(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : issues de secours

(Bruno Duvic) Ce sont des paroles qu'on pourra juger naïves ou bien-pensantes. Mais, alors que tonalité de la presse est encore très guerrière à toutes les rubriques, l'interview de David Grossman dans Le Point fournit une issue de secours. L'écrivain israélien plaide inlassablement pour le dialogue dans sa région. Il vient même de lancer un rassemblement mondial des écrivains pour la paix, avec l'écrivain Algérien Boualem Sansal.

« Oui, dit-il, cette idée est idéaliste, utopique, romantique. Mais j'aime ceux qui, bien qu'ils ne soient pas naïfs, décident d'agir avec naïveté dans un monde de cyniques. Je me sens plus fier si, dans le cynisme ambiant, j'agis naïvement. Durant la guerre du Vietnam, tous les vendredis, un homme se tenait devant la maison blanche avec une pancarte dénonçant cette guerre. Un journaliste lui a demandé : ‘’Vous êtes ici depuis si longtemps : pensez vous que vous allez changer le monde ? - Non je m'assure seulement que le monde ne me change pas’’. J'aime cette réponse » dit David Grossman dont le fils est mort lors de la guerre du Liban de 2006.

Dans cette interview, Grossman a encore une phrase qui pourrait être le vade mecum de toute négociation de paix : « Il faut penser à la dignité de son ennemi. »

Fin de la parenthèse, l'actualité c'est la guerre...

…la guerre en Syrie, à la Une du Monde

Passée un peu au second plan médiatique, voilà qu'elle ressurgit avec cette nouvelle à la Une du Monde : « La marche en avant des rebelles ». Avancée « inexorable » que raconte Christophe Ayad. « C'est comme une marée qui monte de toutes parts sans jamais se retirer. Jour après jour, semaine après semaine, le régime syrien est de plus en plus encerclé par une rébellion qui occupe les campagnes, assiège les bases militaires, s'empare des routes et des frontières. Depuis la mi novembre, le conflit semble connaître une brusque accélération. L'insurrection s'assure le contrôle de la quasi totalité des frontières avec la Turquie et l'Irak. Autant de points d'entrées pour s'approvisionner en armes et en carburant. »

Reste une arme massive au régime : les attaques aériennes. Mais chaque semaine la rébellion annonce avoir abattu deux ou trois aéronefs. Interrogé par Le Monde , le général Abdel Rahal, rallié à la rébellion voit dans le recours à l'aviation un signe de faiblesse du pouvoir qui ne peut plus se déplacer. Et il redoute le va-tout du régime de Bachar el Assad : « Le stade ultime sera l'utilisation de missiles sol-sol voire d'armes chimiques. Il faudra alors espérer que la communauté internationale se réveille. »

Se réconcilier après une guerre : mission impossible ?

Prenez la guerre d'Algérie. Finie depuis 50 ans cette année. Et pourtant la mémoire de cette guerre reste explosive. Dans son numéro de décembre, le mensuel Causette publie un dossier sur le thème « La guerre d'Algérie n'a pas eu lieu ». Ou comment, en cette année électorale, on a fait service minimum côté commémorations. C'est même allé plus loin selon Causette .

Fin 2011, comme chaque année des historiens travaillent sur les commémorations du ministère de la Culture pour l'année à venir. La partie qui traite de la guerre d'Algérie est confiée à Guy Pervillé. Début 2012, l'historien découvre que la moitié de son texte s'est envolée. « Exit l'OAS et les civils disparus après les accords d'Evian, oubliés l'évocation des divisions et les massacres de Harkis ». Selon Causette , « le texte est revenu amputé du cabinet de Frédéric Mitterrand, alors ministre de la culture. »

Le chômage : y-a-t-il une issue de secours ?

Pas ou peu pour les seniors. L'Humanité leur consacre son dossier d'ouverture alors que le chômage est en hausse pour le 18ème mois consécutif. « La double peine des seniors ». Peine à retrouver un emploi et ils ne peuvent plus accéder à la retraite du fait des dispositifs supprimés toutes ces dernières années. Au delà des considérations techniques ou économiques, les personnes interrogées par L'Huma décrivent ce sentiment d'être laissées de côté. Marie Christine 58 ans : "Lors des entretiens d'embauche, les employeurs ne disent rien mais je sens bien que je suis trop vieille"

Alors face au chômage, le pouvoir accélère la mise en œuvre de sa mesure phare pour la compétitivité : c'est la Une des Echos . « Crédit d'impôt, Hollande accélère face au chômage ». La montée en charge du crédit d'impôt se fera sur deux ans au lieu de trois.

Ces derniers jours, le gouvernement était tranquille, il regardait passer les Scuds à l'UMP. Ce mercredi, retour des critiques. « Sans-papiers, la gauche verrouille », titre Libération . « La circulaire sur les régularisations est finalement présentée ce matin, sans réelle rupture avec la politique sarkozyste ». Les Inrockuptibles : « La gauche déprime la culture ». Télérama, dossier sur la gauche qui peine à trouver une nouvelle organisation du travail.

C'est vrai que le gouvernement aurait dû sortir de la dernière séquence politique lessivé. C'est en tout cas l'analyse de Gérard Courtois dans Le Monde . Perte du triple A, couac sur le mariage gay, Notre Dame des Landes, hausse du chômage... « Mais en politique, il n'est pas interdit d'avoir de la chance. Le pouvoir est passé entre les gouttes, grâce à la droite. »

Car le feuilleton de l'UMP continue…

…et le parti a vu sa note sérieusement dégradée ces derniers jours. Couverture de Charlie Hebd o, dessin de Luz. « L'UMP perd ses 3 A mais garde ses deux cons ».

L'issue de secours est-elle dans le referendum pour ou contre un nouveau vote ? Nicolas Sarkozy a plaidé pour. Et la presse en fait le gagnant. « UMP Sarkozy impose sa paix » titre Le Figaro . L'UMP c'est « La voie de son maitre » pour La Nouvelle République .

Ce matin, Jean François Copé semble revenir sur l'idée d'un referendum. L'un des éditos les plus sévères sur cette guerre des chefs est signée Franz Olivier Giesbert dans Le Point et titré « Les mains sales »

« La politique n'est pas seulement une affaire de tactique où c'est le plus poutinien qui gagne. Pour l'avoir oublié, Copé est aujourd'hui chocolat. Il reste au premier parti d'opposition un remède, élever le niveau. C'est la moindre des choses après cinq ans de déculottée électorale. Par exemple, il ne serait pas inutile que la droite se demande pourquoi elle a laissé l'économie en si mauvais état. » Dans cet édito, il est encore question d'un « pays où le cynisme en politique a été érigé en qualité suprême ». Un pays qui oublie vite, cela dit : « Le ridicule ne tue pas ou jamais longtemps. Les partis sont comme les politiciens c'est quand on les croit morts qu'ils renaissent de leurs cendres. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Le deuil au Monde . Le directeur des rédactions du monde Erik Izraelewicz est mort hier soir après un malaise à la rédaction du journal. Sur le site Internet, le grand patron du Monde, Louis Dreyfus, rend hommage à son professionnalisme, son talent, son indépendance et sa rigueur.

Pour terminer sur une note moins sombre : l'une des histoires du jour dans Le Figaro . Scandale au Pérou depuis qu'une télévision locale a retransmis une soirée d'anniversaire dans une prison de haute sécurité.

Fête organisée par un détenu. Des invités, de l'alcool, deux orchestres, charmante compagnie, bonne musique et piste de danse. Le directeur a été viré.

Et pourtant ce détenu vivait le bagne à côté des conditions de détention de l'ancien président péruvien Alberto Fujimori. 10.000 mètres carrés. Jardin planté de 5.000 rosiers, atelier de peinture et salon de réception.

Même en prison, il y a quelques issues de secours... A demain

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