(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : lettre au président

(Bruno Duvic) Monsieur le président, selon votre horoscope en dernière page du Parisien-Aujourd’hui en France , vous devez calmer votre enthousiasme et vous efforcer d'adopter un rythme de travail régulier. Mais votre forme est bonne et vous arriverez aujourd'hui à concilier travail et vie de famille.

Profitez de ces quelques bonnes nouvelles, ça s'arrête là. Pour le reste, lire la presse ce matin, c'est s'aventurer dans la cour des miracles.

Vous avez sans doute vu Le Monde , sorti hier après-midi. Requiem pour l'actualité. A la Une, « Baisse historique du pouvoir d'achat ». « Chypre menacé par la panique bancaire ». Page 5, « Avec la crise, les Européens font moins d'enfants et divorcent plus ». Même cette jeunesse dont vous avez fait une priorité est au bord du nearvous breakdown. Page 12, « La grande solitude de l'étudiant ». Entre budget serré et angoisse d'échouer, le quotidien est morose.

Monsieur le président, c'est bien connu en France, le chef de l'Etat a tous les pouvoirs. Alors le porte-monnaie des Français, les banques chypriotes, le moral des étudiants, la vie de couple des européens, c'est un peu sur votre cravate qu'ils sont en train de s’effilocher.

Détaillons la liste si vous le voulez bien

D'abord l'économie

Si l'on considère que les ennuis ont commencé en septembre 2007 avec la faillite de la banque britannique Northern Rock, cela fait 2.000 jours que nous sommes en crise. C'est la Une de l'Expansion ce mois ci.

Et maintenant ? Pour votre interview à la télévision ce soir, Les Echos alignent six questions. En voici cinq :

  • Quoi pour remplacer la taxe à 75% ?- Les retraites seront-elles gelées ? - L'inversion de la courbe du chômage est-elle crédible ?- Les allocations familiales seront-elles conditionnées ?- Les hausses d'impôts sont elles derrière nous ?

Après l'économie, la politique. Pardon d'insister sur votre impopularité. Mais ce qui ressort des dernières enquêtes, selon Emmanuel Rivière de la Sofres dans Le Monde , c'est que le cœur de votre électorat décroche. Chez les élus socialistes, ajoute Le Figaro , le malaise et l'inquiétude grandissent. Et voici ce qu'écrit Guillaume Tabard à propos de vos promesses. Vous allez me dire c'est Le Figaro . Mais quand même, écoutez un peu.

Il y avait 2 maîtres mots dans votre campagne électorale : le redressement et l'apaisement. Le redressement, ce n’est pas pour tout de suite, on a compris. Mais l'apaisement, grâce à un président normal qui allait réconcilier les français, cette promesse aussi est fanée selon Guillaume Tabard.

Les profs devraient applaudir la gauche : 60.000 postes dans l'éducation. Mais la réforme des rythmes scolaires les inquiète : - la colère sociale croît à chaque promesse de licenciement. - le « mariage pour tous » vire au choc de deux France. - vous n'avez pour l'instant pas apaisé la société.

Tension sociale, sociétale, politique. Trois observateurs - Alain Duhamel dans Libération , Laurent Joffrin dans Le Nouvel Observateur et Denis Sieffert dans Politis - convoquent le spectre des années 30 pour décrire le climat.

Il faut dire que le climat est mauvais en Europe aussi...

Et ce que raconte Jean-Baptiste Naudet, envoyé spécial du Nouvel Observateur en Grèce est diablement inquiétant.

L'article commence avec un groupe de rock, tendance punk. Il s'appelle Pogrom et sa chanson phare s'appelle Auschwitz («Auschwitz combien je t'aime »). Depuis le mois de juin, ce groupe a perdu son bassiste. Il est devenu député au parlement. Député du parti Aube Dorée, extrême droite tendance néo-nazie. C'est désormais la 3ème formation en Grèce, derrière la droite et la gauche radicale, devant les socialistes.

Aube Dorée dispose de forces paramilitaires qui cassent de l'immigré, parfois sous les yeux de la police qui laisse faire. Un de ses députés a dit, en plaisantant bien sûr, qu'il était prêt à ouvrir les fours et transformer les étrangers en savon pour laver les trottoirs.

Sur ce rêve européen qui part en quenouille, lisez également l'interview de Giulio Tremonti dans Les Echos . Pas spécialement un beatnik, ancien ministre de Berlusconi. Mais il cite Karl Marx : « La vie ne peut pas se résumer aux taux d'intérêt. »

D'autres griefs sur la liste ?

Monsieur le président il faudra nous préciser comment se terminera la guerre au Mali ce soir. Ce que décrit Le Figaro à propos de la région de Gao ce matin, c'est un peu une situation à l'afghane. Le premier mars dernier, des dizaines de combattants islamistes sont sortis de leur cachette pour attaquer soldats français et maliens. On a vidé des chargeurs et on s'est battu parfois à 10 mètres de distance pendant toute la journée.

Vous serez forcément interrogé sur les affaires...

Ambiance tendue à droite depuis la mise en examen de Nicolas Sarkozy. On se gardera bien de faire un lien avec les menaces de mort contre les juges bordelais dont parle Sud Ouest , mais quelques lignes dans Le Nouvel Observateur décrivent un climat, la rage des proches de l'ancien président contre le juge Gentil. Peu de noms dans le papier de Marie-France Etchegoin, mais des guillemets : « Ce juge on va lui faire la complète ». « Gentil veut la guerre, il l'aura et le mort qui restera sur le tapis ne sera pas Nicolas. »

Faute de carte à l'UMP vous pouvez peut-être vous affilier au Medef. « Laurence Parisot se prend pour Poutine » à en croire un titre de Libération .

Et si vous êtes abonné au Figaro , vous constaterez que c'est une formule à partir d'aujourd'hui. Maquette assez réussie. Et cette nouvelle formule marque le retour d'Eric Zemmour dans le journal.

Après tout cela, Monsieur le président, vous allez me dire...

…Quoi d'autre dans la presse ?

De très vastes sujets... Vous n'aurez peut-être pas le temps de les aborder.

  • Est-ce qu'il faut lever l'interdit sur la recherche sur l'embryon en France ? Proposition de loi à l'assemblée aujourd'hui. La Croix ne cache pas son inquiétude.

  • La vie quotidienne et les trains bondés. La SNCF propose de se mettre d'accord avec les entreprises pour qu'elles étalent les heures d'embauche des salariés. C'est une idée à la Une du Parisien .

  • Si après ça, il vous reste deux minutes, vous nous direz pour Benzema. Est-ce qu'il doit rester à la pointe de l'attaque des Bleus ? Inutile de préparer des fiches. Puisque vous lisez L'Equipe , vous avez tous les arguments en page 2 ce matin.

Voilà Monsieur le président, je vous ai gardé une note d'espoir pour la fin. C'est dans l'édito de Franz Olivier Giesbert dans Le Point . Il cite Cioran : "Nous sommes tous des farceurs, nous survivrons à nos problèmes"

A ce soir, Monsieur, le président

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