Pierre Weil : La Revue de Presse : voyage au pays des dictateurs. Yves Decaens : Une étrange sensation pour les vacances. Un pays à part, où tout peut faire défaut d'un moment à l'autre : des quartiers entiers dans l'obscurité, des camions qui marchent au charbon, des robinets dont aucune eau ne coule. Un autre monde, un autre temps, le pays du cher dirigeant, la Corée du Nord qu'a visitée Julian Kent pour le magazine Géo .Etrange sensation vraiment, cette capitale Pyongyang, sans voiture ou quasiment, sans bruit, sans lumière, sans ordinateur ni téléphone portable : tout cela est confisqué au touriste qui ne peut utiliser aucun moyen de transport individuel. Du reste, un guide l'attend chaque matin dans le hall de l'hôtel et le raccompagne le soir à l'ascenseur. Le pays de Kim Jong Il, raconte Julian Kent, est peuplé d'automates qui fuient le regard de l'autre. Dans les campagnes, des enfants fantomatiques grattent le sol avec leur serpe pour arracher des racines. Un pays qui a développé l'arme nucléaire mais ne sait pas faire pousser assez de riz pour se nourrir. Tout est cultivé à la main, à la sueur, avec en guise d'engrais, les excréments du peuple. Même pour le visiteur, les assiettes normales sont remplacées par des soucoupes de tasse à café. Alors s'enfuir en Corée du Sud : 20.000 l'ont fait depuis 1953, condamnant de facto leur famille et même leurs voisins à l'emprisonnement. On ne déserte pas, conclut le reporter de Géo , le paradis rouge des Kim.Dans un autre genre, on lira plus loin cet autre récit de voyage au Kazakhstan. Du Moyen Age, on fait un saut dans le futur, une extravagante capitale, Astana, dont un président mégalomane, Noursoultan Nazarbaev, veut faire la Dubaï des Steppes. A chacun ses lubies, sa folie, sa paranoïa. Si le peuple est mécontent, comme disait Brecht, changez de peuple. Et la justice dans tout ça ? « La justice, quand elle est saisit, elle louvoie » : c'est le titre de Libération qui fait un point ce matin, sur les biens mal acquis de certains potentats africains et arabes. Ben Ali, Moubarak, Kadhafi, Bongo, Sassou N’Guesso, sans oublier Obiang Nguema, le président de la Guinée équatoriale dont l'immeuble de 2.185m2, avenue Foch à Paris, sert de pied à terre à son fils Téodorin, pour quelques jours seulement dans l'année : voiture de luxe, œuvres d'Art, haute couture, rien n'échappe, écrit Thomas Hofnung, à sa frénésie d'achat. Lui, qui succèdera sans doute un jour à son père à la tète d'un pays de 650.000 habitants, dont les quatre cinquièmes vivent dans une grande pauvreté. Des ONG internationales ont porté plainte depuis longtemps pour détournements de fonds publics (hier encore contre le président syrien Bachar al Assad) et force est de constater, remarque Renaud Lecadre, que le Parquet de Paris freine des quatre fers. Commentaire de Vincent Giret : « qu'il est difficile, décidément, de rompre avec les réflexes du passé ! Au moment où souffle sur le continent africain un irrépressible vent de liberté, la France dit-il, n'a aucune chance de retrouver un rôle à sa mesure si elle s'obstine à couvrir les détournements les plus scandaleux".Pierre Weil : La France qui a bien d'autres soucis avec les chiffres du chômage qui repartent à la hausse. Yves Decaens :Les chiffres du chômage, ce sont avant tout des situations individuelles parfois dramatiques. Ce que rappelle opportunément Pascal Jalabert dans Le Progrès . Cette Lyonnaise de 52 ans qui a perdu son emploi dans le plan social des Lejaby. Après 25 ans de couture, elle a enchainé quatre stages de reconversion sans trouver le moindre CDD. Elle déprime. Cet ancien chauffeur routier stéphanois de 53 ans envoie des CV partout, mais il est trop jeune pour la retraite et trop vieux pour les patrons. Il n'a pas pris de vacances depuis deux ans. Et puis, il y a aussi ce titulaire d'un mastère de biologie de 26 ans à qui le conseiller Pôle-Emploi propose un stage de comptabilité en attendant un nouveau remplacement dans un fast-food. Allez donc leur expliquer à tous, s'emporte Jalabert, qu'ils sont 2,7 millions ou 4,1 dans leur cas. Non, les chiffres ne doivent pas cacher la permanence angoissante de ce fléau qu'est le chômage, dont la forte hausse en juin, après celle de mai, vient doucher les espoirs du gouvernement, comme le souligne le journal Les Echos . Le gouvernement qui s'était félicité, bien sûr, des baisses enregistrées au printemps. Mais aujourd’hui, c'est d'autant plus l'inquiétude, remarque Derek Perrotte, que dans un contexte budgétaire très tendu, le gouvernement manque de leviers d'action. Un semestre pour rien, constate aussi Le Figaro qui veut espérer, à l'image de Xavier Bertrand, un mieux pour la rentrée, quand les nouvelles règles en vigueur pour l'apprentissage notamment entreront en action et que le nombre des emplois aidés sera augmenté. En attendant, commente Luc Peillon dans Libération , le gouvernement devra trouver une autre excuse que l'immigration du travail car le fait est, malgré les créations d'emploi qui elles aussi sont reparties à la hausse, le gouvernement ne parvient pas à faire reculer le chômage, du fait de la crise économique bien entendu, mais aussi conclut Peillon, de l'augmentation de la population active. D'autant plus étonnant qu'on verra dans le magazine Usine Nouvelle , que le nombre des nouvelles usines est également en hausse : une usine tous les trois jours à peu près. Dans l'aéronautique, l'agroalimentaire ou les matériaux de construction, manifestement constate Usine Nouvelle , après des années de recul ou de stagnation, on investit plus que jamais dans l'outil de production, et c'est encourageant conclut le magazine, qu'on a du coup ce matin un peu de mal à suivre. Pierre Weil : Dans la presse également une histoire d'algues vertes et de sangliers. Yves Decaens : Vous avez vu ça, cette hécatombe, comme dit France-Soir , hécatombe des sangliers bretons. Une trentaine de sangliers et marcassins retrouvés morts depuis début mai dans les côtes d'Armor, la baie de Saint-Brieuc principalement. « Qui veut leur peau ? » demande Libération . Les coupables ont été clairement identifiés : les algues vertes qui s'accumulent sur le littoral et les gaz qu'elles génèrent, notament l'hydrogène sulfuré. Des algues appelées « laitues de mer » qui prolifèrent sous l'effet des nitrates agricoles dérivés de l'azote contenu dans les engrais. En rappelant que la Bretagne, c'est la moitié des élevages de porcs et de volaille de l'Hexagone, et que les rivières bretonnes rejettent 75.000 tonnes d'azote dans la mer. A lire dans Libération , France-Soir , Les Echos .Ce qui est insupportable dans cette affaire, commente Le Monde dans son éditorial, c'est l'insupportable déni auquel on assiste face à des faits qui pourtant sont avérés. C'est classique : quand les faits dérangent, on met en doute leur existence, dès lors que remédier à des dégâts environnementaux et sanitaires indispose des intérêts économiques. En l'occurrence, poursuit Le Monde , c'est la responsabilité des effluents agricoles qui est en cause, comme deux décennies de recherches l'ont prouvé. Comment peut-on le contester ? Comment peut-on ramener un constat scientifique à de l'intégrisme écologique comme le disent quelques campagnes savamment orchestrées ? Campagnes auxquelles les politiques se montrent bien perméables. Alors, oui, conclut Le Monde , on peut nier les lois de la nature, mais elles finissent toujours par se rappeler à nous. Ce que veut souligner aussi Alain Rémond dans La Croix , qui s'écrie : « aux algues citoyens ! ». « C'est vrai dit-il, que mettre en cause les algues vertes, c'est mettre en cause certaines pratiques de certains agriculteurs, et qu'il n'est pas question de se mettre à dos les agriculteurs ». Mais quand même, Monsieur le maire de Morieux, où 18 cadavres de sangliers ont été retrouvés pas plus tard qu'avant hier, ne veut pas faire le lien avec les algues vertes, car dit-il, il ne veut pas qu'on salisse sa commune, les Côtes d'Armor et la Bretagne. Soit ! Mais pour l'instant, Monsieur le maire, conclut Alain Rémond, ce qui salit votre commune, ce sont d'abord les algues vertes.

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