On a connu des petits matins moins sombres... Aujourd'hui, les pages de nos journaux sont froides, glaciales... Comme le temps... Le temps qui tue... Le temps assassin... Mais peut-on en vouloir à l'hiver ? Peut-on se cacher derrière le thermomètre ? Non, répondent nos confrères de la presse écrite, à l'image du "Journal de la Haute-Marne", dans lequel Patrice Chabanet écrit : "Prosaïquement, lorsque la température reste clémente, la question des sans-logis se résoud d'elle-même : elle fait partie intégrante du mode de fonctionnement de nos sociétés, avec ses gagnants et ses perdants... Mais dès que la première vague de froid frappe, on ressort à la hâte les plans d'urgence... on calme le mal, on ne le soigne pas vraiment". "Là où se trouvent les hommes, seuls les hommes peuvent porter secours", disait Brecht... Oui, mais trop tard quelquefois, comme pour cet homme, Sylvain, mort de froid dans sa voiture à l'orée d'un bois, en Haute-Saône, mercredi dernier... Histoire sur laquelle revient "L'Humanité" sous le titre : "Sylvain, 35 ans, tué par la misère". "L'Humanité" qui souligne qu'on trouve de plus en plus de travailleurs précaires parmi les SDF... Comme Sylvain, intérimaire... Depuis trois semaines, expulsé de son appartement, il vivait dans sa voiture... Ou plutôt, il survivait, jusqu'à ce petit matin fatal où il a succombé sous les assauts d'une température frisant les moins 5 degrés. Salariés le jour, SDF la nuit... Selon l'INSEE, un tiers des personnes sans-abri sont ouvriers ou employés... Ils gagnent de l'argent, oui, mais si peu qu'ils ne peuvent pas se loger. Enfin, selon Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, interrogé par "L'Humanité", on estime que le nombre de travailleurs pauvres oscille entre 1 million 2, et 3 millions et demi de personnes... Ce qui n'est pas très précis... Mais justement, Louis Morin explique que l'INSEE n'a pas fait un travail de recherche sérieux sur la question. Chronique des pages sombres, dans la presse ce matin... Avec également "France Soir", qui titre laconiquement : "Sale temps pour les sans-abris... Et pour les malades du SIDA". En résumé : le froid tue les SDF, et une personne meurt du SIDA chaque jour en France... Alors on se demande où est le rapport... Eh bien, Serge Faubert, dans son édito, répond qu'on se résigne à la misère, jusqu'à ne plus voir les SDF qui campent sous les échangeurs d'autoroutes, ou le long des voies rapides... Jusqu'à ne plus se protéger systématiquement lors des rapports sexuels... C'est le même relâchement. Le même fatalisme... Un constat qui, un peu cyniquement, donne du sens à ce proverbe distancié : "Mieux vaut être riche et bien-portant que pauvre et malade"... Ce qui, dans ce cas, ne fait pas rire du tout. Le malaise social, c'est aussi les difficultés de l'intégration, sur lesquelles "La Croix" pose un regard assez particulier dans son traitement du sujet : un regard sur le mariage, passeport pour l'immigration... "La Croix" explique ainsi comment et pourquoi le gouvernement va durcir la législation contre les mariages de complaisance... Le Code civil devrait être modifié... Le procureur pourra s'opposer au mariage si le consul émet des réserves sur la sincérité de l'intention matrimoniale... Ce qu'on appelle, en l'occurrence, les "mariages blancs". Voilà... Mais sur ce tableau noir du malaise social, "Le Parisien" apporte une note d'optimisme... Elle concerne la banlieue... Dix jours après le retour au calme, les reporters de ce journal sont allés à la rencontre des habitants dans les quartiers sensibles... Bien sûr, ils subissent souvent la fracture sociale, mais ils racontent leur fierté de vivre ici, dans leurs quartiers, la solidarité, l'engagement des associations, leurs initiatives, leurs espoirs et leur bataille quotidienne pour vivre mieux. C'est Pedro, chauffeur de bus à Meaux, par exemple, qui confie que, chaque matin, il se promène au marché, va boire un café dans un bar turc... Ce qu'il aime par dessus tout, c'est que dans son quartier, il y a 20 nationalités différentes... Et pas une bagarre, dit-il. Des témoignages comme ceux-là, vous en trouverez pas mal dans "Le Parisien", sur cette double page qui nous montre la face cachée du malaise social : l'espoir, malgré tout. Coucou le revoilou... "Libé" est de retour depuis avant-hier, après 4 jours de non-parution... "Libé" qui s'intéresse au Parti Socialiste... Avec ce titre, en Une : "Le PS tend la main gauche"... Les socialistes ont chargé Henri Emmanuelli de relancer le dialogue avec les Verts et le Parti Communiste... "Oui, on leur souhaite bien du courage", écrit Antoine de Gaudemard dans son édito intitulé "Soupçon"... "Un an pour réunir une gauche en morceaux... Le délai est d'autant plus court qu'on ne voit pas aujourd'hui qui est en mesure de réussir ce tour de force, et surtout de l'incarner", poursuit Gaudemard. Et comme le dit Henri Emmanuelli : "A la différence du Beaujolais, le nouveau Mitterrand n'est pas encore arrivé". D'où la question posée par "France Soir" : "Le PS peut-il l'emporter seul en 2007 ?"... Réponse, sourire en coin, dans le même "France Soir", avec ce dessin, où l'on voit François Hollande qui déclare : "Le PS... Pas besoin de l'extrême-gauche... Pas même besoin de la gauche, tellement on a de candidats". * Oui, je ne sais pas si la gauche se méfie de la main tendue du PS, mais vous n'y consacrez pas beaucoup de lignes ce matin, dans "L'Humanité", Patrick Le Hyaric... Vous prenez acte, c'est tout, sans autre commentaire... Pourquoi ? (si l'on en croit les déclarations de Marie-George Buffet, l'union avec les socialistes est assez mal partie). De toute façon, il y a toujours un moment où les hommes politiques s'allongent... Enfin, il y a ceux qui refusent, et ceux qui acceptent, et qui le disent... Je parle du divan... Oui, les politiques sur le divan... Dossier que nous propose le magazine "Elle" cette semaine... Avec d'abord ce sentiment très répandu dans le monde politique, résumé par Lionel Jospin, qui a dit un jour : "J'ai la chance de faire partie de ces gens qui n'ont jamais eu besoin d'une psychanaliste"... Il a dit "UNE", vous avez remarqué... Ou encore François Bayrou, qui dit : "Un psy, moi ? Jamais !". Comme quoi, gouvernants et divan ne font pas bon ménage... "Et pourtant, dit un ancien ministre de Jean-Pierre Raffarin... Ils feraient bien de se faire analyser, parce que si vous saviez le nombre de détraqués que l'on trouve dans ce monde-là... Dit ce monsieur, ou cette dame, qui préfère garder l'anonymat dans sa diatribe contre les détraqués, qui pourrait lui valoir quelques détracteurs... En tout cas, ils sont assez peu à avouer qu'ils sont allés voir un psy... Alors le mérite en revient à ceux qui le confessent dans "Elle", comme Roselyne Bachelot, qui explique que ses combats pour le PACS et la parité lui ont été largement révélés par l'analyse, ou encore Jean-Paul Huchon, pour qui cette démarche a développé une sorte d'intelligence des autres, si précieuse en politique. Alors le mot de la fin reviendra à Jack Lang qui, dans la série "L'enfer, c'est les autres", nous gratifie d'un petit chef d'oeuvre... "La psychanalyse serait peut-être une bonne chose pour le salut mental d'un certain nombre d'hommes politiques"... Jack Lang qui précise qu'il n'a jamais été tenté par cette démarche. Dans "Le Parisien" aujourd'hui, un mot qui trompe : "Bénéfic"... Nom d'un placement que propose La Poste, et qui, selon un document confidentiel, est un très mauvais placement... Il s'agit d'un rapport de la Commission de contrôle des assurances, qui dénonce avec virulence des modalités de remboursement parfois iniques Bénéfic, ce sont des fonds communs de placements qui, selon "Le Parisien", ont fait perdre beaucoup d'argent aux épargnants... Les deux-tiers d'entre eux qui le méritaient n'ont pas été indemnisés. Côté purement financier, le risque boursier aurait été volontairement passé sous silence lors de la prospection... De mauvais conseils auraient été donnés... Les réclamations traitées avec désinvolture... En résumé : une très mauvaise affaire... Comme en a été victime Madame Duclos, dont le fils témoigne dans "Le Parisien"... Le conseiller de La Poste lui aurait fait miroiter un rendement de l'ordre de 6% par an... La dame avait placé 7.500 euros... Bénéfic net de l'opération : elle en a perdu 1.500. Oui avec le quotidien "Le Soir", qui publie un article dont on peut être friand, car le titre est accrocheur... Surtout de la part d'un journal belge : "La Belgique a la frite". Parce qu'en Belgique, c'est la Semaine de la frite, figurez-vous. Et l'on apprend que, dans ce pays, il y a 5.000 friteries... Qui restent l'un des liens sociaux les plus efficaces chez les Belges... D'ailleurs, à l'occasion de la Semaine professionnelle de la frite, 300 consommateurs pourront gagner, samedi prochain, un baptême de l'air en hélicoptère... Cherchez le lien... Il est social. Et comme tout élément respectable du corps social, la frite a ses distinctions... Ainsi, Paul ilgems, célèbre professeur d'histoire de l'art à l'Académie royale d'Anvers, auteur d'un livre intitulé : "Frietgeheimen" qui, comme son nom l'indique très clairement, promeut la frite... Il vient d'être fait Grand officier de l'ordre du Cornet doré... Cornet de frites, bien sûr. Bonne journée... A demain... Gardez la frite...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.