(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : l'éternité c'est long, surtout vers la fin.

(Bruno Duvic) Citation généralement attribuée à Woody Allen. Un peu d'humour noir… La presse ce matin, c'est le noir, sans l'humour.

Dans La Croix reportage en Grèce et cette chose frappante : à chaque fois qu'on lit un nouveau témoignage venu d'Athènes, il y a un détail supplémentaire dans le paysage, qui illustre le glissement de ce pays vers on ne sait quoi.

Ce matin dans La Croix Thomas Jacobi donne la parole à Eleni Moutzou. Elle a 37 ans, un enfant, un mari au chômage, elle est professeur de maths à Athènes.

Revenu mensuel après impôts : 820 Euros. Il y a deux ans, c'était presque le double.

Comment vivre à Athènes, avec 44% de revenus en moins ?

"Nos parents s'inquiètent de ce que nous allons devenir à leur mort, dit la jeune femme. Non pas à cause de la peine que nous aurons, mais parce que leur retraite ne pourra plus nous aider. C'est sordide"

Sordide aussi, les conditions de travail dégradées de cette prof de maths. Salles pas chauffées depuis deux hivers, restrictions d'éclairage, cantine et infirmerie supprimées, ramassage scolaire aléatoire...

Le détail en plus, c'est l'entrée de l'idéologie néo-nazie dans l'école. Cette année, pour la première fois, des élèves ont paradé avec des tee-shirts aux insignes d'Aube Dorée, le parti néo-nazi.

A l'école, les bagarres entre les enfants d'origine étrangère et ceux qui les défendent, d'un côté

et les partisans d'Aube Dorée de l'autre, sont quasi quotidiens.

Cette austérité amène ça aussi dans notre vie, des néonazis qui nous narguent.

Témoignages en France également

3 millions de chômeurs dans l'hexagone, c'est à la Une de la plupart de vos journaux. « La France en chômage » titre La Nouvelle République , comme pour décrire une époque ou un lieu où l'on serait installé durablement.

« Jusqu'où la société française peut-elle tenir le choc ? », se demande Atlantico.

Les témoignages sont dans Le Monde , recueillis par Aline Leclerc. 5 personnes licenciées après des plans sociaux, fin 2009 début 2010 en Seine-Maritime.

Géraldine, ancienne déléguée syndicale d'une usine de peinture. Elle comptait 134 salariés : moins de la moitié a réussi à se recaser, et encore souvent en Intérim ou en CDD.

Pour elle, pas d'emploi. Des centaines de lettres envoyées en deux ans et demi, 2 entretiens. Elle a fini par tendre son CV à l'agent immobilier qui lui vendait sa maison. Au moins, elle ne tourne plus en rond : « Le travail ce n'est pas qu'un salaire, dit Géraldine, c'est du lien social, l'impression d'être utile à quelque chose, qui manque terriblement quand on est seul chez soi. »

Patrick : « Jamais je n'aurais crû que ce serait si dur. Quand je voyais des chômeurs à la télé, je me disais 'ceux là ne cherchent pas'. C'est faux, je cherche et je ne trouve rien (…) Les agences d'intérim : quand j'étais jeune, on se présentait le matin et au moins on était sûr de repartir avec une journée de travail. Maintenant, on nous dit d'aller créer notre profil sur Internet. Tout est virtuel, plus personne à qui parler. »

Et puis il y a le témoignage de Corine : « Il y a 3 ans, on n'avait pas saisi ce qui se passait, on pensait que la crise ne durerait pas. »

On pourrait multiplier les témoignages. A la lecture de L'Humanité ce matin, on mesure l'effet domino des plans sociaux. Reportage en Seine St Denis. PSA, Air France, Sanofi, Presstalis : toutes ces entreprises où des emplois sont menacés sont installées notamment en Seine-St Denis ou juste à côté.

Il y a l'effet direct des plans sociaux, puis l'effet sur les sous-traitants et l'effet sur un département déjà loin d'être le plus favorisés.

Au delà du constat, quelles pistes ?

Deux voies très distinctes ce matin.

A la Une du Figaro : « Compétitivité, le cri d'alarme du patron de Renault ». Interview de Carlos Ghosn. « Le marché européen de l'automobile est vraiment très mauvais. Il devrait chuter d'environ 8% cette année. Et l'année prochaine il sera au mieux stable, plus probablement légèrement en baisse (…)

Aujourd'hui, le principal sujet de Renault, notre urgence même, c'est notre compétitivité en France. Nous avons un problème de coût du travail, besoin de flexibiliser le travail, surtout dans l'industrie. La conservation de l'emploi est liée à la compétitivité. » L'éditorial du Figaro est également sur ce thème.

A ce constat, dans L'Alsace , Francis Laffont ajoute « le système de formation, incapable d'harmoniser l'offre et la demande d'emploi ». « La réponse au chômage est aujourd'hui plus entre les mains des partenaires sociaux que du gouvernement » pour Hervé Favre dans La Voix du Nord .

« Renouer un vrai dialogue, gagnant-gagnant. Sans tabou. Constructif. Est-ce trop demander ? » interroge François Martin dans Midi Libre .

Et l'autre voie ?

L'autre voie, elle amène au débat sur le traité européen et sa discipline budgétaire, souvent qualifiée d'austérité.

En s'accrochant à l'objectif de 3% de déficit public à la fin de l'année prochaine, le gouvernement tombe dans le piège de l'austérité, pour Jean-Marcel Bouguereau, La République des Pyrénées . « La question est simple : faut-il continuer d'appuyer sur le frein tout en affirmant qu'on soutient l'économie ? Comment espérer ainsi inverser cette courbe du chômage d'ici un an, comme François Hollande s'y est engagé ? »

Peut-on corriger le tir ? Eléments de réponse dans Alternatives économiques . Dossier sous le titre « Rigueur l'overdose ».

3% de déficit public en 2013 ? « Repousser l'ajustement en 2014 aurait fourni une véritable bulle d'oxygène estime l'économiste Xavier Timbeau, de l'OFCE, l'un des instituts hostiles à l'austérité.

On aurait pu espérer une croissance de l'ordre de 1% l'an prochain et peut-être une stabilisation du chômage tout en restant vertueux. »

Assouplissement, pourquoi pas. Mais Bruno Dive fixe les conditions dans Sud Ouest . "Cet assouplissement ne saurait être réclamé par la France seule. Ce serait un terrible signal envoyé aux marchés financiers qui, pour l'heure, nous prêtent de l'argent à des taux parfois négatifs. Il ne peut s'agir que d'une démarche collective et surtout, d'une décision de la commission européenne. »

Quoi d'autre dans la presse ?

3 millions de chômeurs mais arrivera-t-on à recruter 40.000 profs l'an prochain ? Libération en doute. A la Une ce matin. « Urgent, recherche 40.000 profs. La campagne de recrutement décidée par Vincent Peillon relève de la gageure dans un secteur dévalorisé. »

Valeurs actuelles en pince pour Manuel Valls. « Peut-il sauver Hollande ? » se demande l'hebdo à la Une. « Les secrets de son ascension et pourquoi il pourrait remplacer Ayrault. »

Des nouvelles de Monica Lewinski. Selon Gala , l'ex stagiaire de la maison blanche fait à nouveau trembler le couple Clinton, en pleine campagne électorale aux Etats Unis. Elle menace de révéler de nouveaux détails de sa liaison avec l'ex président. Toujours plus scabreux évidemment les détails.

Et puis le handball dans la tourmente. Les joueurs de Montpellier ont-ils truqué un match de championnat pour gagner plus d'argent ? « L'étau se resserre » selon Midi Libre . Tous les journaux rappellent qu'aucune preuve formelle n'a été établie.

Mais après les scandales du foot, voilà un autre sport dont l'image se dégrade. « Le sport français rattrapé par la corruption », titre sans beaucoup de précaution Le Parisien aujourd'hui en France .

Dessin de Ransom, qui fait le lien entre le handball et la main de Thierry Henry qui avait permis aux Bleus du foot de se qualifier pour la coupe du monde. Deux types regardent un match de handball et l’un dit : « Un sport où ils se servent plus des mains que Thierry Henry, faut pas s'étonner qu'il y ait triche. »

A demain

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