Clotilde Dumetz : "C'est la faute à Kadhafi et à Ben Ali... et à tous ces dictateurs qui ont laissé monter les révoltes sans prévenir notre président et surtout sa ministre des Affaires étrangères. Résultat : la révolution chez eux, la chienlit chez nous !" C'est Francis Brochet dans Le Progrès qui ironise. "Dans l'urgence, Nicolas Sarkozy a parié sur du solide, écrit encore l'éditorialiste, Alain Juppé et Gérard Longuet, déjà ministres il y a un quart de siècle". Ironie donc... pas tant que ça. On verra les commentaires de la presse française dans un instant et ils sont nombreux ! De la presse française, oui, parce qu'ailleurs... je ne voudrais vexer personne, mais notre remaniement ne fait pas recette ! Bien sûr, c'est noté dans une brève plus ou moins longue par l'ensemble de la presse européenne sur le thème "Sarkozy se débarrasse de sa gaffeuse". Mais de ce discours, en partie à destination des pays arabes, rien sur les sites des journaux tunisiens ou égyptiens consultables ce matin. C'est peut-être que mieux vaut tard que jamais, certes, mais quand même ! "Sarkozy a enfin pris la mesure du printemps arabe" note François Sergent dans Libération. "Il a enfin reconnu que les peuples arabes prenaient leur destin en main au nom de la démocratie et de la liberté. Mais ces quelques minutes de discours tenaient du rattrapage. Le silence de la France face à ce bouleversement historique restera l'un des grands manquements de ce président qui se voulait homme d'Etat". Et L'Humanité s'amuse en Une... Sur une photo de manifestants brandissant des banderoles en arabe, le journal titre : "Ils font même reculer Sarkozy !". Et sinon cette annonce ? Eh bien, pour Le Figaro, c'est "la stratégie de Sarkozy face aux défis du monde arabe". Pour Les Echos, c'est "un pari sur un nouvel électrochoc gouvernemental". Bruno Duvic : De la politique franco-française... c'est aussi l'analyse de la presse régionale... Clotilde Dumetz : "La révolte arabe aura au moins servi de paravent pour régler une crise intérieure" note François Martin dans Le Midi-Libre. Et oui, "même quand il parle diplomatie, écrit de son côté Philippe Waucampt dans Le Républicain-Lorrain, Nicolas Sarkozy continue de penser politique intérieure et élection". "En perpétuelle quête de rebond, le chef de l'Etat s'est résolu à mettre en œuvre ce à quoi il s'était refusé en novembre 2010, analyse Rémi Godeau dans L'Est-Républicain : exfiltré Hortefeux, trop faible à l'Intérieur. Recasé Guéant, trop fort à l'Elysée, et ainsi dégager la voie pour Alain Juppé au Quai d'Orsay. Ce premier ministre bis, qui avoue ne pas être "sarkolâtre", incarne la rupture dans la rupture". Et dans La Charente-Libre, Dominique Garraud constate "qu'Alain Juppé est en passe de confirmer un statut de président bis, de sauveur potentiel d'une majorité aux abois". "Ministre d'Etat et vice-président officieux, chef de la Diplomatie et premier ministre bis, Alain Juppé endosse un costume dont l'ampleur n'a pas de précédent dans l'histoire du régime", analyse Denis Daumin dans La Nouvelle-République. "Il n'est pas certain, note l'éditorialiste, que cela enchante François Fillon, ni même Nicolas Sarkozy". François Fillon tiens ! Si Nicolas Sarkozy hier soir, n'a pas dit un mot de MAM (tout le monde l'a remarqué), il a très rapidement évoqué son premier ministre. Ce qui fait dire à Mediapart : "Fillon : un fantôme, premier ministre". Un fantôme qui sait quand même dire "Non"... Vous lirez sous la plume de Christophe Barbier sur l'express.fr que si c'est Gérard Longuet qui sert de glue pour recoller les morceaux de l'UMP, le président de la République avait plutôt pensé à Raffarin. Sauf que là, François Fillon aurait mis son veto. Alors bien sûr, dans tous vos journaux, les portraits de Juppé, Longuet et Guéant... mais on n'y apprend pas grand chose. Comment disait Francis Brochet que je citais au tout début ? Ah oui, un quart de siècle qu'on les pratique ! Bruno Duvic : Alors, parle-t-on d'autre chose tout de même dans la presse ce matin, Clotilde ? Clotilde Dumetz : Eh bien, retour en Tunisie avec "cette révolution qui n'en finit pas" rapporte Libération. Mohamed Ganuchi, le premier ministre tunisien, a démissionné. Il a finalement cédé, hier après-midi, à la contestation de la rue, note également Le Figaro. L'éditorialiste du "Temps", quotidien tunisien, dénonce ce matin "l'ennemi invisible... Ceux qui ont fait la révolution, écrit-il, ont l'impression fondée que les Faucons sont en train de la leur confisquer ». Un autre journal tunisien dénonce "la stupide réaction des forces de l'ordre sur l'avenue Bourguiba... Une stupide réaction qui a fait cinq morts, des dizaines de blessés, et qui laisse le pays dans un grand désarroi". La parole au peuple ailleurs aussi dans la presse avec, par exemple, l'Irlande qui veut, titre Le Figaro-Economie, renégocier le plan d'aide de l'Union européenne et du FMI : "L'Irlande défie Bruxelles et les marchés". Les élections législatives en Irlande, c'était vendredi. Les votes ont clairement sanctionné le gouvernement qui avait négocié le plan de sauvetage de l'économie irlandaise. Sur le même sujet (c'est à lire dans Libération), la dette grecque. Ou comment, face à l'asphyxie d'Athènes, l'Europe commence à envisager l'allègement de ses créances. Et là aussi, c'est le peuple qui fait bouger les choses. Mercredi encore, manifestation contre l'austérité dans la capitale grecque. Le mot d'ordre était simple : "Nous n'en pouvons plus Bruno Duvic : A lire également dans la presse ce matin... Clotilde Dumetz : Des reportages en Libye bien sûr... Le journal Libération est allé à Garyounes constater "la misère libyenne à l'état brut". Le Figaro vous fait rencontrer Mohamed al-Sanusi, l'héritier du trône libyen en exil à Londres. C'est le petit-neveu du roi Idriss 1er, renversé par Kadhafi en septembre 1969. Il a aujourd'hui 51 ans. Dans un tout autre genre, cette double page dans Libération intitulée : "A travers le trou de la cellule". A l'occasion d'un livre qui paraît cette semaine, Arthur Freyer, vrai journaliste et faux gardien de prison, est devenu maton pour infiltrer le milieu carcéral. Un témoignage passionnant où l'on constate que le surveillant de prison est tout autant emprisonné que les détenus. Il y a ce collègue qui a fait une croix sur certains lieux des environs, comme les centres commerciaux pour ne pas y rencontrer les voyous quand il fait ses courses. Il y a cette déconsidération de la société qui amène les surveillants à se marier entre eux, à faire du foot ou des barbecues uniquement entre collègues. Et puis, il y a ces heures de travail... le rythme de la prison, mécanique minutée et abrutissante. Plus léger dans Le Figaro, à l'occasion des Oscars la nuit dernière : le portrait des frères Weinstein. Les mauvais garçons d'Hollywood. Producteurs redoutés pour leurs méthodes peu orthodoxes, célébrés pour leur soutien au cinéma indépendant et leur moisson d'Oscars. Moisson non démentie puisque ce sont eux les producteurs du "Discours d'un roi" récompensé cette nuit.

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