(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : tromperie sur l'étiquette

(Bruno Duvic) Le 8 mars 2012 au petit matin, le FBI a débarqué dans une villa près de Los Angeles. Les flics ont découvert des rangées de bouteilles vides, une imprimante laser, des milliers de fausses étiquettes, de la cire à cacheter et des bouchons de liège par sacs entiers. L'affaire Rudy Kurniawan venait d'exploser.

L'homme porte des costumes Hermès sur mesure, une montre Patek Philippe et des bottines en croco. Il se présente comme un chinois d'Indonésie, sa famille aurait fait fortune dans le pétrole ou la bière. Surnom : docteur Conti, comme Romanée-Conti

Son procès s'ouvrira le 9 septembre à New York. Il est accusé d'avoir vendu des centaines de grands crus de vin falsifiés.

Chez lui, les enquêteurs ont trouvé des fiches qui expliquaient, par exemple, comment obtenir un Pomerol année 40 en mélangeant des vins californiens.

Dans son édition de septembre en kiosques aujourd'hui, Vanity Fair raconte l'histoire de ce garçon qui a posé son rond de serviette à la table des seigneurs du vin au début des années 2000. Un talent de goûteur hors pair, une frénésie d'achat, un mystère persistant sur ses origines, quelques copains pas très regardants, et aussi un milieu qui profitait de ses largesses.

Rudy Kurniawan savait mélanger deux Petrus 80 et 85 pour en faire un magnum 83 hors de prix. Les ennuis ont commencé quand un producteur de Bourgogne a appris qu'on vendait à New York des bouteilles de chez lui millésimées 45 à 71. Il ne produisait que depuis 82.

A Manhattan à partir du 9 septembre, le gotha des vins de Bourgogne fera face au docteur Conti. Au moins par vidéo. Ce sera le début des vendanges.

Et dans la réforme des retraites, y-a-t-il tromperie sur l'étiquette ?

Dans la presse ce matin, le millésime 2013 est étiqueté doux, indolore en apparence, modeste, facile.

Le Figaro s'intéresse d'abord à ce qu'elle n'est pas cette réforme

  • pas de hausse de la CSG

  • pas de rapprochement public/privé

  • pas de recul de l'âge légal

  • pas de baisse des pensions

Ce qu'elle est donc :

  • dans l'immédiat hausse de cotisations, contre promesse d'une baisse des cotisations familles faite au patronat

  • après 2020, allongement de la durée de cotisation

  • une prise en compte de la pénibilité, des temps partiels, de la maternité

  • une petite mise à contribution des retraités

Un peu pour tout le monde...

"C'est mécaniquement opportuniste, politiquement habile commente Henry Lauret dans Le Télégramme . Ce matin, le démineur de Matignon ne doit pas être mécontent de son tour de passe-passe"

Habile donc, mais sans doute pas suffisant pour mettre le système de retraites à la française à l'abri : "On attendra de la modestie dans les commentaires gouvernementaux", demande Dominique Quinio dans La Croix .

Car "en tendant bien l'oreille, ajoute Raymond Couraud, dans L'Alsace , on a quand même entendu Jean-Marc Ayrault préciser qu'il faudrait bien de temps à autre remettre le dossier en chantier. C'est à dire que rien n'est joué."

"Décidément, chez nous, constate Jacques Camus dans les journaux du Centre, la vraie réforme des retraites est une réforme impossible".

Evidemment, l'édito le plus sévère est dans Le Figaro : « Courage fuyons ! »

Mais à bien y regarder, Libération n'est pas en reste. Car dans cette réforme, « splendide condensé du hollandisme, on cherche les équilibres politiques, on évite les sujets de ruptures », il y a bien tromperie sur l'étiquette : « Des non-dits, des vices de réforme » titre Libé .

Non dit sur le trou des régimes de la fonction publique : 8 milliards d'Euros.

Non dit sur l'avenir : la réforme repose sur un scénario économique assez rose - taux de chômage de 7.3 en 2020 et le plein emploi en 2030. Si ca confirme, c'est peut être un bon cru. Si ce n'est pas le cas : goût de bouchon.

L'opinion se prépare à la guerre en Syrie

Les politiques commencent à prendre position. Et ce qui est clair ce matin, c'est le « non à la guerre » des souverainistes et du FN d’un côté et, de l'autre, du Front de gauche. Ce « non » là, on en trouve trace dans l'édito de Patrick Apel-Muller ce matin dans L'Humanité .

« Elle s'ébroue, s’étire, se ramasse. La machine de guerre occidentale serait prête à fondre sur la Syrie (…) L'adversaire est repoussant (…). Faut-il pour s'en débarrasser faire prendre aux peuples de cette région les risques insensés d'un embrasement ? (…) Quels furent les résultats des interventions en Afghanistan, en Irak ou en Libye ? (…) L'escalade militaire est sans issue. (…) Ajouter la guerre à la guerre démultiplierait encore le conflit. »

Apel-Muller ne croit donc pas l'hypothèse évoquée ce matin dans la presse : une intervention éclair.

Quoi qu'il en soit, cette guerre a déjà commencé sur le web. Hier soir, raconte Rue89 , les hackers syriens ont pris temporairement hier soir le contrôle du site Internet du New York Times et créé quelques perturbations sur Twitter.

Autre angle intéressant ce matin, celui de slate.fr , selon lequel Israël ne croit pas à la stratégie américaine en Syrie. Tel Aviv redoute les répercussions de l'attaque pour sa propre sécurité. Et puis notez que Mediapart publie le rapport de Médecins sans frontières sur l’attaque chimique du 21 août.

Dans la presse également : gaudriole à Matignon

Mais oui… C'est un indiscret de L'Express sous le titre « Buffet chaud ». 31 juillet, un buffet estival réunit le gouvernement dans les jardins du Premier Ministre. Question à la cantonade :

« Qu'allez vous faire pendant les vacances?

Réponse des ministres femmes :

  • Ce qu'on a pas le temps de faire dans l'année. »

Selon L'Express , on a alors porté un toast à l'équilibre sexuel des ministres.

Le chiffre du jour

98% des condamnés pour des délits, même graves, pourraient échapper à la prison avec la nouvelle peine de probation. Cela ne convient pas du tout au Figaro qui publie ce chiffre en forme de déclaration de guerre à la ministre Christiane Taubira. Selon le journal, parmi ceux qui écopent de moins de 5 ans fermes (concernés par la réforme), on trouve des condamnés pour violences volontaires, transport d'arme, proxénétisme et agression sexuelle.

Allez pour finir cette revue de presse, de la pop classieuse

(extrait Satori pop century )

Pop Satori , Etienne Daho, c'était il y a presque 30 ans, il n'est pas passé de mode. Son nouvel album, l'un des plus attendus de l'automne, sortira en novembre. En attendant, Daho se fait rédacteur en chef des Inrockuptibles cette semaine. Un numéro à ranger à côté des vieux billets de concert pour les fans. Daho questionne, photographie, part en reportage, il dévoile ses influences. Et il accorde une longue interview à Jean-Daniel Beauvallet et Jean-Marc Lalanne.

Toute sa carrière y passe, les années Pop Satori justement, « hédonisme à l'état pur dans un Paris en fête », le creux de la quarantaine, son influence sur les jeunes générations. Une ligne entre toute ces années : « toujours évoquer la gravité avec légèreté ». Christophe Conte des Inrocks accompagne Daho à Soho, quartier de Londres où il revient régulièrement. Sur l'affiche d'un concert au club Marquee en 1989, il y avait cette présentation : « Etienne Daho, the biggest name in french pop today »- le meilleur de la pop française.

Il y a des étiquettes qui vieillissent mieux que d'autres. A demain !

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