Un autre père endeuillé par un chauffard alcoolisé veut changer la loi et introduire un crime d'homicide automobile, le Courrier picard. Des sangliers fuyards deviennent une harde sur l'Ile-au-moines, le Télégramme. Une statue de la vierge écorche la laïcité d'une école, le Dauphiné libéré.

On parle de deux pères...

Deux pères qui chacun ont perdu un enfant, l'un en France l'autre en Grèce, et l'un comme l'autre peuvent se plaindre de la justice des hommes, mais les cruautés ne sont pas comparables selon  qu'on est un endeuillé de France ou un endeuillé venu d'Afghanistan...  

Voici dans le Courrier picard Yann Desjardins, dont le fils Guillaume est mort il y a trois ans, fauché sur son vélo par un homme qui conduisait avec deux grammes d’alcool dans le sang, l'homme a été condamné le 9 novembre dernier à trois ans de prison dont deux avec sursis, mais il ne passera pas un jour en cellule, sa peine étant aménageable, et Yann Desjardins ne l'accepte pas... 

"Celui qui a tué mon fils vit librement depuis 3 ans. J’ai décidé d’essayer d’oublier cette dimension pour me concentrer sur la façon dont on peut changer les choses."

Il dit que l'expression même, "homicide involontaire", est insupportable, car la mort nait d'actions intentionnelles, "se mettre une mine à 2 grammes ou un rail de cocaïne dans le pif, et dans cet état-là, prendre le volant." Il veut alourdir la main de la justice, et inscrire dans notre droit un crime "d'homicide routier". Des parlementaires l'appuient, il voudrait voir déposer une proposition de loi le 13 juin prochain, le jour où son fils aurait eu  25 ans.

Ayant lu dans le Courrier picard la survie farouche et les mots de Yann Desjardins, le silence d'un autre père endeuillé me glace d'autant plus... Libération nous raconte l'histoire de Nadir Ayoubi, 25 ans, dont le fils Yahya était né le 16 avril 2015 et est mort noyé le 8 novembre dernier -tiens, un jour avant l'injure judiciaire faite chez nous aux Desjardins. C'était près des côtes grecques quand des rochers ont fracassé une barque de migrants venus de Turquie. Nadir ne parle pas dans Libération, son avocat parle pour lui: quels seraient les mots d'un père au destin atroce. Nadir a été jeté en prison après avoir perdu son fils, il sera jugé pour abandon d'enfant et mise en danger de la vie d'autrui, présumé coupable d'avoir emmené son bonhomme sur le bateau, coupable présumé pour ne pas avoir été trouvé près de son cadavre; le naufrage les avait dispersé. 

Avant, cela, c'est une histoire banale d'êtres humains de trop sur cette planète. Des afghans fuient la guerre pour l'Iran puis la Turquie, la Turque ne leur donne pas le statut de réfugiés, c'est réservé aux syriens, les Etats-Unis et le canada acceptent la famille de Nadir mais retoquent son dossier, la femme de Nadir part pour la Grèce sans son enfant ni son mari qui a peur de la mer, mais une autre peur le pousse: être renvoyé dans son pays... Alors il monte sur le bateau et quand son fils se noie, il devient la proie des autorités grecques et peut-être un symbole, l'homme par qui des européens voudraient intimider les migrants à venir. 

Pendant ce temps, chez nous, des migrants errent dans les rues à Paris ou en Seine-Saint-Denis, ils s'abritent derrière un bloc de béton dans une rame de tram ou bien marchent dans le froid, le Monde a accompagné les associatifs qui leur apportent des tentes, des mots ou une paire de chaussure. 

La Croix raconte Reza Jafari qui a 25 ans, comme Nadir Ayoubi. Il est né en aAfghanistan, il est devenu français, il est arrivé chez nous orphelin à 14 ans après la Turquie la Grèce et l'Italie et là, chance, il a été recueilli, adopté, instruit, il s'est engagé au service de santé des armées puis a créé une association pour accompagner ces fantômes des rues qui lui ressemblent, cela n'en finit jamais. Reza a une petite fille, elle grandit heureuse, une française même si son père est fatigué... 

On parle aussi de sanglier ce matin...

Qui tels des hommes, puis-je le dire ainsi, ont voulu fuir la mort et se sont jetés à l'eau, c'était il y a un an, décembre 2019, il y avait une battue à Saint Gildas de Rhuys nous dit le Télégramme, et pour fuir la meute, deux femelles ont largué la meute en plongeant dans le golfe du Morbihan, jusqu'à Govihan d'abord puis après un peu de repos jusqu'à l'Ile aux moines où elles ont mis bas en mai, les fugitives étaient enceintes. Et c'est ainsi que' l'ile bretonne s'est retrouvée affublée d'une harde de 15 sangliers, ce n'était jamais arrivé et ce serait un souci car les sangliers retournent les jardins à la recherche de nourriture, et sont des bêtes prolifiques, quand les laies sont en chaleur, cela va arriver, elles vont attirer des mâles du continent, et on imagine déjà 30 40 sangliers dans un an et après, c'est fini... Alors l'homme prend des mesures, il ne reste plus que onze sangliers sur l'ile et l'on mangera peut-être du cuissot décongelé au réveillon...

L'homme est plus accueillant aux arbres qu'aux créatures vivantes. La presse lorraine, Est républicain, Vosges Matin et Républicain lorrain, raconte les arbres que l'on vient de planter dans le grand Est pour sauver les forêts, ce sont de nouvelles espèces sélectionnées pour résister à la sécheresse, aux températures à la hausse, mais aussi au gel s'il survient encore, on en est au stade de l'expérimentation, mais si elle est concluante, nos descendants se promèneront à ombre des cèdres blancs de Californie, des pins de macédoine et des frênes de Mandchourie, rêvons-nous? 

On parle enfin de héros...

Un héros humble  qui vient de nous quitter, à 96 ans, Raymond Savoyat que raconte le Monde avait été résistant sous le nom de Gagney,  hommage à l'acteur James Cagney,  puis engagé volontaire dans l'armée américaine, il vait libéré le camp de Buchenwald et avait mis des années avant de savoir raconter l'horreur qu'il avait ressentie en avril 45 devant ces mort-vivants qui qui ne pesaient plus rien et qu'il ne fallait nourrir que si doucement ou on les tuerait... Son père déporté était mort dans un autre camp, Mauthausen au moment même où il libérait Buchenwald.

L'Obs nous raconte un enfant oublié de Bretagne, chrétien exalté un peu mythomane  qui se nommait Marcel Gerbohay, et qui dans un séminaire à Saint-Brieuc à la fin des années trente conçut le plan d'assassiner Hitler, les nazis le surent et quand ils envahirent la France, ils le prirent et le tuèrent... 

Dans ces années quarante, quand l'allemand nous envahissait, une paysanne de Laval en Isère vit la vierge sous les bombardements. Le Dauphiné raconte qu'ayant réchappé, elle installa une statue de Marie sur la clôture de son jardin... Mais bien après sa mort, sa ferme devint une école, et la vierge avait fini par écorcher la laïcité, on avait déjà tourné la statuette pour qu'elle ne regarde pas les enfants... On va maintenant déplacer la clôture de l'école pour que la  Vierge se retrouve dans l'espace public, hors du sanctuaire enseignant, nous sommes sauvés.   

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