(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le parc des Princes

(Bruno Duvic) L'hommage vient d'un vieux loup de mer, Jean le Cam, compagnon de Tabarly naguère, concurrent du Vendée Globe battu à plates coutures...

C'est en breton dans le texte : François tu nous a spontés, on en est les bras ballants... « Spontés » n'a rien à voir avec un éponge de cuisine, ça veut dire "humilier" (selon la traduction de Libération , "scotcher", "épater" selon des auditeurs de France Inter...)

François Gabard, regard bleu, mèche blonde, 29 ans, gueule de "Prince des océans", comme l'écrit Sud Ouest , et roi des mers, "François 1er le sacre", titre La Charente Libre qui applaudit l'enfant du pays après sa victoire dans le Vendée Globe

Philéas Fogg peut retourner à ses parties de whist : le gamin vient de faire le tour du monde en moins de 80 jours seul, sans l'aide de Passepartout. C'est "La nouvelle vague" à la Une de 20 minutes , Métro et Libération .

Il faut au moins remonter à la victoire de Florence Arthaud dans la route du Rhum pour trouver une telle goulée de fraicheur dans la chronique de la course au large.

Gabart, écrit Jean-Louis le Touzet dans Libération, "c'est un impitoyable et un doux. Un bébé criminel qui a tué la course d'un coup sec en renvoyant l'adversité quinquagénaire à la maison de repos, avec un plaid à motifs écossais et infusion fumante sur le guéridon du salon.

Ce mammifère marin de 29 ans est capable de remplacer une valve sur un injecteur diesel en discutant de la pluie et du beau temps sur CNN au passage du cap Horn."

Le tout sans la moindre pointe d'arrogance, malgré son diplôme d'ingénieur et son Bac mention très bien. Le Touzet enchaine : "Ses grands cils de demoiselle sont humides des quelques pleurs venus quand la foule a crié son nom dans le chenal des Sables d'Olonne". Et quand il raconte sa course, "il donne l'impression de compter les moutons comme St Exupery."

Gabard, "dauphin numérique, enfant de la génération Y (les moins de 35 ans) qui finira par prendre la barre du pays", écrit Luc Le Vaillant. Emblème d'une course au large passé au récit en temps réel sur Internet. Autrefois, il fallait attendre le retour des héros pour qu'ils racontent leur périple sur le ponton.

Mais comme eux, écrit Yves Harté dans Sud Ouest , "ce jeune homme sage et entêté est allé défier dans des royaumes d'ombre de l'autre bout du globe les vents qui envoient infiniment leurs rugissements de glace."

Alors "Bienvenue sur terre !" comme titre L'Equipe . Après avoir subi quelques examens médicaux, François Gabard n'a pas remis ses bottes. Il est resté pieds nus, tel un Sagan des mers. Ce qu'il fait passer dans ce nouvel hiver de crise, c'est un peu de soleil dans l'eau froide.

D'autres princes arc en ciel dans les rues de Paris hier...

Les enfants d'homos que l'on a vu défiler avec leurs parents hier. Nouvel manif, donc. Rue89 résume : "elle était plus familiale que celle du 16 décembre pour le mariage, plus bordélique et jeune mais moins fournie que celle du 13 janvier contre le mariage."

"La rue maintient la pression", comme le titre Le Courrier de l'Ouest et Le Maine Libre, avant le débat au Parlement.

Débat qui s'annonce crispé pour Michel Urvoy dans Ouest France : "les deux mouvements de rue sont assez puissants pour y déceler un risque de cassure sociétale."

Faut-il un signe de cette crispation : l'éditorial du dernier numéro de Têtu le fournit. "Il est bien sûr des opposants au projet de mariage qui pensent sincèrement ne pas être opposant, écrit le directeur de la rédaction de Têtu. Mais tel n'est pas le cas de l'épiscopat catholique et du Vatican. L'argument qu'ils brandissent, un papa et une maman cache la vraie motivation de l'église : elle condamne l'homosexualité et ne voit de vrai salut pour les gays que dans l'abstinence."

Et Têtu propose ce mois ci un dossier sur les prêtres gays présenté de cette manière dans l'édito : "La hiérarchie interdit officiellement d'ordonner des gays mais dans les faits elle ferme les yeux. Voilà une religion qui refuse la sexualité (homo ou hétéro) à son clergé mais la tolère. Double langage insupportable."

Rare personnalité de droite dans le cortège hier : Roselyne Bachelot

Personnage décidément original de la scène publique. Castafiore de la politique devenue animatrice télé et chroniqueuse d'opéra.

La dernière livraison de la revue Charles propose un dossier sur le couple rock et politique. Mais avant ce dossier, en ouverture de la revue, Roselyne Bachelot signe un portrait de Marine le Pen en personnage d'opéra. C'est titré : "La tragédie de Marine le Pen", dépeinte en créature wagnérienne, Walkyrie ressuscitée fille d'un Dieu borgne. "C'est sans doute cela la tragédie de Marine le Pen écrit l'ancienne ministre : ne pouvoir exister hors du cercle de feu que son père a dressé autour d'elle. Comme pour la Walkyrie, son autonomie ne pourrait passer que par un refus impossible (renier l'héritage de son père). Impossible mais qui lui rendrait la dignité et l'humanité."

Des princes des sables également dans la presse

Des sables du Qatar à ceux du Mali, y-a-t-il une ligne continue ? Alors que Le Figaro , imprimé hier soir, titrait sur "L'armée française aux portes de Tombouctou", L'Humanité s'interroge sur "Le jeu trouble du Qatar" au Mali. "A Bamako, écrit Marc de Miramont, l'influence de l'émirat est au cœur des conversations. Les rumeurs les plus folles circulent à propos de son soutien supposé aux groupe islamistes."

Le maire de Gao accuse le croissant rouge qatari d'être entré dans sa ville les ambulances bourrées d'armes.

De fait, cette mission du Croissant rouge a éveillé des suspicions. Des salaires mirobolants ont été versés à une partie du personnel de l'hôpital dans une ville où les islamistes avaient établi leur quartier général. Le Croissant rouge du Qatar dément.

Fantasme ou réalité ? L'Huma rappelle que Le Canard enchainé, en mars dernier, avait accusé l'émirat de financer les groupes islamistes du Mali, en s'appuyant sur des notes du renseignement militaire. Pas de commentaire officiel de la France à l'époque, et toujours pas. Le Qatar qui investit régulièrement dans l'économie française en cette période de crise : sujet sensible.

Quoi d'autre dans la presse ?

A la Une de La Provence , "Ces médecins insultés et agressés". Dans les Bouches du Rhône, les incidents ont triplé lors des deux dernières années. Les généralistes sont en première ligne. Insultes et coups de poing ou coups de tête pour un arrêt maladie refusé ou un mot de travers. C'est ce qui est arrivé à ce rhumatologue du 14èùme arrondissement de Marseille. Il avait pris une patiente en plus de ses rendez vous prévus. Quand dans la salle d'attente, il lui a dit "je vous prends entre deux rendez vous normaux", le fils a pris ça comme une insulté et envoyé un coup de boule au médecin.

Et puis la Une de Témoignage chrétien . Encore un journal qui a du mal à survivre. Témoignage chrétien tente une nouvelle formule : une simple lettre hebdomadaire à la place du magazine chaque semaine mais un supplément plus fourni chaque mois. A la Une du Premier numéro : "En quoi peut-on encore croire ?" Et ces quelques lignes dans l'éditorial : "Où est donc passé le feu ? Celui des témoins, des mystiques, de l'humain, du quotidien, du courage ? L'espérance ne se fabrique pas, elle n'est pas le monopole des religions. Notre journal n'a qu'un seul but. En témoigner."

A la Une de la presse ce matin : un jeune marin brandit des fusées de détresse. Mais c'est pour célébrer un tour du monde réussi. Où est le feu ? C'est un début de réponse.

A demain

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