Patrick COHEN : A la Une, ce matin : douce France... Bruno DUVIC : Oui, c'est paradoxal, à l'heure de l'alerte terroriste et de la politique de sécurité. Mais c'est le mérite de Raymond Depardon de déplacer le regard... Pendant cinq ans, le grand photographe a parcouru le pays. Cela donnera une exposition, dans quelques jours, à la Bibliothèque Nationale de France. Avant l'ouverture, la presse s'empare de ce travail : interview au Figaro et hors-série de Télérama... De quoi s'agit-il ? De la France de l'entre-deux, entre ville et campagne... celle des sous-préfectures, en quelque sorte. Pas de personnages : que des paysages, des devantures de magasins, des bouts de pays... Et dans ces images, se joue un peu de la fameuse identité nationale. Premier constat : la France est colorée, et elle est plutôt rouge... rouge comme la devanture de cette droguerie dans l'Hérault, ou encore la mairie de Waden, dans le Pas-de-Calais. "Depardon a vu la France comme on ne la regarde jamais", écrit Catherine Portevin dans l'édito de Télérama. "Ces cafés du coin, ces bacs à fleurs devant les mairies, ces grand-rues monotones : tout cela nous est familier. C'est la trame invisible de la France du XXIème siècle". "Car cette France-là, dit Raymond Depardon au Figaro, elle change plus vite qu'on ne le pense. Les statistiques de l'INSEE confortent mon impression de reporter : entre 2002 et 2006, elle a plus progressé que les centres des grandes villes. J'ai vu quantité de petits commerces prospères, des boucheries neuves où les gens font la queue dès le matin, et des cafés qui restent de formidables lieux de vie au-delà des clichés". "J'y ai vu apparaître des progrès encore inaccessibles aux Parisiens : de la géothermie, des capteurs solaires, des aménagements qui tirent profit de l'environnement... Elle est riche d'un capital d'avenir : l'espace. Elle mêle bon sens et progrès technologique. Même si j'ai parfois eu le bourdon devant les volets fermés à 6 heures du soir, cette France-là, j'ai envie de la défendre en militant : elle est moderne derrière sa torpeur". Patrick COHEN : Douce France en banlieue aussi... Bruno DUVIC : Pour prolonger le dialogue que vous avez avec vos invités à Grenoble, Patrick COHEN, il y a le dossier de La Croix aujourd'hui, dans ses pages Economie. Elles sont consacrées à la Seine-Saint-Denis, département infiniment plus dynamique qu'on ne l'imagine. On citait il y a un instant Raymond Depardon : "L'espace est un capital d'avenir"... Illustration en Seine-Saint-Denis. Toutes les friches laissées par la désindustrialisation deviennent des atouts : des dizaines d'entreprises s'installent en Seine-Saint-Denis : le Parc des Portes de Paris, qui mélange textile et audiovisuel... les Moulins de Pantin, où BNP-Paribas s'est installé... Dans la première moitié de l'année, on a compté près de 10.000 créations d'emplois en Seine-Saint-Denis. Le vice-président du MEDEF dans le département donne deux dates-clé de ce développement : 1998 : la Coupe du Monde, au Stade de France ; mais avant cela, 1992 : Patrick Braouezec, qui était alors maire de Saint-Denis, a été un des premiers à dire qu'il fallait renouer avec le patronat. Mais oui : un communiste prêt à travailler avec les patrons ! Dans les colonnes de La Croix, l'homme du MEDEF rend hommage aux jeunes maires communistes, qui ont tendu la main aux entreprises. Alors on ne va pas repeindre la Seine-Saint-Denis en rose-bonbon... Parmi les difficultés qu'évoque Francis Dubrac, il y a le fait que ce gisement d'emplois échappe en grande partie à la population locale : elle n'a pas toujours le niveau de formation requis. Pour que le cercle vertueux enclenché en Seine-Saint-Denis continue de tourner, la vraie victoire, écrit La Croix, serait que ne se croisent plus, matin et soir, dans les transports en commun, les Séquano-Dyonisiens (habitants de Seine-Saint-Denis) qui vont occuper à Paris des emplois peu qualifiés, et les Parisiens venant travailler dans le nouveau 9-3. Le chômage des jeunes, c'est une réalité, pas seulement en Seine-Saint-Denis... "Jeunes et précarité : une vie au jour le jour" : c'est le dossier de Une de L'Humanité, aujourd'hui. Les 15-24 ans sont les premières victimes de la crise. Dans L'Huma, le président du Secours Populaire affirme qu'il n'a jamais vu autant de jeunes pousser la porte de ses locaux. Douce France : faut voir... Elle fait rêver les candidats à l'émigration. Mais une fois sur place, c'est une autre affaire... Dans Le Parisien, vous trouverez deux pages sur ces clandestins chinois, "nouveaux chiffonniers de Paris"... Réveillés dès 5 heures du matin dans leur ville de Bagnolet (retour dans le 93) pour aller fouiller les poubelles des quartiers bourgeois de Paris. Ils y trouvent mille et un objets, qu'ils revendent aux Puces... de quoi survivre, et même envoyer de l'argent au pays. Mais le rêve d'une France où la vie serait plus belle en prend un sérieux coup. Un spécialiste de la diaspora chinoise est interrogé par Le Parisien-Aujourd'hui : "Ces clandestins qui fouillent les poubelles des quartiers riches, c'est tout à fait récent. Aujourd'hui, la main-d'oeuvre qui débarque sans papiers n'est plus absorbée par cette communauté chinoise". Patrick COHEN : En bref, les grandes Unes de la presse... Bruno DUVIC : Fillon superstar, une fois de plus... "Est-il sur le départ ?", se demande Le Parisien. "Il coupe le cordon", affirme Libération, reprenant la petite phrase de l'interview accordée à France 2 hier : "Nicolas Sarkozy n'a jamais été mon mentor". Economie à la Une aussi... "Forte reprise du marché automobile mondial", dans Le Figaro. La flambée de l'euro, à la Une des Echos. Et puis le meccano du nucléaire français, en première page de La Tribune… EDF pourrait monter à hauteur de 10 à 15% du capital d'Areva. Economie aussi à la Une du Dauphiné, édition de Grenoble : "Fiscalité : ce qui va changer"... A deux jours de la présentation du budget, Le Dauphiné voit venir pour beaucoup une augmentation des impôts, via la fameuse chasse aux niches fiscales et sociales. Bruno DUVIC : Allez, pour finir... "Douce France", c'est d'abord une chanson. Et la chanson française retrouve un magazine qui lui est consacré : il s'appelle Serge, comme Reggiani, comme Lama, comme Gainsbourg bien sûr. Le premier numéro est en kiosque depuis la semaine dernière. Il paraîtra tous les deux mois. Derrière cette aventure, il y a notamment l'ami Didier Varrod, que vous entendez tous les matins à 7h25 sur France Inter. Mais si on en parle, ce n'est pas pour lui faire plaisir : c'est parce que c'est drôlement bien. Comme Gainsbourg, Serge va piocher dans tous les styles musicaux qui font la chanson française. Et il fait le pari, totalement fou en cette époque de crise de la presse, de la qualité : photos originales, papier glacé et textes soignés. A la Une de ce premier numéro : Camélia Jordana, ex de La Nouvelle Star, qui a réussi à séduire les critiques exigeants avec son premier album. Pour Serge, Babx, auteur d'une bonne partie des chansons de cet album, a écrit un texte sur Camélia Jordana : "Elle est née de la dernière pluie. (...) Elle a 17 ans. (...) Elle est gracieuse comme une somnambule amoureuse. (...) Elle a 17 ans. (...) Elle sera de la prochaine pluie. Puis de celle d'après. Puis de celles d'après"...

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