Slate raconte comment Mulan, le dessin animé puis le film, fut conçu par Disney pour complaire à la Chine, et se faire pardonner un film de Scorcese sur le Dalaï-Lama. Matthieu Laine revisite "Ulysse" de Joyce pour nous enseigner l'amour de la subtilité, le Figaro. On annonce la fin de Books, sommes-nous idiots...

On parle d'une disparition...

Celle d'un footballeur qui ne joue plus au football, pourtant un  plus doués de notre humanité, l'allemand Mesut Ozil, champion du monde en 2014, mais que son club, Arsenal, a décidé d'écarter cette année, aussi bien des compétitions européennes que du championnat anglais... L'histoire d'Ozil est racontée sur les sites du New York Times, de l'Equipe, de So foot, belle trinité, et elle nous intéresse parce qu'elle n'est pas une simple histoire de sport, quand les muscles ou la volonté se dérobent chez un champion trentenaire, elle est l'histoire d'un homme annihilé par deux monstres politiques...

Le premier est son ami, et fut témoin à son mariage, Recep Erdogan, président turc dont on lit dans le Monde qu'il ne fait plus guère l'unanimité chez lui, mais qui par ses diatribes est encore aujourd'hui dans nos journaux -la croix l'humanité- la figure de l'ennemi... L'autre monstre est la chine que Ozil a publiquement attaqué, scellant ainsi sa perte... 

L'aventure s'est jouée en deux temps... En mai 2018 d'abord, quand Ozil, d'origine turque posait avec Erdogan alors en campagne électorale, cette proximité avec un autocrate choquait la fédération puis l'opinion allemande et, une coupe du monde ratée plus tard, Ozil renoncerait à la sélection qu'il avait si bien honorée, disant avoir été mal considéré en raison de son ascendance... 

Une grosse année plus tard, décembre 2019, Ozil défendait sur les réseaux sociaux les Ouïgours, peuple musulman persécuté en chine... Le post était en langue turque, il était communautaire aussi bien qu'humanitaire... Ozil parlait de la « blessure sanglante de la Oummah », la communauté des croyants... 

"Ils brulent leurs Corans, ils ferment leurs mosquées, ils interdisent leurs écoles, les hommes sont jetés dans des camps et les femmes sont forcées de vivre avec des hommes chinois, mais les musulmans sont silencieux, ils les ont abandonnés..."

Quelques jours plus tard raconte le NY times, les partenaires chinois d la premier ligue refusaient de diffuser un match d'arsenal. Les commentateurs sportifs chinois cessèrent de prononcer son nom; Son avatar fut retiré des jeux vidéos... Et Arsenal, le club d'Ozil, et e football anglais, qui dépendent amplement du marché chinois, ne défendirent pas le joueur contre l’empire, pour le nouvel an chinois, Arsenal prit soin d'effacer Ozil des produits de merchandising...

Et c'est ainsi qu'Ozil, après son pays, perdit son club, je vous passe les anecdotes de club et de vestiaire... Ozil n'a plus joué depuis mars. On l'attendrait dit So foot à Istanbul à Fenerbahce, chacun chez soi, à la maison..

On reste rêveur sur le poids des identités... et sur la puissance d'un empire, la Chine. 

Je lis dans slate l'historie passionnante de Mulan, dessin animé de 1998 puis film à venir sur une héroïne chinoise et guerrière... et je découvre comment cette saga s'est dissociée d'une narration occidentale pour être au plus près d'une authenticité chinoise et séduire les publics asiatiques, mais jusqu'où... Originellement, Mulan était censée tomber amoureuse d'un sauveur occidental -il valait mieux rompre, il est vrai, avec cette arrogance... Mais fallait-il pour autant en fini par tourner un générique là où les ouïgours sont persécutés...  Je lis que Mulan dans l'esprit de Disney, fut une réparation pour un autre film, Kundun, de martin Scorsese; qui contait l'histoire du dalai lama...  Le film avait fâché les dirigeants chinois, Disney s'en état excusé par son PDG Michael Eisner....  «La mauvaise nouvelle, c'est que nous avons produit ce film. La bonne, c'est que personne ne l'a vu.» Pauvre Scorcese, pauvre Mulan, pauvre Ozil, que valent nos gloires?

On parle aussi de nuance ce matin...

Cette vertu désuète qui s'oppose à la bêtise et dont Mathieu Laine, penseur libéral, prend la défense dans le Figaro, dans un texte difficile et universel. Laine ranime un chef d'oeuvre de la littérature mondiale, "Ulysse" de James Joyce, qui raconte les errances quelques personnages qui rejouent, le 6 juin 1904, en une ville, Dublin, le périple du héros de Homère, métaphore de nos blessures. Lainecitoyen raconte une scène célèbre, dans un pub, où un personnage nommé le citoyen, déclinaison du cyclope, une brute agressive injurie et agresse, Léopold Bloom, qui figure Ulysse, l'homme de la nuance et de l'apaisement contre les bassesses humaines, dont le cyclope citoyen  vitupère "ses boniments à la mort moi le noeud"...  Et de cette scène, Laine passe à nous et à nos brutes publiques qui menacent la liberté, il cite en vrac Trump Orban Maduro salvini Le Pen et Erdogan... Laine pleure les morts du terrorisme islamiste, "qui sommes nous pour avoir laissé prospérer ce monstre" dit-il, mais au contraire d'un discours dominant, il ne plaide pas pour un durcissement sociétal pour le débat et la subitilité, la nuance donc... 

Laine évoque aussi dans son texte la fin d'un magazine précieux du nom de BOOKS, qui racontait notre monde en passant par la littérature, que nous avons souvent cité ici et lu, mais pas assez ou pas assez nombreux  puisqu'il disparait, sans modèle économique viable ni repreneur ai-je lu sur son site... Il affichait en Une de son numéro d'octobre « les autocrates » mais contait aussi dans un texte jouissif d'érudition l'origine bourguignonne de la Belgique et des pays bas, et visitait les éléments d'Euclide, de la géométrie antique! 

Jeudi paraitra, le tout dernier Books, intitulé sommes nus de plus en plus bêtes, sans eux, ça ne s'arrangera pas... L'éditorial du Dauphiné libéré, signé Gilles de Bernardi, s'intitule ainsi, « Contre l’obscurantisme, la lumière des livres », on ne saurait mieux dire, on peut aussi, souvent, ajouter des journaux qui de mauvais esprit nous aident à penser.... 

Et des journaux instillent le doute... 

Car c'est toute leur fonction. Il n'est pas absurde mêle après l'avoir entendu chez nous de poursuivre avec dans l'interview donnée à Libération par le ministre Darmanin, qui semble un bloc de certitudes sur le modèle français face aux sociétés anglo-saxonnes mais qui introduit une subitlité, en refusant de bannir les femmes portant voile islamique des sorties scolaires

Pas inutile non plus de lire le parcours d'Abdoulakh Anzorov, le jeune tchétchène assassin de Samuel Paty, tel que le New York times le décrit, les faits sont inchangés, ceux que nous connaissons, mais la lecture est troublante venue d'un journal américain qui décrit un enfant, un jeune homme de chez nous dont le père venait de lui acheter une voiture, passé par notre système scolaire, notre école publique... Qu'est-il arrivé, qu’avons-nous manqué pour le garder à nous... A t-il un jour rencontré un professeur attentif, se demande question terrible, la philosophe laïque Dominique Schnapper...

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