Débat autour de l'anonymisation des auteurs d'attentats terroristes : arrêter de les nommer, de publier leurs photos, pour éviter d'entrer dans la stratégie de sur-communication

"Pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume", justifie Jérôme Fénoglio dans les colonnes du _Monde, _qui a donc décidé avec plusieurs autres titres de presse, journaux, télé, radio, de ne plus donner de nom à l'innommable. L'Humanité nous rappelle que cette proposition avait été faite par la commission parlementaire de lutte contre le terrorisme... laquelle avait regretté que les médias donnent un trop grande place aux bourreaux. La Croix explique dans son édito ce matin avoir choisi de "ne plus rendre publics que le prénom et les initiales du nom des gens impliqués dans des affaires de terrorisme, pour ne pas en faire les héros médiatiques de leur propre dérive".

Tout le monde n'embraie pas pour autant dans L'Union/l'Ardennais, Gilles Grandpierre estime que "pour légitime qu'elle soit, l'anonymisation pose question, au regard du devoir d'informer et du droit de l'être. L'arme est à double tranchant: en ne les montrant plus, le risque c'est d'élever les tueurs au rang de "héros parfaits" aux yeux de leurs +admirateurs+, c'est-à-dire des figures désincarnées que seule motive la +pureté+ du combat... c'est précisément le fond de sauce idéologique de leur délirante croisade", conclut l'éditorialiste. "Après le choc de Saint-Etienne-du-Rouvray, les questions, et l'émotion" titre ce matin Le Parisien-Aujourd'hui en France, qui croit savoir que "La France avait été informée d'une menace d'attentat". En lisant l'article en dessous de ce titre, on se rend compte en fait qu'il s'agit "d'une information, manifestement sérieuse, selon laquelle les services de renseignements étaient depuis quatre jours sur les traces d'un mystérieux jeune homme à la fine barbe susceptible de passer à l'acte"... mystérieux jeune homme qui serait, en fait, le deuxième assaillant de l'église normande. Ca fait pas mal de conditionnels... toujours pas levés par l'enquête ce matin.

Questions sur la Justice, sur cette décision d'un juge antiterroriste en mars dernier de laisser en liberté conditionnelle, avec bracelet électronique, ce jeune homme de 19 ans qui a pris part, mardi, à l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray. "Il s’agissait d’un juge d’instruction antiterroriste relativement incontestable", précise la présidente du syndicat de la Magistrature, Clarisse Taron, dans Médiapart... "Le parquet a fait appel certes, mais le jugement a été confirmé par trois juges d’appel, trois magistrats expérimentés. Ce n’était donc pas une décision folle, d’un petit juge dans son coin". Soit, mais la justice française... est "désarmée face au terrorisme", insiste Le Figaro... qui dénonce la majorité, recroquevillée derrière la défense de la Constitution et de l'Etat de droit, pour justifier son refus de renforcer l'arsenal pénal contre les suspects de djihadisme. Le mot "Anti-constitutionnel"... nous dit Laurence de Charette dans son édito, a aujourd'hui dans la bouche de l'exécutif de faux airs de "super-cali-fragili-sti-expia-lido-cious", ce mot-prétexte que l'on prononce dans l'univers de Mary Poppins... pour s'échapper d'une situation... par enchantement".

Alors faut-il glisser pour autant "De l'Etat de droit vers l'état... de droite"... s'interroge faussement Libération... qui pose les termes du débat: "après chaque attentat, c'est la même pression: ne pas prendre de mesure concrète, si possible fracassante, c'est prêter le flanc au procès en tétanie ou en incompétence... Mais affirmer qu'il suffirait de modifier la réalité pénale, pour limiter la menace terroriste, c'est verser dans la facilité populiste, en faisant de l'Etat un obstacle à l'efficacité".

La menace d'une nouvelle crise bancaire en Europe ne viendra peut-être pas d'Italie ...

Les Echos ce matin nous alertent sur les signes inquiétants envoyés par les deux principales banques allemandes Deutsche Bank et Commerzbank qui choquent le marché avant les stress-test. Les fameux tests livreront leurs résultats demain soir... on attend particulièrement leur diagnostic sur les établissements italiens que Rome voudrait renflouer, contre l'avis de la BCE, pour éviter qu'elles ne sombrent... dossier à lire dans Libération pour tout comprendre.  Non, selon Les Echos, ce sont bien les poids-lourds allemands qui flanchent... Bénéfices en baisse... de 97,6%, au deuxième trimestre, pour Deutsche Bank... Et pour Commerzbank baisse surprise des fonds propres... qui sont un gage de solidité exigé par le stress-test... Ces résultats inquiétants ont été publiés sans attendre le diagnostic du test... et ça ne laisse rien augurer de bon.

L'actualité, de l'autre côté de l'Atlantique, c'est la convention du parti Démocrate qui lance la campagne d'Hillary Clinton pour la Maison Blanche...

Clinton, c'est quoi le problème? C'est un dossier à lire dans La Vie, cette semaine. Son adversaire, Donald Trump, est un vrai épouvantail, et pourtant Hillary Clinton peine à convaincre... Reportage dans l'Ohio, l'un de ces swing-states, toujours indécis, qui pourrait faire basculer l'élection le 8 novembre... Un Etat à priori gagné à la cause démocrate, mais où la mayonnaise Clinton ne prend pas... Pas le moindre enthousiasme pour Hillary, à peine moins impopulaire, nous dit Henrik Lindell... que son adversaire républicain ultra-clivant. La démocrate a toujours fait partie de l'élite, et même si elle se rend beaucoup plus sur le terrain que Donald Trump, il manque toujours quelque chose. "J'ai l'impression qu'elle n'est pas réelle"... lâche Thomas, jeune travailleur de l'Ohio qui ne voit pas pourquoi il irait s'inscrire sur les listes électorales. Hillary, c'est un produit marketing, elle parle d'emploi, de santé, c'est bien... mais que dire de quelqu'un qui ne vit pas et qui n'a jamais vécu les réalités dont elle parle?".

Et c'est vrai, renchérit Thomas Snégaroff dans le dossier de L'Express... c'est vrai qu'avec Hillary Clinton, on est plutôt dans un soap-opéra des années 80, ambiance "Dynastie" avec la famille Clinton, riches, beaux, puissants. Un couple "dont pourtant "aucun des parents n'a jamais mis un pied en politique", mais qui, "en une génération, a bel et bien construit une dynastie d'un genre nouveau (rien avoir avec celle de la famille Bush), dynastie démarrée entre époux, puis demain peut-être, de parents à fille". Car comment passer à côté de Chelsea Clinton.. "la fille adorée, le trait d'union entre Bill et Hillary, celle qui tient la main de ses parents pris dans la tourmente de l'affaire Lewinsky et qui pourrait un jour voler de ses propres ailes tant elle a été préparée toute sa vie à cela". Certains experts, ajoute Thomas Snégaroff, "considèrent même que, si Hillary était élue, c'est Chelsea plutôt que Bill qui jouerait le rôle dévolu à la première dame".

En attendant, on y revient dans l'édition du Monde datée de ce jeudi : la candidature Clinton 2016, c'est bien celle d'Hillary, et elle ne soulève pas l'enthousiasme, même pas celui de Nancy Fraser, philosophe américaine et figure de la gauche critique et féministe. Elle le reconnaît d'emblée, "en principe, je serais ravie qu'une femme occupe la Maison Blanche. Mais pas nécessairement Hillary Clinton: L'ancienne secrétaire d'Etat m'inspire une certaine méfiance. Je regrette qu'elle soit un faucon en matière de politique étrangère... Je suis aussi troublée par les relations qu'elle entretient avec Wall Street". A l'exact inverse, nous dit Nancy Fraser, "l'enthousiasme soulevé par Donald Trump vient en partie du fait qu'il semble authentique, impulsif, l'anti-Clinton, dont le moindre mot prononcé fait l'objet d'une préparation minutieuse." On se retrouve donc à se pincer, avec cette figure de la gauche universitaire américaine qui défend un Donald Trump, pas si républicain que ça, pas si va-t'en guerre, dans son rapport avec la Russie notamment, un Trump qui ne souhaite pas, nous dit Nancy Fraser, "lancer des politiques d'austérité "... Qu'on se le dise, cette présidentielle américaine nous réserve encore bien des surprises...

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