(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le jeu de cartes des cantonales (Bruno Duvic) Quatre cartes sur la table : un joker, une dame de pique, un roi de carreau et un atout cœur. Le Joker, d'abord... Joker de l'abstention. Plus de 53%. « Le sursaut républicain a fait pschitt » écrit Régis Soubrouillard sur le site Internet de Marianne. L'heure des « Frondes » a sonné et la fronde numéro 1, c'est celle du désenchantement des électeurs, pour Rémi Godeau dans l'Est Républicain. Celui qui prend le plus au sérieux ce phénomène, c'est Patrick Appel Muller dans l'Humanité. Ce taux d'absention, écrit-il est « le symptôme majeur d'une crise politique, d'une défiance à l'égard de la vie politique et d'une insatisfaction, voire d'une colère, à l'égard des gouvernants ». Titre de l'édito, « Un paysage dévasté, un impératif d'invention »... Ce joker jeté sur la table sera-t-il saisi ? Un même mot à la Une de Midi Libre, du Dauphiné et de Libération : avertissement... A la Une de Libé, ce titre est illustré par un visage, celui de Marine Le Pen. (Patrick Cohen) C'est le deuxième personnage du jeu de cartes... (Bruno Duvic) La dame qui pique ! Qui pique des voix à tout le monde. Le Front national : de 600.000 à 900.000 voix entre les deux tours, mais seulement 2 conseillers généraux. Philippe Waucampt dans le Républicain Lorrain et Anne Fulda dans le Figaro sont d'accord : le FN et général et Marine le Pen en particulier sont les seuls vrais gagnants de ce scrutin... « Elle aura réussi à contraindre pratiquement tous les autres acteurs politique à se positionner en fonction du Front National » écrit Anne Fulda. Vote de protestation ? Votre d'adhésion ? Un sondage BVA donne des éléments de réponse dans Les Echos. Verre à moitié vide ou à moitié plein, en tout cas au moins 40% des personnes interrogées sont d'accord avec trois propositions du FN : - rétablir le contrôle aux frontières à l'intérieur de l'Europe - supprimer le regroupement familial - réserver les aides et allocations familiales aux seuls français Pourquoi ce vote FN ? Un sociologue répond dans les colonnes de La Croix. Les classes populaires constatent que c'est maintenant que la crise remet en cause leur quotidien, à la suite notamment d'une accumulation d'augmentation depuis le début de l'année, chauffage, logement, alimentation, essence... Elles n'arrivent plus à boucler le budget mensuel Deuxième phénomène : la vision qu'ont ces électeurs d'une oligarchie financière qui s'en sort très bien, ces entreprises du Cac 40 qui affichent des résultats historiques. Il s'agit pour eux d'une injustice fondamentale, ils établissent un lien de cause à effet entre les deux mouvements. Cette dynamique, dans leur esprit porte un nom : mondialisation. Ils se retrouvent dans l'articulation du discours de Marine le Pen autour de ce thème. Le FN aux portes du pouvoir ? Un éditorialiste relativise la portée du vote de ces deux derniers dimanche : c'est Bruno Dive dans Sud Ouest. 2 élus seulement... « Le second tour douche une fois de plus les espoirs que le Front National pouvait nourrir à l'issue du premier. Sans allié, il ne concrétise pas souvent l'essai. » N'empêche, depuis le 20 avril 2002 écrit Philippe Palat dans Midi Libre, presque dix ans se sont écoulés et Le Pen version Marine, à défaut de s'imposer fragilise toujours l'équilibre républicain. (Patrick Cohen) ...Et fragilise la majorité. Troisième personnage de ce jeu de carte : le roi de carreau. Ou plutôt le roi sur le carreau ! « Le FN s'implante, l'UMP se plante » titre 20 minutes. Les cantonales sont une gifle pour l'UMP titre la Tribune. Confirmation de Laurent Joffrin sur le nouvelobs.com : « c'est un chiffre brut, un chiffre brutal : l'UMP recueille lors de ce second tour deux fois moins de voix que le PS (...) On peut ensuite raffiner, écrit Joffrin, mais au bout du compte, c'est bien la stratégie et le sort du président de la République qui sont mis en cause par ce scrutin. » Le voilà le roi sur le carreau, le Président de la République. Quelle dégelée, s'exclame Marianne.fr. Lors de ces cantonales, selon le site, Sarkozy perd sur tous les tableaux, Les urnes et les sondages. LE sondage en l'occurrence, Ipsos, qui le donne battu au premier tour de la présidentielle par Marine le Pen et 3 candidats socialistes (Strauss-Kahn, Aubry, Hollande) « Jamais, dans l'histoire de la Vème République un président sortant n'a été donné battu dès le premier tour », écrit Patrick Fluckiger dans l'Alsace. « La légitimité de Nicolas Sarkozy est mise en doute par ses propres amis », ajoute Philippe Waucampt dans le Républicain lorrain. Et la majorité est divisée entre une droite populaire qui regarde du côté du FN et une droite centriste qui lui tourne le dos. Libération constate : la cohabitation dans une même union de ces deux franges de l'UMP parait plus que jamais compromise. Dans la Tribune, Ivan Best se demande même si l'UMP fêtera ses dix ans l'année prochaine. Entre droite radicale et centre, y-a-t-il un moyen terme ? Jean Francis Pécresse veut le croire dans l'édito des Echos. Ce serait de prôner la politique de sécurité la plus ferme mais dans le respect des valeurs de la droite humaniste. Conclusion de Paul Haneri du Limbert dans le Figaro : « la situation n'est pas favorable à Nicolas Sarkozy, sans doute, amis à qui est-elle favorable ? » La droite divisée, notamment dans les hauts de Seine. Baudry, le dessinateur, s'en amuse sur marianne.fr. Cotillons, chapeaux pointus et champagne chez Patrick Devedjian. Mais le portable à la main, il fait signe à ses partisans : "Chut j'appelle les Balkany"... (Patrick Cohen) Dernière carte de ce jeu post cantonales... La gauche a-t-elle l'atout cœur dans sa manche ? Hier soir, elle gagné, mais dans quelle mesure ? Les socialistes gagnent du terrain, titre Metro. Premier parti en voix et de loin (près de 36%), le PS ravit à la droite Mayotte, le Jura et les Pyrénées atlantiques, et il garde la Seine et Marne, le fief de Jean François Copé. La gauche progresse, même le Figaro le constate à la Une... Mais comme le titre Presse Océan, « Elle gagne sans triompher. » La gauche, toute la gauche, écologistes et front de gauche réalisent des scores honorables constate Mediapart. Cela promet à la fois de bons reports de voix lors des élections futures mais aussi des négociations serrées pour obtenir ces reports de voix. Car à tort ou à raison, dès qu'on parle du PS, tout le monde pense à 2012 et aux primaires avant cela. « Au parti socialiste, le plus dur commence », titre le Point.fr. Dans les colonnes du Parisien-Aujourd'hui en France, Martine Aubry, affiche un grand sourire sur la photo : « Confortée, Aubry pousse ses pions », titre le journal. Le Parisien qui se fait l'écho d'un appel de 48 députés pour une candidature de la Première secrétaire à la présidentielle. « Le PS est renforcé pour passer l'épreuve des primaires », titre Libération. Les primaires et ses candidats déclarés ou pas, en tout cas multiples. François Hollande a marqué des points hier en gardant la Corrèze. Deux pistes possibles pour les socialistes, selon Libération : tous ensemble pour expliquer, détailler et enchanter le projet 2012 du PS ; ou chacun derrière son ou sa présidentiable à se savonner mutuellement la planche. Une photo pour finir, elle à la Une de l'Express.fr. Une petite fille dans les bras d'un de ses parents glisse elle même le bulletin dans l'urne. Dans une main, elle tient l'enveloppe, dans l'autre deux doudous. Sourire de la petite fille et de la dame qui tient le bureau de vote. Pour dire que voter le dimanche en famille peut être un plaisir et transmettre ce plaisir est important. Pas si légère que ça la photo. Et puis la petite fille, ses deux peluches et son papa ou sa maman, ça fait 4 électeurs. Par les temps qui courent, c'est toujours ça de pris...

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