Bonjour... Elle est étrange, elle laisse perplexe, cette phrase, cette citation que le quotidien économique Les Echos attribue à Henri Guaino. En première page du journal, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy déclare : "Si la situation s'aggrave, nous agirons". ...Ah bon ? La situation n'est-elle pas assez grave pour que soit venu le temps d'agir ? Et là, je reprends les Une de la presse du jour. Pleine page, dans Le Monde et La Marseillaise, je lis que 25.000 milliards de dollars se sont déjà "évanouis" ou "évaporés" depuis le début de l'année. Les grandes places financières ont perdu presque la moitié de leur capitalisation. Ce matin, la Bourse de Tokyo clôt à son plus bas niveau depuis 26 ans. Feuilletez donc les quotidiens régionaux, vous le constaterez : on est entré dans un maëlstrom dont on ne peut prédire la fin. Les plans sociaux se multiplient, des entreprises ferment leurs portes... ...Dans La Dépêche du Midi, ce sont les salariés de l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn qui expriment leur désarroi... La Charente Libre attend qu'une décision scelle l'avenir de la Camif (la coopérative niortaise pourrait être mise en liquidation judiciaire)... En Touraine, les effectifs du porcelainier Deshoulières sont divisés par deux ; dans l'Oise, l'usine Saint-Gobain ferme deux de ses fours pendant cinq semaines ; Renault et PSA réduisent de 20% leur production... Dans L'Union et L'Ardennais, les employés de la société Sopal savent déjà que le 31 décembre, tout sera fini... Les quotidiens de la région Champagne-Ardennes regardent vers l'Elysée et titrent : "Emploi : la France attend le plan Sarkozy". Ce plan, le chef de l'Etat le dévoilera demain dans les Ardennes, là même où, fin 2006, il avait lancé son slogan : "Travailler plus pour gagner plus". Dans Ouest-France, Paul Burel remarque que "pourfendre avec brio les errements coupables du capitalisme financier (...) est une chose. Répondre, concrètement, à l'angoisse du salarié licencié sans sommation et sans justification acceptable en est une autre. Stigmatiser les spéculateurs sans visage, et à l'abri dans leurs paradis fiscaux, est à la portée du premier imprécateur venu. Réparer la casse humaine et sociale provoquée par la boulimie cynique des faux-monnayeurs de la finance mondiale relève d'une expertise autrement plus délicate (...) Nicolas Sarkozy va devoir abandonner sa robe d'avocat imprécateur pour enfiler le bleu de chauffe, à domicile". Quant à Guilhem Beauquier, pour L'Union, il pose la question et fournit la réponse : "Il fallait des milliards pour sauver les banques ?... C'est fait, même à contrecoeur. En contrepartie, les citoyens attendent aussi des milliards pour l'emploi, le pouvoir d'achat, les retraites, la santé, l'éducation, l'entreprise, la solidarité nationale, l'aménagement du territoire. Bref, pour sauver la France, un plan de la même envergure que celui concocté pour sauver les banques". DSK est "blanchi". Ce titre, vous le découvrirez à la Une de pas mal de journaux, ce matin. Il traduit la conclusion essentielle de l'enquête ouverte au sein du Fonds Monétaire International après la révélation par le Wall Street Journal de la liaison extra-conjugale que Dominique Strauss-Kahn a entretenue, deux mois après sa prise de fonction, avec l'une de ses subordonnées... Je ne reviens pas, dans le détail, sur cette histoire, vous la connaissez. Selon Dominique Garraud, c'est une histoire de "cornecul" ! L'éditorialiste de La Charente Libre souligne "qu'entre les appétits sexuels de DSK et ses responsabilités éminentes de directeur du FMI, il n'y a pas photo. Dans cette période cruciale pour une remise en ordre du système monétaire international, un seul choix est possible : celui du pragmatisme, aux dépens d'un puritanisme rigide et hypocrite". Dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, Jean-Pierre Bel s'attarde un peu sur les "excuses" que Dominique Strauss-Kahn a dû présenter au FMI et sur la "fessée" qu'il a reçue de son conseil d'administration. Jean-Pierre Bel s'étonne "de cette leçon de morale individuelle administrée par une institution prétendument mondiale, dont les interventions ont, jusqu'à maintenant, servi bien davantage les riches que les pauvres". Dans l'éditorial de L'Est Républicain, Rémi Godeau s'interroge : "Que pèse (...) l'égarement de DSK face à celui des banquiers, dont aveuglement et cupidité ont provoqué la plus dévastatrice récession depuis 1929 ?". C'est ce que l'on appelle "remettre les pendules à l'heure". Dans La République du Centre, Jacques Camus sourit "devant ce consensus qui a traversé la classe politique française" autour de l'affaire DSK. Jacques Camus rappelle, à toutes fins utiles, que le directeur du FMI "a tout de même été accusé d'une grave erreur de jugement"... Il ajoute : "S'il veut un jour conquérir le coeur des Françaises et des Français (en clair, s'il vient à briguer la Présidence de la République), DSK devra, paradoxalement, se montrer un peu moins séducteur et un peu plus travailleur". Dans La Presse de la Manche, Jean Levallois souligne que "la vraie question, pour les militants du PS, paraît être d'abord le choix ou le refus de Ségolène Royal". Et là, je vous invite à lire le dossier de Libération, dossier intitulé : "La gauche vire à gauche". A une dizaine de jours du congrès socialiste, Libé publie les résultats d'une enquête réalisée par l'institut ViaVoice, du 22 au 27 septembre, auprès d'un échantillon de 805 "sympathisants de gauche". Pascal Virot, qui décrypte cette étude pour le journal, nous apprend que "les valeurs de la gauche anticapitaliste, son idéologie et ses mots ont le vent en poupe" chez les personnes interrogées. A la question : "Quelles sont les personnalités qui représentent, d'après vous, l'identité de la gauche ?", 42% répondent : "Ségolène Royal"... Elle devance d'un point, un point seulement, Olivier Besancenot, à égalité avec Bertrand Delanoë. Libération se demande si, le 6 novembre, les tenants d'une "ligne de gauche" au PS, tels Martine Aubry ou Benoît Hamon, tireront profit de cette tendance... Le quotidien scrute ce qu'il appelle "le désarroi des socialistes d'en bas" ; il publie les témoignages recueillis dans trois fédérations du Parti Socialiste. L'un avoue son rejet du "compromis"... Un autre confie que lorsqu'il prend la parole, il a parfois "l'impression de pisser dans un violon"... Un troisième militant déclare : "Le PS est super-fort pour nous demander notre avis. Mais encore plus fort pour ne pas l'écouter". Ces propos de socialistes de base, Laurent Joffrin les corrobore quand il écrit : "La crise déplace les lignes vers la gauche (...) La demande de justice sociale et d'actions collectives progresse de manière spectaculaire (...) Les leaders socialistes portent une responsabilité historique. Il n'est pas sûr qu'ils l'aient vraiment compris". Dans Libération encore, vous lirez ce que l'ex-banquier américain Charles Morris dit de cette récession mondiale qu'il avait vue venir, dès 2005, avant beaucoup d'autres (il en a fait un livre)... Morris dit : "Nous devons passer à un modèle économique radicalement différent. J'ai horreur de le dire, mais nous devrons travailler plus et vivre plus chichement". En première page de L'Ardennais, sous une photo qui montre les salariés menacés de l'usine Sopal de Givet (ils tenteront demain de rencontrer Nicolas Sarkozy à quelques kilomètres de là pour lui demander de sauver leurs emplois), j'ai relevé ce titre énigmatique pour le profane que je suis : "Eternelle fidélité à la cacasse". La cacasse ? ...C'est un plat des Ardennes, on pourrait dire "un plan de pauvre". En vrai, on l'appelle "la cacasse à cul nu". Il s'agit d'un ragoût crémeux de patates avec quelques fines herbes et des oignons. On l'appelle "cacasse à cul nu" parce qu'elle se mange telle quelle : sans le moindre gramme de viande. Vous en trouverez la recette sur Google. Allez-y !... Dans les prochains mois, vous pourriez en avoir besoin.

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