(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le souffle des enfants

(Bruno Duvic) "Sept heures du matin, San Lorenzo, au cœur de Naples. Un gamin se faufile dans le labyrinthe des ruelles dumides, une lourde caisse de conserves à bout de bras (...) le petit Gennaro commence sa journée de travail. Personne ne s'étonne de le voir trimer de si bonne heure. En septembre, Gennaro a été embauché dans une épicerie. Six jours sur sept, dix heures par jour. Il est commis de boutique (....) Il travaille au noir, moins de 1 Euro de l'heure.

Gennaro vient d'avoir 14 ans."

« Une enfance au travail ». C'est à lire dans Le Monde sous la plume de Cécile Allegra.

A Naples, la crise prend le visage de ces milliers d'enfants mis au travail. "Nous avons toujours été la région la plus pauvre d'Italie, mais là c'est du jamais vu depuis la fin de la seconde guerre mondiale" dit un adjoint à la mairie.

En 2010, la région de Campanie, celle de Naples, a supprimé l'équivalent du RSA. Plus de 130.000 familles se sont retrouvées dans la misère. Alors les gamins sont garçons de café, livreurs, apprenties coiffeuses, petites mains dans les maroquineries.

C'est aussi une façon d'échapper à la Camorra.

Pasquale a poussé dans le quartier de Bara, supermarché napolitain de la drogue. Un éducateur l'a pris sous son aile. Il y a peu, le jour, il déchargeait des caisses dans un supermarché et la nuit il volait du cuivre dans les entrepôts.

Et qu'est ce que tu veux faire plus tard ? lui demande la journaliste du Monde. Pasquale a 11 ans et des tâches de rousseur. Du haut de son 1,30 m, il répond : "je ferai ce que je peux"

L'histoire des deux Mohammed à présent

Portrait croisé dans L'Express , comme un hommage à l'un des deux et une réponse à la fois aux racistes et à ceux qui font d'une enfance en banlieue l'alpha et l'oméga d'un parcours.

Le premier Mohammed, c'est Mohammed Merah, son itinéraire a été retracé mille fois depuis la semaine dernière. Le second c'est Mohammed Legouad. 23 ans, lui aussi, enfance en banlieue, aussi, - cité des Plantées à Meyzieu, près de Lyon. Lui aussi fan de foot, Français tout pareil, enfant de l'immigration algérienne, 4 frères, et deux sœurs.

En 2010, après une scolarité très moyenne, il s'est engagé dans l'armée. Gabarit de chat mais souffle d'athlète. De quoi être applaudi par les petites mamies de Montauban tout les ans, lors de la cérémonie pour les gars du 17ème régiment de parachutistes. Le 15 mars, ce Mohammed là a croisé l’autre et est tombé sous ses balles. Il repose dans le carré musulman du cimetière de Meyzieu, près de Lyon. Sa tombe est orientée vers la Mecque.

« Ils s'appelaient Mohammed, deux jeunesses françaises », titre L'Express.

Et une jeunesse en Syrie, à quoi cela ressemble ?

Réponse dans Télérama , cette semaine. Interview de l'auteur de bande dessinée Ryad Sattouf.

L'auteur du « Manuel du puceau », de « Ma circoncision » ou de « La vie secrète des jeunes », 33 ans aujourd'hui, est un gamin de Homs.

"Les homsis étaient un peu les Belges de Syrie, dit-il, on faisait des blagues sur eux. A chaque fois, je me disais que c'était la ville dont on n’entendait jamais parler aux actualités. Je suis né à Paris, mon père était syrien, nous sommes retournés là où il avait grandi, un petit village près de Homs. Ca m'a fait bizarre de lire ce nom dans un article du Monde parce que des chars y étaient stationnés. J'ai toujours de la famille sur place"

Au demeurant, enfance pas très gaie, les gens se tapaient dessus à coups de bâtons dans ce village. Tout ce qui sortait du rang était suspect. "En plus à l'époque, dit Ryad Sattouf, j'étais blond avec des cheveux raides, ce qui n'aidait pas forcément à s'intégrer. J'ai été rattrapé par mon génome en rentrant en France. Je suis soudain devenu brun et frisé. "

Ryad Sattouf inaugure la nouvelle formule de Télérama , maquette élégante et grande interview pour ouvrir le journal. C'est aussi lui qui a redessiné Ulysse, le petit personnage qui sourit ou qui fait la tête en marge des critiques cinémas.

Quoi d'autre dans la presse ? D'abord le livre du jour…

"Le livre noir des médecins stars", les bonnes feuilles sont dans L'Express . Il est question des abus en tous genres des mandarins et notamment de leur activité libérale avec des consultations à prix d'or à l'hôpital public. Jusqu'à 2.500 Euros (8 fois le tarif sécu) pour être accouché par le professeur Frydman, l'homme du premier bébé éprouvette

Le cri d'alarme du jour...

A la Une de L'Humanité : « La grande détresse des cadres à la Poste ». Deux suicides récents ont révélé l'ampleur du malaise écrit L'Huma . Toujours difficile de distinguer la part du privé et du professionnel dans ces gestes fatals.

L'interview...

Eva Joly invitée spéciale de Libération aujourd'hui. A propos de l'affaire Bettencourt et des soupçons de financement illicite de la campagne en 2007, elle appelle Nicolas Sarkozy à s'expliquer. "Il veut que les citoyens lui fassent confiance pendant 5 ans. Nous sommes en droit de connaître sa version des faits"

Le paradoxe...

La même Eva Joly est dans les limbes selon les sondages. Et pourtant l'écologie est à la Une. « Climat l'alerte !», titre Ouest France , le changement climatique s'accélère, ses effets se renforcent.

A la Une des Echos , la fuite de gaz sur une plate-forme total en mer du Nord

La couverture...

Audrey Pulvar à la Une des Inrockuptibles , une rose entre les dents. « Pourquoi elle dérange »

Le titre du jour....

Dans le Figaro, Charlize Theron qui interprète un personnage sombre dans le film "Young adult". C'est "La Grande blonde avec des idées noires"

Et un tour du monde pour finir

La revue 6 Mois est en librairie depuis quelques jours. C'est la petite sœur dodue de la revue XXI . Du grand reportage et des récits comme dans XXI , mais en photos.

Il y a mille manières de parcourir ces 350 pages magnifiques. S'intéresser à chaque histoire, image et légende ou bien les parcourir comme un tour de monde.

Dans cette édition de printemps, on regarde :

  • un manifestant grec, la cinquantaine, visage comme maquillé de blanc, il est couvert de Maalox, médicament censé protéger des gaz lacrymo

  • ce trader de Karachi, barbe et djellaba, le regard rivé sur un tableau lumineux plein de courbes et de chiffres

  • cette femme qui a subi toutes les avanies de la guerre en Ouganda. Une jambe en moins, corps musclé d'homme, elle continue de faire face

  • cet enfant écossais, dans des pissotières et qui regarde 3 hommes en kilt faire leur affaire. Le petit a le regard interloqué.

  • et cet instituteur iranien aux fins fonds des montagnes. Trois quart d'heure de marche pour aller en classe où deux élèves l'écoutent attentivement. Il s'approche de la lumière de la fenêtre pour lire son manuel. Ici on se chauffe au bois. Ici les enfants soufflent sur les braises de la connaissance.

A demain

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