Deux spahis de Valence tués au Mali la semaine dernière, le maréchal des logis Thimothée Dernoncourt et l'adjudant Emilien Mougin que l'on surnommait gueule d'amour et qui avait deux enfants..

On les voit, Mougin et Dernoncourt le passionné, dans l'édition de valence du dauphiné, eux que la france avait envoyé contenir le djihad en Afrique mais on ne les voit pas ailleurs, ces deux hommes, simplement dans le journal de ce coin de France où était installé leur régiment... 

Et cela laisse rêveur sur ce qu'est la reconnaissance... Hier à la caserne Baquet, de Valence, la Nation rendait hommage à Emilien Mougin et Thimotée dernoncourt, on voit encore dans les éditions de la Drôme du Dauphiné les camarades des deux héros dans leur tenue traditionnelle, les couvre chefs rouges et "les burnous (qui) étaient lourds à porter"...  La ministre des armées Florence Parly a dit de belles choses, et pour le savoir, il faut lire le Dauphiné dans la Drôme... Elle a repris la devise du régiment, faire face... Elle a dit aussi: « Votre histoire est celle de la détermination, du don de soi. de l’effort et de la joie. Je veux dire à tous que la France n’oublie  jamais  ses  fils tombés  pour  elle ».  

Mais le sait-elle la France, dont les journaux  ne se sont pas arrêtés au passage des héros... Ils font la Une et deux pages du dauphiné à Valence, mais l'édition d'Annecy du même Dauphiné leur consacre un article bien plus court à la fin du journal... La Une du même Dauphiné savoyard est consacrée au "vrai train de vie des cheminots"... et l'on évoque aussi des centres d'accueil qui préservent les SDF du froid... Ce sont des soucis honorables. Chacun a les siens, quelque-uns parviennent à capter l'attention au-delà du village. 

Il y a de beaux textes dans le Monde, sur nos indifférences à propos d'autres morts, ceux de la Ghouta en Syrie, "un massacre à huis clos", écrit  l'ancien maire d'Alep-Est...  Nous avons changé, dit le chercheur Matthieu Rey, les opinions sont fatiguées de se soucier des autres, et cette fatigue a glissé sur les massacres de l'Afrique des grands lacs, et désormais sur la Syrie, abandonnée à la loi du plus fort. Il appelle ça, Matthieu Rey, "l'heure des brutes"...  

Ces brutes qui ont tués aussi deux spahis dont on parle, à valence, dans le Dauphiné.

L'Usine Ford de Blanquefort est à la une de Sud Ouest

L'usine Ford de Blanquefort, que le constructeur américain abandonne, pour l'instant une affaire de Gironde, ou une histoire de tous? On en parle aussi dans le Télégramme, dans le Monde, dans le Figaro aussi, les Echos ouvrent leur cahier entreprise avec ces mille emplois menacés... Dans Sud Ouest, un salarié connu de Blanquefort, Philippe Poutou, exlique que son usine est un symbole... Et nous devons la regarder... Nous décidons, aussi, journalistes, de ce qui existe... 

Le Canard Enchainé sort du brouillard un de ses lecteurs... Un professeur de collège à la retraite qui vient de réaliser ce que lui coutait l'augmentation de la CSG: 68 euros par mois, 816 euros par ans, trois semaines de retraite carrément, et il l'a écrit au Canard, et il incarne ces retraités qui subissent une soustraction plus importante que prévue, non pas 1.7, mais 1.83% des revenus nets... Et le canard met le "péril vieux" au premier rang des soucis d'Emmanuel Macron... Ce petit article a un parfum de vérité sociale...

et cette vérité s'accentue par contraste quand on lit, c'est la Une des Echos, que "Disney mise 2 milliards de plus sur Paris": grosse somme gros articles. Le Figaro montre le patron de Disney Bob Iger, hier à l'Elysée, en face de Macron. Les deux hommes se ressemblent dans ce qu'ils dégagent, et aussi dans ce que dit Iger au Figaro: il investit chez nous comme un vote de confiance envers la France et il a rompu avec Donald Trump quand celui-ci s'est retiré des accords de Paris...  Est-on plus macronien?  

Et qu'est ce que 68 euros en moins chez un vieux prof, quand un ami nous offre 2 milliards...

Les journaux mettent en scène le Président, ils le révèlent idéologiquement... avec Disney, ou contre les syndicats, c'est la Une du Figaro et cela ne parle pas que de la Sncf... Le Figaro approuve "la manière forte" du Chef de l'Etat contre ces centrales qui "ont élevé des barricades pour que rien ne bouge dans les mammouths de ce pays..." Mais approuver n'empêche pas d'expliquer et le Figaro explique bien ce qui se joue autour d'un président qui "croit tellement en son projet qu'il estime ne pas avoir besoin de l'avis de autres"... Il a la main face à des syndicats faibles quand le Monde raconte l'hiver de la CGT, tout est déjà fini? 

Mais il reste les 68 euros par mois en moins dans la poche d'un retraité... 

Les actrices enfin qui s'engagent pour la cause des femmes à la une de Libération

Et c'est une belle une, et de belles photos... Mais ce n'est pas du glamour, c'est du  social, puisqu'il s'agit d'aider les femmes victimes à trouver de l'argent pour aller en justice, surmonter "la montagne financière d'un procès"... Au-delà de l'indignation légitime et du courage, il y a ce qu'on ne dépasse pas... Le social. 

C'est décidément la marque de nos journaux ce matin... La question sociale, et le froid sort ainsi du pittoresque pour amener des journaux à parler des sdf: faut-il les obliger à rejoindre des abris pendant la nuit, contre leur liberté se demande la Croix? Le Parisien raconte ces élus de l'Essonne, emmenés par une adjointe au maire d'etampes, Mama Sy, qui seront cette nuit dans la rue avec les sans-abris... Le froid amène de la conscience... Le social est la clé.

Vous lirez enfin... Sur rue 89, sur internet des histoires d'enfants de familles pauvres qui s'empêchent de réussir à l'école pour ne pas trahir leurs parents, parfois illettrés, parfois démunis, démunis de codes... On appelle ça le conflit de loyauté... L'écrivaine Annie Ernaux l'a bellement décrit, rue89 le raconte dans nos écoles de nos quartiers... Il faut regarder, puis dépasser le social pour être libres.

Précision et mea culpa. A l'antenne, j'ai dit, à tort, que le Dauphiné n'avait pas du tout évoqué l'hommage aux deux spahis de Valence en  dehors de ses éditions de la Drôme. C'était inexact: un article, bien plus court, résumait la cérémonie en page 31 (nationale) des autres éditions -article que je n'ai pas vu en lisant le journal, pourtant lu plusieurs fois! Ma faute donc, et mes excuses aux auditeurs, et surtout aux journalistes du Dauphiné, qui ont fait un splendide travail et ont aussi couvert hier mardi, en direct sur leur site web, la cérémonie de la caserne du premier régiment de spahis. Ceci dit, il reste cette curiosité. L'hommage fait l'ouverture du journal sur deux pages dans la Drôme, la Une à Valence, mais un simple petit article dans les autres éditions... et rien dans les journaux hors Dauphiné. Le deuil reste affaire de proximité, même pour des héros de la Nation. C.A.

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