(Patrick Cohen) : Dans la presse ce matin : Fifa nostra

(Bruno Duvic) : D'abord ce rappel, dans la série « Rions un peu » : la Fifa, fédération internationale de football est, juridiquement, une association à but non lucratif.

Ensuite, les titres de la presse, entre jeu de mots et violence. La palme une fois de plus à Libération , « Fifa nostra », ce sont eux qui ont trouvé la formule, ou encore en pages intérieures : « Pieds propres et mains sales ».

Les plus violents, comme souvent ce sont les anglais. The Sun à propos du président de la Fifa, Seep Blatter : « Seeptic blatter », comme la fosse du même nom. « La puanteur de la corruption » à la Une de The Guardian , «La Fifa est une Mafia » dit un ancien cadre sur lemonde.fr , et Seep Blatter en est «Le parrain », en couverture de So Foot , nous y reviendrons.

Rappeler aussi, avecL'Express qu'il y a 209 membres à la Fifa, 16 de plus qu'à l'ONU...

Que le nombre de téléspectateurs devant le mondial tous les quatre ans se chiffre en centaines de millions voire en milliards...

Et bien, relire ce chiffre dans Les Echos : la coupe du monde 2014 a généré 5.7 milliards de dollars de recettes.

Bref c'est un scandale mondial qui a éclaté hier avec l'arrestation de neuf cadres de la Fifa et cinq dirigeants d'entreprise de marketing sportif.

Soupçons de corruption depuis les années 1990 à nos jours. Pots de vins sur les attributions de coupes du monde et de droits télé et marketing. Et c'est un peu comme quand le palmarès du Tour de France s'est étiolé sous les révélations successives de dopage des vainqueurs. Depuis l’édition 1998 et notre chère coupe du monde française, jusqu'à 2022 et celle attribuée au Qatar, pas une n'échappe aux soupçons, même si les éditions sud-africaine, russe et qatarie sont les plus clairement visées par les deux enquêtes suisse et américaine.

Alors d'abord, quand on aime le football, on peut se défouler un peu en lisant l'édito de Fabrice Jouhaud à la Une de L'Equipe , sous le titre «Pourriture ». "Les égouts de la Fifa débordent tellement que boucher son nez ne suffit plus. Situation putride. Les magouilles et coups bas des cadres de la Fifa, c'est Conan le barbare joué en costumes trois pièces par une troupe de retraités dans des palaces 5 étoiles, Chevalerie des dessous de Table Ronde ."

Comment en est-on arrivé là ?

Un principe, en apparence parfaitement démocratique, et fixé dès la fondation de la fédération en 1904, est à l'origine de beaucoup de malheurs selon la presse.

Un pays = une voix. Logique lorsqu'ils étaient sept à la création. Plus problématique à 209. Dans l'attribution d'une coupe du monde, rappelle L'Express , l'Allemagne et ses sept millions de licenciés pèsent autant que Montserrat, l'île d'émeraude des Caraïbes et ses 5 000 habitants. Mettre fin à cette règle, au cœur du système «plus ou moins bananier du système Fifa », comme l'écrit Libé , première urgence. On aura remarqué, écrit Fabrice Jouhaud dans L'Equipe , qu' « aucun dirigeant européen n'est pour l'heure ciblé par les investigations, non qu'ils soient plus vertueux que les autres mais certainement moins vulnérables . » Quand on est originaire d'un pays pauvre, l'argent de la Fifa sous couvert de développement local du foot est plus tentant. Au Bénin, raconte l'ancien sélectionneur de l'équipe nationale dans So Foot , on appelle Seep Blatter « Tonton Blatter, le tonton suisse qui vient donner des enveloppes ». Enveloppe ou virements du projet Goal par exemple en Afrique. Les virements effectués depuis Zurich se sont un peu perdus dans la nature.

Deuxième urgence - c’est l’éditorial desEchos : en finir avec les règles qui dérogent du droit commun dans le monde du sport. Cela vaut aussi pour le comité olympique. Le sport ne serait pas une activité comme les autres et mériteraient des règles spécifiques. « La vérité, répond David Barroux, est que, comme toutes les activités économiques, c'est une affaire d'argent et rien ne justifie que les règles qui l'encadrent dérogent au droit commun qui régit le monde de l'entreprise . »

Troisième chose - éditorial deLibération . Les dirigeants politiques ont leur mot à dire. « Quand les dérives mafieuses d'une institution aussi puissante que la Fifa sont mises au jour, écrit Johan Huffnagel, les politiques ne doivent pas rester silencieux, en espérant qu'on leur concède l'organisation d'un événement. Certains pays nordiques, par exemple ont tourné le dos au comité olympique, le laissant organiser les JO dans des démocraties aussi exemplaires que la Russie ou la Chine. C'est la voix de la transparence et de l'éthique, faute de quoi on est forcément complice. »

Et maintenant ?

Eh oui, maintenant, tout de suite, il y a demain, un comité de la Fifa qui doit réélire Seep Blatter pour un cinquième mandat. Et le plus incroyable c'est qu'il pourrait être réélu, malgré les appels à démission qui se multiplient depuis hier. Ce "dégagez Monsieur Blatter " par exemple dans l'édito de La Tribune de Genève , comme on disait Ben Ali dégage en Tunisie. Il est accusé par la presse d'avoir organisé et cautionné un système.

Mais Seep Blatter, reçu comme un chef d'Etat dans bien des pays « est plus fort que les scandales », écrit La Repubblica . Et ce pour deux raisons. D'abord parce qu'il ne fait pas partie des personnes arrêtées hier. Il n'est pas officiellement visé par l'enquête à ce stade. Ensuite, parce qu'il garde beaucoup de soutiens. Soutiens acquis au long de ses quatre mandats de président et au-delà, ses quarante ans au-delà de l'institution. Hier, rappelle L'Equipe , la confédération africaine a immédiatement volé à son secours. Et en 1999, il s'est assuré par exemple le soutien à vie d'une fédération, celle de Palestine. Cette année-là, rappelle So Foot , Blatter a fait ce qu'aucune organisation internationale n'avait jamais fait jusqu'alors, reconnaître la Palestine.

C'est « Blatter, l'insubmersible ». Le portrait que brossent de lui le quotidien et le mensuel sportif est édifiant. Surnom, « Don Pallone » - Pallone c'est ballon en Italien. Intelligent, séducteur, chaleureux énergique, diplomatique, as de la géopolitique, six langues à son actif. Et oui ! le foot mondial et local s'est développé sous sa direction. "Les critiques coulent sur moi comme l'eau chaude sur la cuisse de Jupiter ", dit le patron du foot mondial. Et puis cet homme, président dans les années 1970 de la société mondiale des amis du porte-jarretelle, a la foi. Un de ses amis de longue date est chanoine de l'abbaye de Saint-Maurice dans le Haut-Valais. « Il doit son salut, dit le chanoine à une très grande foi en dieu, il est convaincu de ce qu'il fait. » Convaincu d'être en mission pour le bien du football mondial. C'est peut-être la foi qui lui donne cet éternel sourire narquois aux lèvres. La foi n'exclut pas les moments de faiblesse : la peur du vide s'il devait quitter la Fifa.

Le comité du foot mondial aura-t-il lieu demain ? Seep Blatter sera-t-il réélu ? Développements attendus dans la journée. Le vote est à bulletin secret, souligneL'Equipe , certains pourraient opter pour le changement. Si c'est le cas, Patrick Cohen, ce sera à vous de jouer, de faire une petite place à Don Pallone. Car il le confie à So Foot , il lui reste un rêve d'enfance à réaliser : faire de la radio.

À demain !

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