Patrick Cohen : La Revue de Presse à deux voix du vendredi, Guyonne de Montjou, Bruno Duvic. A la Une, ce matin évidemment : la contagion révolutionnaire... Bruno Duvic : De la Mauritanie au Golfe persique, Le Figaro publie une grande carte de l'Afrique du Nord et du Proche Orient. L'onde de choc de la révolution tunisienne. En rouge, les pays où la contestation est forte : Algérie, Egypte... en Orange, contestation moyenne : Yémen, Soudan. Les autres sont en jaune ou en gris. « Pain, liberté, dignité. Dictateur dégage ! » Le slogan fait des émules. Analyse dans Le Figaro et La Croix... Points communs avec la Tunisie : en Egypte, c'est la jeunesse Facebook qui mène la contestation. Sur elle viennent se greffer des citoyens lambda. Différence : la campagne ne suit pas, pour l'instant. Yémen : l'économie dépend de la rente pétrolière, les élites sont "tenues", la population n'est pas homogène. L'opposition risque de se diviser. Question commune à tous les pays : y-a-t-il une menace islamiste Guyonne ? Guyonne de Montjou : La réponse est Non ! Pour le moment, en tout cas, on n'observe pas une percée des religieux radicaux, mais il est peut-être trop tôt pour la déceler. Le correspondant au Caire du New-York Times livre à ce sujet une analyse intéressante : ce que réclame la rue arabe, c’est du concret : du pain et de la dignité. Selon lui, ces révolutions ne savent pas encore très bien où elles vont. « Islamisme ou communisme, c'est presque secondaire pour ces jeunes qui veulent d'abord dire « Non » à la corruption gouvernementale, à la pauvreté, à l’absence d’Etat de droit ». Michael Slackman analyse que depuis la révolution iranienne, il y a 30 ans, l’islam politique n’a pas tellement convaincu. Pas très convaincantes non plus les idées radicales d’Al-Qaeda, pour vivre au quotidien et nourrir ses enfants. Autre analyse qui confirme cette ligne, cette fois à propos des immolations. C'est à lire dans le supplément au New-York Times traduit dans Le Figaro. Un drôle de papier sur la révolution au bout des allumettes. L’immolation par le feu serait une pratique ancienne : en Chine, les bonzes l’utilisent depuis 1600 ans. Révolution tchèque, guerre du Vietnam, conflits au Tibet ont eu aussi leurs immolés. Et ce geste n’a rien de religieux, il est même blasphématoire. Il y a quelques jours, l’université Al Azhar, plus haute autorité de l’islam sunnite, a prononcé une fatwa contre le suicide-même en signe de protestation. Mohammed Bouazizi est considéré comme un révolté, un sacrifié, pas comme un martyr ! La nuance est importante, dans la Tunisie encore laïque. Bruno Duvic : En tout cas, pour l'instant, selon Georges Malbrunot dans le Figaro, les régimes ne cèdent rien sur les libertés politiques, mais ils lâchent du lest sur l'économie. Baisse des taxes sur l'essence en Jordanie, mais en Syrie, les paraboles installées sur les toits sont en train d'être retirées. L'économie, la vie quotidienne, voilà l'un des moteurs de ces révolutions. C'est le dossier en Une de La Tribune. Les pays arabes ont gâché leur croissance. Elle n'a entrainé aucun développement humain. C'est criant en Algérie, l'homme de la rue ne profite pas de la rente pétrolière. Il est pauvre dans un pays riche, écrit la Tribune. Le pétrole, la position stratégique sur la route du Moyen-Orient... Beaucoup de ces pays secoués de spasmes, sont des alliés des Américains et des Européens. Et du coup, titre Le Monde, les diplomaties occidentales sont embarrassées. Pas question, pour l'instant, de précipiter ne serait-ce qu'en paroles, la remise en cause des pouvoirs en place. Il y a tout de même des pays qui agissent : c'est le cas du Canada, Guyonne... Guyonne de Montjou : Une chasse à l’homme a commencé dans le grand froid canadien. Elle vise Belhassen Trabelsi, le beau-frère de Ben Ali, visage rond, sourire inoffensif, cravate tombée. Belhassen est arrivé à Montréal la semaine dernière en jet privé, avec sa femme, ses quatre enfants et la nourrice, dont on n’est pas sûr qu’elle soit volontaire, soit dit en passant. Belhassen, c’est le frère de Leïla Ben Ali, ses mains plongent dans les Ciments de Carthage, des sociétés de production, et les grands hôtels de la baie de Tunis. La Gazette de Montréal rapporte que les Tunisiens de Montréal, ils seraient 7.000, sont venus crier leur indignation devant l’hôtel où il est descendu. Du jamais vu au Château de Vaudreuil ! Toujours selon la Gazette, les autorités canadiennes ont vite réagi en retirant dès hier à Belhassen Trabelsi son statut de résident permanent au Canada. Il aurait aussi été entendu par les autorités car visé par un mandat d’arrêt international. Hier soir, il n’y avait plus de trace de lui et de sa famille a l’hôtel. Peut-être sont-ils allés se réfugier chez un autre cousin, le gendre de Ben Ali qui a acheté, il y a deux ans, une demeure dans le Westmount pour 2 millions et demi de dollars. Bruno Duvic : La contagion révolutionnaire concerne-t-elle seulement le monde arabe et le Proche-Orient ? Non, répond Jean-Philippe Rémy. Sa lettre d'Afrique publiée dans le Monde est titrée « tous Tunisiens, tous Ivoiriens »... C'est tout un continent qui éclate de jeunesse, il n'en peut plus d'être mené par des dirigeants qui se disputent les records de longévité au pouvoir. Guyonne de Montjou : Voilà un continent explosif, vous venez de le dire... Et cette Afrique agitée va désigner son chef dimanche. A Addis-Abeba, les chefs d'Etat vont élire, comme Président de l’Union Africaine pour un an, Théodoro Obiang Nguema. L'information vient du journal congolais, « Le Potentiel », et elle est confirmée par tout un tas de fuites ci et là. Rappelons qui est ce Théodoro Obiang Nguema... Président de la Guinée équatoriale depuis 31 ans, il a été réélu l’année dernière avec 95% des voix à la tête de ce petit émirat pétrolier où on parle espagnol. Fort de cette longue expérience politique, il aura sûrement de bons conseils à donner à ses amis égyptiens ou yéménites pour dompter la foule. Il aura sûrement aussi, en haut de sa pile, le dossier ivoirien. Teodoro Obiang s'est déjà déclaré opposé à une solution militaire pour sortir Laurent Gbagbo du jeu. A ce sujet, Bruno, il semble que la cote du chef d'Etat sortant qui ne veut pas sortir, remonte sur le continent. Un diplomate africain s'est même étonné de ce début de retournement de situation. Eh oui, il semble que le temps joue contre Alassane Ouattara… Bruno Duvic : Et c'est la longue attente des Ivoiriens... Deux mois depuis le second tour de l'élection. La Croix aussi a le sentiment qu'Alassane Ouattara perd du terrain sur le plan diplomatique. Et la peur règne sur Abidjan : les exactions perpétrées par les partisans de Laurent Gbagbo sont quotidiennes. Chez les pro-Ouattara, écrit Pierre Cochez, beaucoup pensent que seul l'étranger pourra maintenant faire exploser la lourde chape qui écrase la ville. "Nous ne sommes pas ces Tunisiens qui ont eu la force de se soulever. Ici, il y a la pauvreté." Guyonne de Montjou : Parfois, il suffit de demander pour avoir une part du gâteau... c'est ce qu'a du penser André Mba Obame. Vous vous souvenez, le challenger d'Ali Bongo à la présidentielle du Gabon il y a... tenez vous bien... il y a 17 mois. C'est une information de « Gabonews ». Et bien, cet ancien candidat estime qu'on lui a volé sa victoire et vient de se proclamer, à son tour, président du Gabon. Il a même composé un mini gouvernement. Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Economie, vie quotidienne, les chiffres qui gênent... - A la Une des Echos, l'assurance chômage des intermittents du spectacle continue d'accuser un déficit d'un milliard. Les réformes passées n'ont rien résolu - En manchette du Parisien-Aujourd'hui-en-France : l'explosion des PV litigieux... - En première page de l'Humanité : Gaz, comment ils font flamber les tarifs. - Couverture de France Soir : Chômage, promesse non tenue. A la Une du quotidien corse, « 24 ore », ce titre : « Je ne suis pas un curé flambeur »... L'Abbé Videau se défend après sa condamnation à deux ans de prison dont huit mois fermes pour détournement de fonds au détriment de l'Eglise. « Non, je n'ai pas de Ferrari, ni de jet privé... Oui, je suis allé à Las Vegas mais je n'ai joué que 50 Euros ». Dans le monde des livres, l'écrivain symbole de la lutte anti mafia s'éloigne de sa maison d'édition, Mondadori, propriété de Berlusconi. Roberto Saviano est devenu un des premiers opposants au Cavaliere. Son prochain livre sera publié chez un autre éditeur. Guyonne de Montjou : On n’a beaucoup évoqué ces révolutions dans le monde arabe. Il serait injuste d’oublier de mentionner ici, un homme qui fait sa révolution tout seul. Il s’est confié à la presse japonaise ce matin. Il s’agit que Kim Jong Nam, le fils exilé du dictateur nord coréen. Il a 40 ans et ce n’est pas lui qui a été choisi pour être le troisième dictateur du pays mais son frère. Alors, dans une rare interview publiée ce matin dans le « Tokyo Shimbun », il lance un cri à son frère, despote en herbe qui prendra le pouvoir bientôt. Il le supplie d’améliorer la vie des Nord Coréens, de ne pas les oublier. Voilà, son cri devrait être entendu. Bruno Duvic : Retour dans le monde arabe pour finir... Mais dans un pays où il n'y a pas de révolution à l'horizon. Après la Coupe du monde de foot, le Qatar obtient l'organisation du Mondial de handball en 2015. Les pétrodollars Qataris ont décidément beaucoup de charme aux yeux des fédérations sportives ! Alors, coup de gueule de Jacques Guyon dans la Charente-Libre : « Et pourquoi par les JO d'hiver ou la transatlantique à la voile au Qatar ou le Dakar... Le Dakar qui se court désormais en Amérique du Sud ». Janvier 2011, décidément, drôle de saison dans le monde arabe !

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