On peut résumer le contenu des journaux avec un slogan bien connu : "Le poids des mots, le choc des photos"... Photo page 2 du Figaro : 16 fusils exposés sur une table dans la rue et les passants la regardent comme l'étal d'un brocanteur. Bienvenue à Medellin, commune N° 13 à l'ouest de la ville. Un homme git en travers d'une ruelle, tué par balle. Mais bien sûr, personne n'a rien vu, rien entendu. Et pourtant, tout le monde le sait : c'est une bande d'adolescents qui règne sur le quartier qui a commis le crime. Arrive le colonel Carrero, visage fatigué. Soupirs. Deux ans qu'il joue au chat et à la souris avec des gosses armés. "On entend les tirs et on ne sait pas où courir". Pour empêcher ces mômes de s'entretuer, il faudrait poster un policier tous les 20 mètres. "La guerre des gangs a repris à Medellin". Pascale Mariani et Roméo Langlois la racontent en détail et c'est un reportage hallucinant ! En première ligne, les gamins (il y en aurait 4.000), petits soldats au service des caïds des narcotrafiquants. Les capos, eux, sont dans les beaux appartements du sud de la ville, ils s'appellent tous "Don quelque chose". Don Douglas, Don Sebastian. Ils envoient les mômes à la mort, main d'oeuvre bon marché. "La pauvreté est telle que n'importe qui peut tuer pour 30€". Entre deux rails de coke et sur fond sonore de tirs de mitraillette, le jeune Carlos raconte : "Le premier contrat est toujours très dur, le regard du mort vous suit jusque dans la soupe. Mais à la fin, tuer devient une addiction". Une addiction et un rite. On fait bénir les balles par des sorcières avant les opérations délicates. Medellin, écrivent Pascale Mariani et Roméo Langlois, est imprégnée jusque dans la brique par la culture de la violence et de l'argent facile. La police prévoit 2.000 meurtres cette année. 90% resteront impunis. Les journaux accordent évidemment beaucoup de place au Parti socialiste ce matin... Le PS est-il encore capable de changer la vie ? Pour mesurer les défis qui l'attendent, petit détour par les salles de marché une fois de plus. On a trouvé des taupes, des financiers qui balancent sur les pratiques de leur milieu. C'est d'abord un rapport qui aurait du rester confidentiel. Il a été dévoilé en juin devant le Comité Central d'Entreprise de la Société générale. C'est un sondage auprès des traders de l'entreprise. Tous les traders y compris les petites mains qui gagnent 1.500€ par mois, hors bonus. Et ils s'estiment "pas assez payés" au regard de l'effort qu'ils fournissent et de ce qu'ils font gagner à l'entreprise. En synthèse, chacun regarde celui qui est sur le barreau du dessus sur l'échelle des salaires. Tous, pointent le manque de transparence dans les critères d'évaluation des salariés. L'autre taupe, c'est l'un des personnages les plus importants de la City : Lord Adair Turner. Rien d'un gauchiste chevelu, c'est le gendarme de la finance britannique, et il mange son chapeau melon dans Le Figaro et Les Echos : "Il faut dégonfler le secteur financier qui est hypertrophié. Le fond du problème, c'est que les profits des financiers ont crû au-delà du raisonnable par rapport à leur utilité pour la société". Voilà pour le cadre, le fond sonore de l'actualité. Et c'est dans ce contexte, on y vient, que s'ouvre l'Université d'été du PS à La Rochelle. Vous avez remarqué, Eric Delvaux, comme les socialistes sont bien bronzés. Chaque année, c'est le même contraste : les journaux ne parlent que de guerre des chefs et de PS moribond. Et on voit les mêmes chefs arriver à La Rochelle, le teint hâlé juste ce qu'il faut pour avoir bonne mine sans donner l'impression d'avoir passé l'été à faire la crêpe sur la plage. Ironie mise à part, la presse parle des primaires, des alliances, mais elle s'attaque aussi au fond. "En acceptant les primaires, Martine Aubry démine écrit Libération, et elle libère le terrain pour les questions de fond". Alors c'est parti, on retrouve le poids des mots... Jacques Julliard, Le Nouvel-Observateur. Bon, d'abord, il faut appeler un chat "un chat" et les spéculateurs "des sangsues de la société". Il faut reprendre la bataille intellectuelle. C'est l'idée d'un capitalisme hors-sol, hors-production, qu'il faut déraciner. Nationalisation du crédit, plafonnement ou taxation à 95% des très hauts salaires et régularisation du crédit. 2ème urgence : l'unité syndicale sur des objectifs clairs. Le redressement de la gauche ne viendra pas d'abord du monde politique, mais d'un coup de grisou dans les tranchées du syndicalisme. 3ème point : aujourd'hui, l'individualisme capitaliste détruit tout lien social. Il n'y a de socialisme que moral. Au boulot, lui aussi, Aquilino Morelle, l'ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon. Longue tribune dans Libération. Il fait un peu d'Histoire. A l'origine des difficultés du PS, il y a l'Europe. L'Europe et ses contradictions. D'un côté, c'est le seul niveau où les enjeux peuvent être saisis : l'écologie, la régulation économique, l'immigration. De l'autre côté, l'Europe est fondamentalement libérale. Il faut donc s'engager dans le combat pour un cadre européen nouveau. Ce n'est pas parce qu'elle est trop à gauche que les citoyens se détournent de la social-démocratie, mais parce qu'elle ne l'est pas assez. Pas assez à gauche et pas assez proche des gens. Là, c'est un jeune homme de 31 ans qui prend le relais. Gaël Brustier, il est à la fois chercheur en sciences politiques et responsable du PS en Saône-et-Loire. Il répond aux questions du Parisien. "Le PS est dirigé par des élites coupées du petit salariat du secteur privé. Il faut faire comme Barack Obama : procéder de manière sociologique en associant ouvriers, employés, professions indépendantes, jeunes déclassés et aller dans les zones périurbaines et rurales où il y a une relégation sociale". Alors, conclusion de la patronne, Martine Aubry... c'est sa fameuse tribune au Monde dans laquelle elle dit "Oui" aux primaires. Mais ça prend deux lignes sur un article de 5 colonnes. Pour le reste, elle plaide pour "une offensive de civilisation"... "Civilisation de la dignité. Au coeur de la société aujourd'hui, il y a l'humiliation... humiliation des précaires face aux rémunérations les plus extrêmes... humiliation que subissent les migrants". Pour la dame des 35 Heures, "l'équivalent du combat pour l'école sous la 3ème République, il est aujourd'hui dans le monde du travail". "Il faut généraliser les possibilités de formation, de reconversion ou d'action d'intérêt collectif". Derniers mots et dernières photos dans la presse ce matin... Photo du métro de Moscou dans Le Monde. Station "Kourskaïa", l'une des plus fréquentée de la capitale russe. Souvent, le métro, c'est assez crado et mal odorant. Eh bien là, le hall d'entrée est vaste comme une église, raconte Marie Jégo. Colonnes de marbre et plafonniers en forme d'étoile rouge. Et surtout, cette inscription gravée dans la pierre : "Staline nous a inspiré la foi dans le peuple, le travail et les exploits". La station a été construite dans les années 30, elle vient d'être rénovée presque à l'identique. Mais c'est un signe de plus, depuis l'arrivée au pouvoir de Poutine, la Russie s'est lancée dans une réhabilitation de son passé communiste. Et c'est plus vrai que jamais en ce 70ème anniversaire du pacte germano-soviétique. Devant l'étonnement de la journaliste du Monde, un passager goguenard a trouvé la réponse : "En France, vous avez bien une station de métro "Stalingrad" ! A la rubrique étranger, encore deux informations dans la presse sur l'Amérique d'Obama et comment elle change. Selon Le figaro, il s'apprêterait à renoncer au bouclier anti-missile en Europe de l'est. C'était un motif de fâcherie avec le Kremlin. Et puis, bataille de chiffres sur le chômage... C'est dans La Croix. Officiellement, le taux est de 9%. En réalité, il avoisinerait les 16% ! A Paris, on a le métro "Stalingrad", mais on a aussi, comme dans beaucoup de villes françaises, le Vélib'. Question, toujours dans Le Monde : "Est-ce que cet afflux de cyclistes n'est pas un danger pour la circulation ?" Entre ceux qui roulent sur les trottoirs et ceux qui grillent les feux rouges ou les sens interdits, on pourrait le croire. Eh bien, la réponse est "Non" ! Petit 1 : en règle générale, plus il y a de vélos, moins il y a d'accidents. Petit 2 : les cyclistes sont responsables dans moins de la moitié des accidents dans lesquels ils sont impliqués. Pour les voitures, la proportion est des trois quarts. Troisièmement : oui, le nombre de cyclistes victimes d'accidents augmente, mais en proportion, moins que le nombre de cyclistes tout court. Cela dit, si l'on en croit Alain Rémond, le chroniqueur de La Croix, "les accidents de la route risquent de se multiplier dans les mois à venir". Bob Dylan vient d'annoncer sur la BBC qu'il envisageait de prêter sa voix à un GPS. Si ses indications sur le GPS sont aussi complexes que les textes de ses chansons, ça nous promet quelques sueurs froides au volant ! Allez, pour finir... comme hier, l'actualité par le bout de la gaufrette. Les Tic et Tac de Libération, Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, continuent leur série sur les conférences de presse de rentrée des radios et télévisions et surtout, sur les cocktails servis aux journalistes... Hier, on s'en souvient, c'était TF1... pas terrible au début et puis mieux à la fin. Aujourd'hui : France Télévision. Là aussi, ça commence mal : ça se passe au sous-sol de la télévision publique et on est serré comme des saucisses cocktails dans leur boîte. Du coup, on manque de crever un oeil à Mireille Dumas avec une carotte ! Car le buffet est une parabole éclatante de la pauvreté du service public. Il y a des carottes. Crues. Des choux-fleurs et des radis aussi... Quand ils se plaignent auprès d'une attaché de presse, Garrigos et Roberts obtiennent tout cru la chute de leur papier : là c'est le poids des mots sur l'estomac. l'attaché de presse proteste : non, y'a pas que de carottes et des choux-fleurs, "y'a de l'andouille aussi !". Vous le savez, Eric Delvaux, c'est aujourd'hui la conférence de presse de rentrée de France Inter. Y aura-t-il de l'andouille dans la salle ? On ouvrira Libération avec fébrilité demain matin. Bonne journée !

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