(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le livre de la jungle

(Bruno Duvic) Cette mondialisation qui nous fait si peur, ils y vivent, comme d'autres habitent un deux pièces cuisine. Ils travaillent dans des incubateurs de start-up, développent un business en Israël, en voient mourir un autre à Kuala Lumpur, et en jetant un œil à la Tamise qui coule Londres, ils disent : "J'ai envie que mes enfants sachent vivre dans ce monde là".

D'après une étude publiée récemment dans Le Monde , 19% des jeunes diplômés français travaillent à l'étranger. Qu'y trouvent-ils de plus ? C'est à Londres que La Croix est allé rencontrer quelques entrepreneurs français partis ailleurs.

Voici Fabrice Haiat. Il travaille dans une tour de 39 étages, l'un des trois principaux incubateurs de sociétés de la ville, sur Canary Warf, le nouveau quartier d'affaires. Il vient de créer une société de collecte de données sur la mise en rayon des produits dans les magasins, leur disponibilité, leurs prix. La recherche et le développement sont en Israël. Le siège est à Londres, "à la même distance de Paris que s'y j'étais à Nantes", dit le jeune patron.

Et il ajoute : "Quand on est une start-up on teste des solutions. Il y en a plein qui ne marcheront pas. Alors il faut pouvoir licencier. Ici, le préavis est de deux semaines".

Dans le même immeuble, Alain Falys, qui tente de faire sa pelote dans le paiement en ligne. "Ici je n'ai pas l'inspection du travail pour voir si les chaises sont droites et s'il y a des poubelles dans les toilettes. Et puis il y a beaucoup d'argent prêt à s'investir."

Echouer n'est pas un problème. Un autre dit : "une mortalité rapide c'est plutôt une bonne chose, ça fait consommer moins de capital". Un autre encore, qui a revendu son affaire en France il y a deux ans : "Ca m'a fait mal de laisser la moitié de ma plus-value aux impôts. Et puis ici, les investisseurs me reçoivent parce que je suis jeune. En France, je devrais m'inventer des références pour tenter de convaincre."

On pourra les trouver caricaturales, stimulantes, angoissantes, ces paroles résonnent alors que la France s'offre un nouvel épisode d'angoisse face à la mondialisation avec le dossier Alstom.

Echo important dans la presse régionale, notamment la presse de l'Est. « Dossier électrique », titrent les DNA , « Le suspense Alstom » pour L'Est républicain , mais aussi les quotidiens régionaux marqués à gauche "Affaire nationale" pour La Marseillaise , « Industrie en péril », pour L'Echo haute-Vienne .

"La vente d'Alstom, symbole du déclin industriel français", titrent Les Echos .

Près des 3/4 de son activité devrait passer sous pavillon étranger, américain ou allemand. On vous a donné toutes les informations dans les journaux de France Inter ce matin. Commentaires dans les éditoriaux et les pages tribune.

Benjamin Frémeaux, l'un des patrons d'une entreprise qui s'appelle "Enrichment technology" dans Les Ech os : « Après l'aluminium de Péchiney vendu aux Canadiens, l'acier d'Usinor aux Indiens, la chimie de Rhodia aux Belges, le ciment de Lafarge aux Suisses, maintenant les turbines d'Alstom. Aujourd'hui, qu'elles soient en difficulté ou qu'elles dominent leur secteur, les entreprises françaises semblent ne trouver leur salut que hors de France. Dans tous les cas ce n'est jamais à l'avantage du site France"

Que fait le ministre du redressement productif ? Il est rebaptisé ministre du « déclin productif » par Maud Vergnol dans L'Humanité : « Le résultat de la politique de l'offre alliée à l'austérité est là : la grande braderie commence. »

Trop de libéralisme ou pas assez....

Il faut en finir avec le patriotisme économique de pacotille pour Rémi Godeau dans L'Opinion . « La méthode Montebourg, c'est beaucoup de bruit pour rien. Elle consiste à secourir des symboles plutôt que des entrepreneurs. Défendons nos entreprises, c'est légitime, encore faut-il leur donner des munitions. »

Détail de plus : Alstom, c'est l'entreprise que Nicolas Sarkozy avait rattrapé par le bout des câbles il y a 10 ans avec une nationalisation provisoire. "Hollande le socialiste sera-t-il moins interventionniste que Sarkozy le libéral ?" se demande Bruno Dive dans Sud Ouest .

Pour la reprise, la piste Siemens, allemande et européenne est-elle préférable à la piste américaine, General Electric ? Fantasme d'un Airbus de l'énergie et du rail. Mais « il n'y a pas de politique industrielle européenne » constate Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute Marne . Airbus est l'arbre qui cache la forêt. » Pour Gilles Bridier sur Slate , « Alstom est (même) victime de l'échec d'une Europe industrielle de l'énergie.)

L'Europe, source de déception ou d'inquiétude encore une fois à la Une de la presse : « Elections européennes : la patate chaude de l'austérité » en manchette de L'Humanité . « L'Europe face à la vague des partis protestataires » en vitrine du Figaro . Dans moins d'un mois, les élections. Nouveau rendez-vous difficile pour la gauche qui n'en manque pas. Demain, combien de socialistes voteront le programme de stabilité et d'économie de Manuel Valls ? "Vent de fronde", titre Libération . C'est dans ce contexte que sont arrivées les déclarations de revenus dans les boîtes aux lettres : « Vous allez le sentir passer », titre Le Parisien aujourd'hui en France pour qui « la réalité est évidente : les familles sont sévèrement mises à contribution ».

Le livre de la jungle en quelques histoires courtes dans la presse

Années 80, la société Atari prend un bouillon avec un jeu vidéo mal fichu inspiré des aventures d'ET. A cette époque, les jeux se présentaient sous la forme de cartouche. Qu'étaient devenues les milliers de cartouches invendues ? 30 ans plus tard, la réponse. Une expédition vient de les découvrir enfouies dans le désert du nouveau Mexique, poubelle très loin des regards. C'est à lire sur Atlantico . Un documentaire doit raconter cette histoire.

Le championnat de basket américain : les stars sont noires, les propriétaires des clubs sont blancs et parfois racistes. Dans L'Equipe une page sur le scandale provoqué aux Etats Unis par le propriétaire des Los Angeles Clippers qui reproche à sa petite amie de poser en photo sur les réseaux sociaux avec Magic Johnson, la légende du basket us : "Pourquoi postes-tu des photos de toi avec des noirs ?"

Arrestation en flagrant délit dans la rue. Les policiers doivent-ils avoir un mandat pour fouiller le téléphone portable du suspect ? La cour suprême américaine se penchera sur cette question demain. Deux cas examinés. Un homme suspecté de trafic de drogue arrêté à Boston. La trace d'un appel dans son portable permet de localiser un appartement où sont stockés drogues armes et argent. Un homme arrêté à San Diego. En fouillant son portable on remonte toute une filière. Il encourait 7 ans de prison au départ. Il en risque 15.

Le 4ème amendement à la constitution américaine autorise les policiers à fouiller les effets personnes d'une personne arrêtée. Mais avec le portable, c'est à toute sa vie qu'on a accès. Alors faut-il un mandat spécifique pour explorer les smartphones. C'est un épisode de l'arbitrage liberté/sécurité au temps du numérique qui se jouera demain à Washington. C'est à lire sur le site du New York Times .

Enfin la renaissance d'une distillerie au cœur de Paris. Pour la première fois depuis 100 ans environ, un agrément vient d'être donné. Première bouteilles en septembre. C’est la rencontre du vieux monde et du nouveau. Car c’est une distillerie collaborative, financée sur Internet. L'alambic sera installé dans le Xème arrondissement. On y fabriquera du gin, de la vodka, du rhum, du whisky, sans doute du bon et du tord-boyaux. C'est la curiosité du jour sur slate.fr . De toute façon, la France ne manque pas d'alcools forts et encore moins de vins. Si quelque chose devait lui manquer à cette France pessimiste et inquiète, ce serait plutôt l'ivresse.

A demain !

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