(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la lumière du crépuscule

(Bruno duvic) Il assistait tous les matins au réveil du pape. Désormais, il dort à l'ombre.

La formule est d'Eric Joszef, correspondant de Libération à Rome, en ce lundi de Pentecôte.

Voilà donc l'homme par qui le scandale arrive au Vatican. Père et employé modèle de 46 ans. Jean Paul 2 l'appelait Paoletto, le petit Paolo.

Paolo Gabriele le majordome du pape.

Dans la sacoche du majordome, raconte Le Figaro , la gendarmerie vaticane a retrouvé les documents confidentiels subtilisés dans la correspondance privée de Benoit XVI.

Et à son domicile, ajoute Le Parisien , tout le matériel nécessaire pour reproduire et photographier les dossiers.

Arrêté mercredi dernier, Paolo Gabriele est dans une pièce sécurisée. Il n'y a pas de prison au Vatican, précise Jean-Marie Guénois, le vaticaniste du Figaro .

Le majordome est donc probablement la source ou une des sources du livre paru il y a une semaine. "Sa Sainteté - Les dossiers secrets de Benoit XVI". Il contient des lettres adressées au Pape, des documents qui portent son écriture, des notes de son secrétaire. Il raconte les règlements de compte entre serviteurs de l'Eglise au plus haut niveau.

Dans le livre, la source de toutes ces informations est rebaptisée "Maria", décrite comme profondément catholique, mais dégoûtée des pratiques et des guerres de pouvoirs à l'intérieur de l'Eglise.

Il est d'ailleurs probable que ce nom de "Maria" cache plusieurs personnes, pas seulement le majordome. Les corbeaux ne volent jamais seuls.

Ce que décrit ce livre et les articles de presse ce matin, c'est aussi un Benoit XVI grand théologien, mais incapable de gouverner la curie. Le pape a 85 ans et tout cela donne "Une impression de fin de règne", comme le titre Le Monde . Un univers isolé du reste du monde

Sur le site Internet de La Repubblica , l'un des grands journalistes italiens, Eugenio Scalfari, retrace ce qu'il appelle la longue crise de l'Eglise, cette incapacité à se confronter à la modernité. Et en conclusion, il résume l'ambiance crépusculaire au Vatican

"Quand ce pontificat s'achèvera ce n'est pas un déluge qui s'abattra mais une averse comme il en tombe sur les marais et qui réveille les grenouilles, les moustiques et les canards sauvages."

A la Une du Herald Tribune : la photo qui scandalise

Des linceuls alignés, certains ne font pas plus d'un mètre de long. Et revoici la question contre laquelle les hommes de bonne volonté se fracassent depuis 15 mois : « Syrie, le carnage jusqu'à quand ? » Dans Libération , Jean-Pierre Perrin rappelle que dès le début de l'insurrection syrienne, l'une des tactiques du régime de Bachar el Assad a été de s'attaquer aux enfants.

Le massacre de Houla a été dûment constaté par des observateurs civils et militaires de l'ONU. Ils ont confirmé l'usage d'artillerie tirée depuis des chars, ce qui laisse peu de doutes sur l'origine des tirs.

Quelqu'un veut à tout prix que la rage s'impose dans tout le pays dit un politologue, toujours dans Libération . Cette attaque survient alors que l'on assistait à un retour en force des manifestations pacifiques. C'est vers le pire que s'avance la Syrie écrit encore Jean-Pierre Perrin.

Washington cherche comment intervenir. Hypothèse, évoquée depuis hier dans le New York Times . Une transition à la yéménite. Une solution négociée qui permettrait à Bachar el Assad de quitter le pouvoir tout en préservant partiellement son régime. Les Russes sont prêts à en parler, ce sont eux qui détiennent la clé de Damas, eux et leur droit de véto à l'ONU. Eux et leur relation avec la Syrie, leur point d'ancrage au Proche Orient.

Quelle que soit la solution, « le statu quo est tout simplement inacceptable, écrit Dominique Moisi dans Ouest France . Il constitue le pire des messages aux régimes dictatoriaux du monde entier "Vous pouvez massacrer impunément vos peuples" (...) Entre l'intervention armée directe et la passivité, il existe des alternatives. Elles doivent toutes être explorées, Maintenant. »

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

D'abord la presse est maigrichonne. Comme désormais presque tous les jours fériés, par mesure d'économie une partie des quotidiens ne parait pas : Les Echos , L'Humanité , La Croix , entre autres...

Mais dans la presse régionale, certaines histoires à la frontière de l'insolite, du crapuleux et du faits divers permettent de nourrir la chronique.

  • A la Une de Var Matin , ce conducteur ivre. 9 km à contresens sur l'autoroute. Il a terminé en percutant un fourgon de CRS.

  • Dans Le Parisien ce notaire marron. Une maison vendue pour le compte d'une ville dame. L'acte porte la signature de la dame. Et pourtant elle n'était plus de ce monde depuis 9 ans.

  • Mais les personnes âgées savent se défendre, comme celle-ci dans La Provence . Attaquée par un costaud d'un mètre 90 qui en voulait à son sac à main. Coup de pied bien senti. Le costaud est reparti la queue entre les jambes.

Dans la presse encore, le premier match de préparation à l'Euro pour l'Equipe de France de foot. 3/2 face à l'Islande après avoir été mené 2/0 à Valenciennes. C'est « Une ch’tite victoire », titre La Voix du Nord . Synthèse des impressions de La VoixL'Equipe , et de Rue89 : parmi les joueurs qui ont raté leur match Patrice Evra et Yohann Gourcuff. Ceux qui l'ont réussi, Olivier Giroud et Mathieu Debuchy.

Il faudra regarder derrière, titre l'Equipe qui a trouvé la défense française en péril.

Et enfin : bilan, après le festival de Cannes

"Cannes sauvé par la palme", titre Libération . Façon de dire que le festival et le palmarès laissent un petit goût décevant.

La palme pour « Amour » de Michael Haneke. Chronique à huis clos de la fin de vie d'un couple d'octogénaires. Encore le crépuscule. « Film immense » pour Libé . Aucune réserve de Pierre Vavasseur dans Le Parisien .

Pour le reste, dixit Eric Neuhoff dans Le Figaro , l'ambiance fut plutôt morne pendant 10 jours. « Des fins de vie, des autrichiennes obèses en mal de frisson exotique, des apocalypses (…) à Manhattan. Beau rassemblement de squelettes. » Les cinéphiles comme Emmanuel Burdeau sur Mediapart regrettent l'absence de Leos Carax au palmarès. Quant la sélection française, et notamment de rouille et d'os de Jacques Audiard, eh bien elle « dérouille » écrit Le Parisien . Aucune récompense.

Libération n'a pas apprécié que Gilles Jacob tweete pendant les délibérations du jury : « Gilles tombe ta veste en tweet » lui recommande Gérard Lefort.

Enfin la presse relève les mots magnifiques de Jean-Louis Trintignant citant Prévert hier sur la scène du Palais des Festivals. Ces mots s’appliquent à l’actualité du jour : « Il faut essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple »

A demain !

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