son QG, il y est mort vendredi 13, à lire dans le Monde. Passionné d’architecture, Amine venait d’exposer son travail de fin d’étude à la galerie du Crous de Paris, il portait sur le pèlerinage de la Mecque. Un de ses professeurs parle « d’un intellectuel musulman laic, très représentatif de sa génération par son ouverture ». Julien 32 ans, saxophoniste passionné, tué au Bataclan en protégeant une amie qui a eu la vie sauve, dans Libération. Nohemi 23 ans, mexicano américaine « le plus douce des jeunes femmes » tuée à la terrasse du Petit Cambodge dans le Figaro…fragments de vie fauchées

Hommage aux victimes invisibles, ces 52 orphelins, Micha, Diego, Iris, Melvil, âgés de quelques mois à 15 ans, recensés par le Parisien. 52 enfants qui vont devoir vivre sans leur père, leur mère, les deux pour certains, assassinés le 13 novembre

Douleur des familles ce matin, celles d’aujourd’hui et d’hier. Témoignage bouleversant dans la Croix de Samuel Sandler, le père du rabbin Jonathan Sandler et grand-père de Gabriel et Arieh, victimes de Mohammed Merah à Toulouse en 2012 ; « je ne m’autorise plus à rire ou à vivre. Dit il. Plus le temps passe, plus leur absence est présente, c’est un manque inimaginable. Ce que je veux c’est qu’on n’oublie pas mon fils et mes petits fils plaide t il aujourd’hui, jugeant toujours invivable, le fait d’entendre le nom de leur assassin. Mais je n’ai pas de haine arrive t il pourtant à conclure..

Douleur des rescapés aussi, encore une fois, ceux d’aujourd’hui et d’hier. « Ces victimes oubliées » nous dit le Figaro. « A chaque nouvelle attaque, les survivants des précédentes s’appellent entre eux » raconte Pauline, blessée le 3 décembre 96 lors de l’attentat à la station port royal. Ils s’appellent, car les images resurgissent, la même question lancinante « pourquoi moi je suis vivant ? »…Beaucoup trainent depuis des années, une certaine solitude, des souffrances, des rééducations au long cours, le regard des autres. Un homme a su mettre des mots sur cette nouvelle vie qui s’ouvre : Philippe Lançon, journaliste à Libération, chroniqueur à Charlie Hebdo, gravement blessé le 7 janvier dernier. Chaque semaine, dans sa chronique dans Charlie intitulée « dans le jacuzzi des ondes », Philippe Lançon raconte l’après. 22 avril, « je me sens coupable de mes cicatrices , écrit il, car il arrive toujours un moment où je me sens seul avec elles, seul donc coupable face au poids que le solitaire représente pour sa famille, ses amis, solitaire face au monde qui ne l’attend pas ». Lançon est devenu une voix importante pour la petite communauté des blessés, chaque mercredi nous dit le Figaro, sa chronique est attendue, partagée, commentée.

Hommage de toute une nation donc ce matin, mais une cérémonie pour quoi faire hélène ?

« Pour dire à ses familles qu’aujourd’hui, c’est tout un peuple qui s’incline avec elles sur ses 130 cercueils et qui enterre les siens » écrit Jean Marie Montali dans le Parisien. Pour faire « communion » renchérit Laurent Joffrin. Pas facile pourtant pour certains de concilier deuil intime et cérémonie collective. Vous venez d’en parler Mickael Foessel. Marc dans Libération, raconte qu’il préfère se retrouver en petit comité autour de la famille d’Amine, ce jeune architecte dont nous parlions » « c’est une volonté de refermer le cercle dit il, d’arriver à définir un espace singulier pour ce deuil. Ce deuil suffisament lourd à gérer, je préfère me concentrer sur ça, ce n’est pas de l’égoisme, mais c’est pour éviter une sorte d’usure mentale.

Mais cette mobilisation républicaine, cette « monumentalisation » autour des noms de chaque victime, ne sont pas seulement des signes de deuil et d’hommage nous explique l’historien André Gunthert, toujours dans Libération, c’est aussi une action des vivants. Si la mort menace notre humanité, lui faire face avec des signes et des images, c’est restituer de l’humanité et de la vie, à l’endroit où celle-ci fait défaut »

La presse ce matin, qui a assez largement suivi l’invitation de François Hollande à arborer le drapeau tricolore

Presse nationale et régionale largement pavoisée, la dépêche du midi, Paris-normandie, la Provence, la Voix du nord, le Figaro entre autre… « Pavoiser, c’est un engagement » professe Michel Urvoy à la Une de Ouest France… Mais le regain d’amour pour notre drapeau ne fait pas forcément l’unanimité Chez les Français d’abord : » c’est bien, il faut revenir à l’essence du patriotisme, comme aux états unis » dit Jean dans le Parisien, « non, je crois que la solidarité et le vivre ensemble passe par plein d’autres choses plus importantes » tempère Fanny

Avis divergents aussi chez les éditorialistes, Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro espère voir dans ces drapeaux tricolores à nos fenêtres, ces marseillaises entonnées, les prémices d’un réveil français. Quand l’Humanité sous la plume de Patrick Appel Muller est plus circonspect, « l’injonction dit il, rappelle des images des états unis et il n’y a qu’un pas du patriotisme au patriot act…s’inquiète t il…se laissant finalement emballer par Dumas « Il ne faut pas laisser un drapeau aux mains de l’ennemi, disait l’écrivain, même quand ce drapeau ne serait qu’une serviette »

Avis nuancés aussi de la part des historiens sur la signification ou la portée de ce retour au bleu blanc rouge. Pierre Nora dans le Figaro se réjouit de voir ces symboles nationaux revenir à la nation toute entière, et nous sommes à ce moment particulier explique t il, où la blessure collective que nous venons de subir remet la France à l’avant scène de l’histoire ; pour autant, il se fait peu d’illusion. « je crains, dit il, qu’il ne s’agisse que d’un moment intense et bref où l’on se serre les coudes, où l’on communie dans l’illusion lyrique d’une unité enfin retrouvée.

Dans Libération, le spécialiste de la grande guerre Nicolas Offenstadt voit dans cette vague bleu blanc rouge, une façon d’aller au plus simple, dans ce moment vital où on a besoin de trouver des communautés symboliques, c’est une saisie défensive des symboles de la patrie, une façon de faire son deuil. Mais attention dit il, tout le monde ne met pas la même chose dans ces symboles patriotiques. Enfin l’historien Eric Deroo est le plus sévère dans L’Opinion sur ce ce qu’il appelle « l’appareil de propagande patriotique » opportunément ressorti par la gauche. Ca sent un peu la ficelle politique, estime t il. »

On termine hélène…encore avec du bleu blanc rouge

Du linge qui pend aux fenêtres, pantalon bleu, pantalon blanc tee shirt rouge..Béziers pavoisé, à chacun son drapeau » s’amuse le dessinateur Hervé Baudry dans un dessin qu’il a fait rien que pour la revue de presse de France Inter. Arobase franceinter

On termine par une prescription, le numéro spécial de Sociéty. Sur fond noir à la Une, 2 séries de sms, les premiers,le 13 novembre : « vous êtes chez vous ? réponse, on est à la maison, on vient d’apprend, putain ; les seconds datés d’aujorud’hui « et maintenant, il se passe quoi » ? très beau numéro au fil des 15 jours que nous venons de vivre, des témoignages des héros ordinaires de la terrible soirée, aux tentatives d’explications sur la fabrique des kamikazes

Et on termine vraiment cette fois par…ce qui n’a rien à voir ! la première interview de Mathieu Valbuena, empêtré dans son affaire de sextape, entretien avec Fabrice Lomme, paru il y a quelques instants dans la matinale du Monde. Je vous en laisse découvrir le contenu car je n’ai plus le temps : mais en un mot comme en 100, il charge grave Benzéma !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.