L'Obs et le Monde ont la grâce d'ouvrir leurs archives pour nous prolonger François Weyergans, écrivain de digressions et d'esquives. Le Financial Times digresse sur les déjeuners secrets et la relation spéciale unissant Messieurs Elkann et Senard. de Fiat et Renault.

On parle d'un petit gars de Montmorillon...

Qui connu l’apothéose, nous dit la Nouvelle République et avec l'apothéose une douche de lait, et la photo ruisselle dans la NR avec la joie de Simon Pagenaud, qui dimanche a gagné les 500 miles d'Indianapolis! L'Equipe célèbre aussi un homme qui s'est fait au travail et qui dimanche a approché dit-il un niveau de perfection dans l'enchainement des virages sur le circuit ovale. Et on lit donc une histoire sans cesse renouvelée du champion de chez nous couronné à l'aventure, il avait dit à sa compagne, « prépare le drapeau français, parce qu'on va la gagner ». La gloire se décline entre la bible du sport, l'Equipe donc, et le journal de chez lui, cette Nouvelle République où je croise  papa Christian qui ne va plus auxAmériques voir courir son fils, trop de pression, et maman Sylvie qui elle était à Indianapolis, et le lendemain n'arrivait pas à y croire, et je croise la ville de Montmorillon, que Pagenaud inscrit sur la carte du monde! Donald Trump d'un tweet a invité Pagenaud a la maison blanche, "ça ne va pas plaire à tous les français dit notre homme dans l'Equipe, mais c'est quand même génial d'avoir le président des Etats-Unis qui qui t’appelle"; il aimerait bien que Monsieur Macron l’appelle également, et rêve de défiler avec son trophée sur les Champs Elysées, ce serait cool dit-il...

Comment ne pas penser, lisant Pagenaux, à cette phrase de François Weyergans qu'on a entendue ce matin et qui conclut dans Libération un portrait de l'écrivain disparu hier, à 77 ans: «Combien de gens réussit-on à rendre heureux dans une vie ?» , Et c'est un autre petit gars dont on parle dans la presse, dont la liberté n'était pas la vitesse mais la digression me disent le Figaro et Libération, et surtout l'éclipse et la dérobade. Weyergans annonçait des livres qu'il n'achevait pas et en espérait d'autres, un rien l'inspirait telles ces hôtesses de l'air taïwanaises se révélant, l'une thésarde sur Don Quichotte, l'autre experte de Georges Bataille et qui lui offrirent du champagne en échange de dédicaces. "Ce fut comme le début d'un chapitre que j'espère écrire un jour » disait Weyergans au Monde qui republie un portrait de 2013... L'Obs n'est pas en reste qui ressort sur son site la dernière interview du « fantôme de la coupole », comme on le surnommait à l'Académie française où il ne mettait plus les pieds... Une rencontre il y a quelques mois où Weyergans disait, "je devrais écrire" et contait ses scrupules à propos d'un livre sur Rimbaud qui n'en finissait pas... « Ça résiste plus que ce que je pensais. Ca demande un gros travail d’étude. Pour l’amputation par exemple, j’ai recherché des livres de chirurgie de la fin du XIXe. Rimbaud, j’y pense tous les jours. Si j’ai du mal à terminer mes livres, c’est parce que je rêve dessus. Mais il faut que je commence à me dépêcher un peu parce que je n’ai plus trente ans devant moi. »

Weyergans est parti, nous digressons sans lui. 

Et on parle de déjeuners de grans de ce monde...

Et c'est une autre digression dans le pourtant sobre Financial times, des déjeuners secrets où John Elkann de Fiat et Jean-Dominique Senard de Renault ont bâti un rêv:  la fusion entre leurs entreprises pour créer un géant de l'automobile, Dominique Seux nous en parlait tout à l'heure mais le FT donne à ces rencontres la dimension du récit, car à Turin chez Elkann, à Paris chez Senard, dans un cadre intime, les patrons pouvaient "think big", et développer « une relation quasi paternell »e entre l'encore jeune Elkann, et le vétéran Senard... Et c'est un genre que ces articles où l'épaisseur humaine et la psychologie viennent enrichir les épopées politiques ou industrielles, car il ne suffit pas d'une logique d’entreprises! On m'explique alors que Senard qui vient de Michelin, groupe familial, et Elkann, héritier de la famille Agnelli partageaient des valeurs simples et aussi une modestie de pragmatiques, ayant chacun pris le relais de grands charismatiques. Senard a succédé au flamboyant déchu Carlos Ghosn, Elkann a pris le relais d'un visionnaire qui était son mentor, Sergio Marchionne,  et tous deux modestement ont conclu une qu’au sommet de Fiat, on dissimulait sous les noms de Newton, Rutherford, Fermi, de grands physiciens de l'histoire, doit-on plutot parler de chimie des âmes? Ou bien ou les mots suaves cachent-ils ? « Renault épouse Fiat, Nissan est-il d’accord" s'amuse Libération, mais voyez-vous, c'est encore dans le FT, on trouve chez Renault que les japonais sont devenus "totalement irrationnel"... Et voilà comment on raconte, au profit des lecteurs de l'élite, ce qui semble encore un conte de fée, en marge de la rude histoire européenne.  

L'Europe dont par ailleurs nos journaux analysent avec une minutie qui les honore, les élections et leurs conséquences, continentales, nationales, "Exit Wauquiez? » se demande Midi libre, et locales, et l'on extrapole dans les rédactions le scrutin européen: "Au pouvoir sans électeurs" dit l'Indépendant des socialistes et des LR des Pyrénées orientales, et le Rassemblement national y frétille comme à Marseille où la Provence me montre le sénateur Ravier guilleret de l'effondrement des droites, quand la Dépêche se demande si Toulouse sera verte.

Et de la chirurgie pour finir.

Dans le Monde, qui dans un style presque anglo-saxon, factuel, raconte une clinique canadienne, à Montréal, où se pratique « la chirurgie de réassignation de genre », des opérations rares qui permettent à des personnes transgenres, de trouver un corps conforme à leur identité retrouvée... C'est sans voyeurisme et simplement technique, un article sur des chirurgiens que leurs collègues regardaient comme gâchant leur talents dans une spécialité obscure, mais eux se vivent comme « les meilleurs qui font la différence », et ce vocabulaire de compétition, tellement américain, dit une normalité en marche... 

il est en France d'autres compétitions qui rendent fous, et Midi Libre rend hommage à Redouane Abbaoui, entraineur de football assassiné à vauvert par un de ses joueurs qu'il avait sorti de l’équipe... Il en est de souriantes: la dépêche m'informe que dans une coupe du monde organisée à Blagnac, les fabricants de chocolatine ont battu ceux de pains au chocolat, et Sébastien Lagrue d' Argelès-Gazost a raflé le titre pour sa « coque striée en sucre muscovado sur chocolatine revisitée », elles sera aujourd'hui en boutique, dans cette boulangerie où avec ses enfants il perpétue une tradition, depuis quatre générations...    

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