(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Amours naissantes et étoiles mortes

(Bruno Duvic) Trois éditorialistes, classés droite libérale, trois plumes qui ont l'habitude de désespérer de la gauche, trois cœurs qui se sont mis à battre un peu plus fort hier.

Manuel Valls, devant le Medef : « Moi j'aime l'entreprise ». C'est entre guillemets à la Une des Echos . Et Jean-Francis Pécresse dans l’éditorial n'en peut mais :

« Il ne faut pas s'y tromper, aucun de ses prédécesseurs, fut-il issu des rangs de la droite libérale n'avait encore prononcé un tel credo. »

« Moi j'aime l'enteprise » Dans L'Opinion , Nicolas Beytout veut maitriser le sentiment qu'il sent naitre pour le Premier Ministre : « Bien sûr ce ne sont que des phrases. Mais il faut saluer le discours de Manuel Valls. Un propos positif pour l'entreprise et les entrepreneurs. Et contrairement aux habitudes, pas de mise en garde, pas de contrepartie menaçante, pas de marché de dupes. Chapeau ! »

Vite vite, Le Figaro ! Qu'en dit Gaëtan de Capèle ? Eh bien il dit « Chiche ! » : « Le Premier Ministre ne manque ni de lucidité, ni de courage, alors chiche ! Maintenant il faut passer aux actes (…) Vu de gauche, Manuel Valls vend son âme au diable, il ne lui reste plus qu'à chercher une majorité de droite. »

Bien joué Arnaud Montebourg ! Depuis qu'il a plaidé pour une réorientation de la politique du gouvernement, chaque jour, les prises de distance avec une certaine politique de gauche sont un peu plus nettes.

Le discours au Medef hier. Et les interviews d'Emmanuel Macron ce matin. Entretiens accordés alors qu'il n'était pas encore nommé.

Il y a d'abord celle du Point . Marc Fauvelle vous en parlait dans le journal de 8 heures. Plaidoyer pour une sortie possible des 35 heures - dans les entreprises, dans les branches.

Et cette réflexion plus large : « Il s'agit de sortir du piège où l'accumulation des droits donnés aux travailleurs se transforme en autant de handicaps pour ceux qui n'ont pas d'emploi, en particulier les jeunes et les Français d'origine étrangère. Mais c'est difficile à expliquer et à porter, spécialement quand on est de gauche.

Etre socialiste consistait à étendre toujours les droits formels des travailleurs. Mais la réalité nous invite à réfléchir aux droits réels de tous, y compris et surtout de ceux qui n'ont pas d'emploi. »

Mediapart publie également un entretien avec le nouveau ministre de l'Economie.

Là aussi les propos avaient été tenus bien avant qu'il entre à Bercy. C'était il y a un an, dans le cadre d'une enquête sur le hollandisme. « Le socialisme de l'offre suppose de revisiter un des réflexes de la gauche, selon lequel l'entreprise est le lieu de la lutte des classes. Elle l'est pour partie mais elle n'est pas que cela. La bataille n'est pas à mener au sein de l'entreprise mais pour la conquête de nouveaux marchés et de nouveaux clients.

La gauche moderne ne peut plus raisonner en termes de statuts. Il y aura donc des moments difficiles avec l'histoire de la gauche parce que cela supposera de revenir sur des certitudes passées qui sont, à mes yeux, des étoiles mortes. »

On verra quelle part de ces propos inspire réellement la politique. Rappelons qu'ils ont été tenus avant qu'Emmanuel Macron ne soit nommé à Bercy. Déjà le discours du Premier Ministre devant le Medef fait hurler L'Humanité . A la Une ce matin : « L'allégeance de Valls au patronat le plus réac ». « Ce qui est bon pour les patrons est bon pour le pays, ce dogme, commente Patrick Appel Muller dans l'édito balaie toute l'histoire du socialisme en France. »

Alors question, à la Une de Libération : « Le gouvernement est-il de droite ? »

« Aucun politologue sérieux, écrit Grégoire Biseau, ne peut défendre très longtemps que la hausse du taux de marge des entreprises et la réduction des déficits sont des combats portés par la gauche. C'est peut être indispensable, mais pas de gauche. Désormais, comme un chirurgien qui entre dans le bloc opératoire, Hollande se fiche de la couleur des outils qu'on lui met entre les mains, il veut que le malade guérisse. Faut-il en conclure que le gouvernement mène une politique de droite ? Non, du moins pas encore. Notre rigueur budgétaire n'est pas encore une austérité. Le nombre de fonctionnaires n'a pas baissé. Les 60.000 postes dans l'éducation, l'ISF rétabli, la taxe pour les super riches, la retraite à 60 ans pour les carrières longues. Et puis le mariage pour tous et l'encadrement des loyers. Ce n'est peut-être pas suffisant pour donner un peu de fierté au peuple de gauche, mais ce n'est pas une politique de droite. »

Droite-gauche, où est la différence ? Réponse du philosophe Michel Onfray, toujours dans Libé . « En matière économique, le libéralisme les réunit désormais, le reste les sépare pour la forme et le jeu électoraliste. Elles ne se distinguent plus qu'à la marge des phénomènes de société.» Plus de clivage marquant en matière économique. A en croire Jérôme Fourquet, de l'institut de sondage Ifop dans Atlantico , pour l'opinion ce n'est pas vraiment un problème. En effet en matière économique, pour une large majorité de Français, les notions de droite et gauche s'effacent. « Avec cette idée selon laquelle les leviers de commande économiques ne sont plus dans les mains des politiques et que gauche et droite ne font que suivre un mouvement, se fondre dans des cadres et des règles qui les dominent, comme la mondialisation. Mais parallèlement, un second clivage a émergé, qui divise les partisans d'une économie ouverte et les avocats d'une économie fermée. »

Peu importe la couleur, ce qui compte c'est l'efficacité. De ce point de vue, un chiffre vient doucher d'emblée le nouveau gouvernement.

500.000 chômeurs de plus depuis l'élection de François Hollande.

Titre des Echos , page 4. Et la préoccupation du Parisien : « Le chômage des jeunes, fléau de plus en plus inquiétant ». Génération sortie du système éducatif en 2010. 22% de ces jeunes sont au chômage. 48% pour les non-diplômés ! Témoignage d'un jeune homme de 23 ans : « j'ai l'impression que la société ne veut pas de moi. »

Commentaire de Dominique Jung dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace : Manuels Valls parle haut mais il n'a pas de bilan économique. Approbation de Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute- Marne : « Ce seront les résultats concrets qui valideront la nouvelle orientation stratégique du gouvernement. »

On verra si les résultats suivent. On verra aussi si la majorité suit. Pour l'instant le Premier Ministre dispose bien d'une majorité pour approuver son action, aussi inconfortable soit-elle. Dans une confidence off au Point , un proche de Manuel Valls oscille entre fataliste et cynisme : « Soit la politique de l'offre porte ses fruits d'ici à la fin du quinquennat et la gauche de la gauche arrêtera de couiner. Soit le quinquennat est un échec global et il n'y aura plus de PS.»

A demain !

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