"Peut-être qu'en commençant jeune, j'aurais pu faire sumo", l'Equipe. "Je me suis souvent dit que j'aurais pu faire quelque chose de différent et de meilleur, de plus réussi peut-être", le Figaro. "Un homme habité par un lointain chagrin et ayant une piètre opinion de lui-même", Libération

Les journaux nous parlent aussi de Jacques Chirac...

Et dans une forêt de mots et d'images, je lis dans l'Equipe une phrase drolatique qui sonne comme un vrai regret... "Peut-être qu'en commençant jeune, j'aurais pu faire sumo. J'avais la taille le poids ça s'acquiert"... Et dans cette nostalgie sportive se reflète Jacques Chirac que l'on a tant connu et qui nous échappe, qui échappait aussi à lui-même, "un homme habité par un lointain chagrin et ayant une piètre opinion de lui-même" écrit Libération dans un très beau portrait. "C'est peu de dire que Chirac ne s'aimait pas. Il se méprisait" lis-je dans le Point, et se méprisant Chirac rêvait à celui qu'il n"était pas devenu.
 "Je me suis souvent dit que j'aurais pu faire quelque chose de différent  et de meilleur, de plus réussi peut-être mais enfin c'est fait on ne va pas s'en mordre les orteils", disait-il à son biographe et confesseur Jean-Luc barré dont je lis dans le Figaro de larges extraits d'un livre à paraître, l'écho de leurs conversations quand Chirac ayant quitté l'Elysée travaillait à ses mémoires, et dans ce texte vous  entendrez Chirac..  Il aurait pu être explorateur ou marin ou savant,  il écrivait lui même des fiches, des sommes sur l'histoire longue de l'humanité,  il pouvait disserter sur l'histoire de l'écriture depuis les sumériens, mais bon, "on ne va pas s'en mordre les orteils", oui on entend dans le Figaro ce Chirac qui invitait si bien aux rires familiers.
"SANS CHICHI"  proclament les unes de l'Indépendant qui porte un crèpe noir et de Libération. Sans chichi, cet homme qui avançait bardé de formules paillardes... "Je voulais vous demander, ça veut dire quoi, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre" demande un angelot à Chirac qui monte au ciel dans le dessin de l'opinion... Sans Chichi, le parisien glisse qu'on surnommait Chirac cinq minutes douches comprises eu  égard à la rapidité de ces ébats d'amour volage, sans chichi le Parisien encore cite Jean-Louis Debré qui se souvient d'un Chirac vieux au Conseil constitutionnel que lui Debré présidait, entretenant ses chamailleries et sa détestation de son collègue Giscard d'Estaing; un jour, Chirac avait entrepris Debré, indigné, parlant de son rival. 

"Il s'est fait lady Di, je vais le lui demander...
-Si vous faites ça, je prendra  plus de bière  avec vous ni de petit rhum dans mon bureau",  avait protesté Debré. Chirac en pleine séance s'était tourné vers Debré et avait demandé très fort, "tu crois qu'il se l'est faite"...
Oui sans chichi mais en même temps Chirac, je le lis dans le Point, gardait dans son bureau de Premier ministre, sous clé, une collection de livres et de revues de poésie étrangère,  « mon image de marque, même pour mes proches, ne m’accorde pas le droit d’aimer les poètes » disait-il alors, c'était en 1976...  

Sur le site de la Vie, je lis deux anecdotes qui résument l'étrangeté d'un homme... En 1979, à la mairie de Paris, Jacques Chirac demande à son directeur de cabinet de répondre à sa place à une question posée par Mgr Poupard, récemment nommé évêque auxiliaire de Paris qui demande « Qu'est ce que le Christ pour vous ? »,  le Christ ne lui dit rien. Mais en 2006, le même Chirac inaugure le musée des Arts premiers et devant une statuette précolombienne, il prend la main de la prix Nobel Rigoberta Menchu,  il la pose avec la sienne sur l’œuvre d’art : « Rigoberta, lui demande-t-il , sentez-vous encore une force à l'intérieur de la pierre ou a-t-elle disparu ? »
Cet homme qui nous présida, "tellement français" dit le Parisien, n'était pas de nos mysticismes, il fut pourtant de nos joies. Dans la Provence je vois deux photos côte à côte, l'une au salon de l'agriculture où Chirac caresse une vache devant des paysans ravis, sur l'autre il fixe d'un regard appuyé une statuette, un Bouddah... Il était un "franchouillard esthète" écrit la Provence, laquelle de ces vertus lui a permis de prendre le pouvoir?

Et les journaux reviennent sur ses conquêtes...

Car il était, dit la Croix "l'éternel conquérant", "il était sans doute fait pour comprendre les Français et pour les conquérir; peut-être moins pour les gouverner" écrit le Monde qui le résume ainsi.:"Tour à tour généreux et cynique, amical et brutal, tantôt républicain authentique, tantôt politicien filou, endossant des vérités successives qui apparurent pour ce qu'elles étaient : de bons gros mensonges." Il était un mystificateur racontent les Jours dans un article au scalpel sur le Chirac de la mairie de Pari. Il était ce roublard qui partant en campagne pour se faire réélire, en 2002, recevait un journaliste de la Dépêche en lui faisant mille caresses, lui montrant la carte de correspondant du grand journal radical socialiste qui avait appartenu à son grand père, et l'on y croyait presque dit la Dépêche.
"Son numéro m'avait amusé", écrit dans le Point qui lui appartient le milliardaire François Pinault; Chirac maire de Paris, l'avait invité, jeune entrepreneur, pour lui demander de sauver une menuiserie au bord du dépôt de bilan à Meymac, en Corrèze, il connaissait tous les employés,  et disait à Pinault , « Mon avenir politique dépend du sort de cette entreprise de menuiserie ! » Pinault avait joué le jeu, ils étaient devenus amis et c'est dans un hôtel particulier de François Pinault que Jacques Chirac a fini ses jours après avoir été hébergé par la famille de Rafik Hariri, premier ministre libanais assassiné, le Monde raconte un Chirac qui vécut dans l'opulence... Et ce rappel cogne avec ce qu'on lit par ailleurs du Chirac populaire , qui dans chaque région donc chaque journal a laissé une petite trace, héroïque parfois.

Dans le Télégramme, Paul Anselin, qui fut maire de Ploermel se souvient de ce grand escogriffe qui lui sauva la vie pendant la guerre d'Algérie, déboulant devant sa section prise en embuscade, ayant traversé les fellaghas du FLN, et contre-attaquant la nuit,  "Chirac faisait du bruit. Je lui ai dit : tu passes derrière moi, je suis plus préparé que toi à faire la guerre" raconte Anselin, oui il faisait du bruit cet homme qu'en lisant on se reprend à aimer, ou qui glace parfois.

Et on parle aussi d'une part obscure de l'ancien président...

Qui dans sa jeunesse politique était surnommé "facho Chirac", pour ses duretés, dit l'Opinion, mais cela n'est rien encore... Mediapart, c'est sa fonction, reprend toutes les affaires et lui impute aussi, terrible accusation à lire ce matin, la mort de Robert Boulin, gaulliste et ministre de Giscard, étrangement suicidé en 1979 qui pouvait le gêner... "Vient donc de mourir celui qui avait peut-être donné son « feu orange »". Fin de citation, que faire de cela.

A côté, je lis tant de portraits et de titres justes: le grand Jacques, un grand français, adieu Chirac il est terriblement beau à la une du Figaro, "profondément français dans ses vertus comme ses faiblesses" dit le journal et c'est juste également. On lit aussi des douceurs insoutenables sur la fin d'un homme que l'on ne voyait plus depuis des années, qui avait tant pleuré depuis son brouillard à la mort de sa fille Laurence, qui avait cessé d'être. "Jacques Chirac était une ombre. Ses pieds ne se soulevaient plus mais glissaient sur le sol pour mettre en branle sa carcasse voûtée. Toujours une main, souvent les deux, sur l'épaule d'un officier de sécurité ou d'un proche, pour trouver un appui et avancer. Il y avait aussi ce regard perdu ; cette bouche figée dans un rictus, avec le menton qui remonte et ne descend que pour remonter et se fixer à nouveau." C'est dans Libération dont la Une montre une photo de chirac de profil, mais son visage est masqué de la main ravinée du vieil homme, comme s'il voulait éternellement se dérober à nous.

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