Il y a comme un malaise dans la presse, ce matin... Le malaise de Nicolas Sarkozy, dont le style de gouvernance ès-communication explique sans doute le traitement exponentiel de son pépin de santé dans les journaux, comme le remarque Gérard Noël dans Vosges Matin. Il faut dire que, "lorsqu'on est Président de la République, on n'entre pas impunément au Val-de-Grâce... On en sort debout, en serrant les mains de jeunes toubibs stupéfaits de l'événement... On en sort debout mais changé", nous explique Hervé Cannet dans La Nouvelle République du Centre-Ouest... Oui, changé... Avec une image de quinqua infatigable écornée... Ce que François Ernenwein analyse dans le journal La Croix sur le thème bien connu de l'image et de l'action... "Dans une société politique qui confond les deux, ce malaise un jour de jogging prend à revers le style Sarkozy basé sur la suractivité, le contraste avec ses prédécesseurs, la marque de santé et de modernité. Mais, poursuit notre confrère, est-on si sûr que la France réclame un hyper-Président ? Après tout, un bon Président peut suffire". En tout cas, dans la presse, vous ne verrez que des photos de Nicolas Sarkozy au mieux de sa forme. Le pas alerte, le sourire aux lèvres, et la main de Carla dans sa main... Le Président sort de l'hôpital, entouré de blouses blanches hilares... Bref, tout va bien... Les vacances arrivent... Pour tous les Français qui en bénéficient, l'heure du repos va sonner... Pour Nicolas Sarkozy, ce sera donc le repos relatif... Travailler moins pour respirer mieux. Restent les questions, auxquelles on n'a pas forcément les réponses... Et c'est Le Parisien-Aujourd'hui en France qui les pose. 1 : Le communiqué de l'Elysée est-il crédible ? 2 : Le régime alimentaire du Président a-t-il pu contribuer au malaise ? Il paraît que Carla l'a en effet incité à surveiller sa ligne... 3 : Peut-il continuer à vivre au même rythme ? 4 : S'agit-il d'un accident cardiaque ? Et là, sur ce dernier point, c'est plutôt la chronique d'un accident oral : celui du porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre, qui évoquait une telle hypothèse hier avant de faire machine arrière... Sur le thème : "Mais non, je n'ai pas voulu dire ça... Je disais 'accident cardiaque', mais en fait je voulais élargir mon propos à tous les Français... Leur dire qu'il faut être prudent"... Une péripétie qui ne contribue pas à rendre les choses plus claires... "Si le chef de l'Etat va bien, Frédéric Lefebvre, lui, a été victime d'un sérieux coup de chaud lexical", souligne Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré. Courir moins pour vivre plus... Voilà qui nous amène, page 31 du journal Libération, sur un article intitulé : "Travailler moins pour gagner plus ?". Et c'est l'économiste Pierre Boisard qui nous éclaire sur ce point. Dans la série "Comment les formules apparemment les plus sensées peuvent en fin de compte se révéler les plus stupides", il y a donc ce slogan : "Travailler plus pour gagner plus". Pierre Boisard nous explique ainsi que si l'on se penche sérieusement sur la relation entre produit intérieur brut par tête et durée annuelle du travail dans plusieurs pays d'Europe, on s'aperçoit que, globalement, plus la durée de travail est courte, plus le revenu par habitant est élevé. Exemple : les Pays-Bas, qui ont la durée annuelle de travail la plus faible, possèdent l'un des niveaux de revenus par tête les plus élevés. Alors que la Grèce, avec sa durée de travail la plus longue, se situe en queue de peloton en termes de revenus. Conclusion limpide de Pierre Boisard : "A l'échelle d'un pays, il semble donc que plus on travaille, moins on gagne". C'est un coup à nous mettre tous au repos relatif. Je ne voudrais pas casser l'ambiance, au moment où tant de Français s'apprêtent à partir en vacances. Mais après les vacances, il y a la rentrée, et avec la rentrée, cette année, il y a la grippe A. Alors comment la France se prépare-t-elle à cette épidémie, qui pourrait bien profiter de l'automne pour se rappeler à notre bon souvenir ? Deux journaux, ce matin, se penchent sur la question. La Croix, qui en fait son dossier principal, et qui décortique le plan du gouvernement, où l'on nous parle d'un risque d'annulation de grands rassemblements. Sportifs, par exemple... Où l'on peut imaginer, nous dit le quotidien, un France-Roumanie de football, le 5 septembre au Stade de France, sans spectateurs... Des pièces de théâtre annulées... Des concerts également... Et puis des écoles fermées, auquel cas on pourrait avoir droit à des cours à la télévision ou à la radio... On nous parle également de masques... Un arrêt temporaire des transports collectifs... Une ambiance de fin du monde, face à un virus qui, rappelons-le, même s'il est contagieux, reste bénin. D'où la question posée cette fois dans L'Humanité : "Beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?"... "Le gouvernement joue la grande peur", dénonce l'urgentiste Patrick Peloux, qui en profite au passage pour épingler l'Etat, qui consacre autant d'argent au vaccin contre la grippe A alors que les hôpitaux, dit-il, sont en déficit d'un milliard d'euros. En résumé, ce titre dans Libération : "Bachelot s'agrippe à son plan"... Où l'on nous parle évidemment du Plan grippe A... Ce à quoi la ministre de la Santé répond que "la vigilance est la règle". En deux mots comme en cent, nous voici en situation de danger relatif. Dans la presse, ce matin : un certain Merce Cunningham... Oui, car à défaut d'être dense... C'est l'été... La presse danse... Les journaux saluent le grand chorégraphe américain Merce Cunningham, dont on a appris la mort hier, à l'âge de 90 ans. "C'est un monument de la chorégraphie qui a disparu. Un homme qui a révolutionné tous les codes de la danse contemporaine, et qui laisse derrière lui un immense héritage artistique. La véritable création est toujours une prophétie, et les artistes des messagers de l'avenir. Cunningham en est une illustration, une synthèse". "Dissident de son propre art", écrit Laurent Joffrin dans Libération. "Devenu pape de la danse contemporaine en cultivant sans cesse l'hérésie. Réfutant toutes les règles de cette discipline, Cunningham a fait de chaque danseur un centre à lui tout seul. Un manifeste pour l'émancipation individuelle de la fin du XXème siècle. D'ailleurs, le chorégraphe le disait lui-même, toujours iconoclaste... Il disait : 'Les danseurs n'ont pas à être ensemble. Ils sont comme des oiseaux : ils ne sont pas à l'unisson, mais ils s'envolent en même temps'. Il y a cette autre citation, qui, elle encore, sort des sentiers battus : 'Dans mes spectacles, disait Cunningham, il n'y a pas de symbolisme, pas de psychisme. Tout ce qui est vu trouve sa signification à l'instant même, et le spectacle n'est rien d'autre que ce qu'on peut voir'. Autrement dit, le sujet de la danse, c'est la danse elle-même. Des propos bien rassurants pour tous les spectateurs, à qui l'on veut toujours proposer de rechercher le sens plus ou moins caché d'un spectacle... Quelque chose qui pourrait vous gâcher le plaisir... Ou vous rendre le plaisir relatif. Et voilà qui nous emmène au Festival d'Avignon, qui touche à sa fin, Fabrice... Oui, avec Grégoire Biseau, journaliste à Libération, qui ne couvre pas le Festival comme un journaliste traditionnel, et pour cause : il y présente son propre spectacle, et depuis le début il raconte SON expérience, pour mieux nous raconter LE Festival. Le "Off", en l'occurrence. Celui qui donne à ce mois théâtral sa véritable dimension populaire, avec ses mille spectacles, suivis par des milliers de personnes, qui se parlent avant et après la représentation. Avignon, le dernier endroit où l'on cause, peut-être. Alors si vous avez loupé les chroniques de Grégoire Biseau pour cause de vacances et de déconnexion avec l'actualité, vous pourrez en relire les meilleurs moments aujourd'hui. Le collage des affiches, la nuit du vendredi 3 juillet. Là, c'est la jungle. "Je colle, et quand je vais coller ailleurs, d'autres me décollent pour mettre LEURS affiches". Un grand foutoir. Le mardi 7 juillet, c'est la peur au ventre, avant la générale, dernière marche avant la première représentation : une pièce nommée "Comme d'habitude", au Théâtre des Corps Saints. Dans un esprit sain, j'imagine. Il y a aussi le trac du tractage. C'est qu'il faut les aborder, les gens tranquillement assis au resto, pour leur dire "Venez voir ma pièce !", alors qu'en l'espace d'une heure, d'autres acteurs concurrents sont venus vendre leur spectacle eux aussi. Mais c'est un exercice incontournable. Tractez, tractez : il en restera toujours quelque chose. "Ce soir, je pars", conclut notre confrère Grégoire Biseau. Ca, c'était le 30 juin. "Demain, je suis comédien", confie-t-il. "Avec le luxe de pouvoir enfin ne penser qu'à ça, d'en finir avec ma double vie". Tout ça restant, bien sûr, relatif. J'en termine avec une photo, publiée dans France-Soir, et que je montre à ma voisine de table, dans ce studio de France Inter : Roselyne Bachelot, ministre de la Santé. C'était l'an dernier... Vous portiez des chaussures rose fuschia : des Crocs, élégants sabots en plastique. Très tendance il y a un an, mais victimes de la crise économique et de la qualité du produit, mais oui. La firme américaine est proche de la faillite. Car figurez-vous que les Crocs sont trop solides. Quasi indestructibles : inutile d'en acheter une deuxième paire. Tant pis pour le chiffre d'affaires. Les Crocs n'ont rien compris : un bon produit, c'est un produit qui ne tient pas longtemps. Je ne sais pas, Roselyne Bachelot, si vous avez encore les Crocs... En tout cas, leur succès, qu'on pensait fulgurant, n'est que relatif.

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