silvio berlusconi perd son siège de sénateur
silvio berlusconi perd son siège de sénateur © reuters

Elles étaient quatre, vêtues de noir. Quatre veuves portant le deuil de leur héros et de la démocratie.

Les veuves de Berlusconi en photo sur le HuffingtonPost. C'était hier au Sénat de Rome. Ces quatre sénatrices assistaient au milieu des autres élus à la chute du cavalier, le vote de la déchéance de Silvio Berlusconi, condamné pour fraude fiscale.

Philippe Ridet, le correspondant du Monde a regardé sa montre. Il était 17h43. Vingt ans de vie politique italienne en passe de se clore.

Ce matin, sur le site d'ilgiornale.it , qui appartient à la famille Berlusconi, une seule formule sur la page d'accueil déclinée en plusieurs langues : « Fin de la liberté ».

17H43. Lui n'était pas là, raconte Eric Jozsef dans Libération. Absent pour éviter d'entendre la terrible phrase prononcée par le président de la séance. "Je prie les huissiers d'accompagner le sénateur hors de l'hémicycle".

Berlusconi avait donné rendez vous à ses partisans devant chez lui, palazzo Grazioli. Philippe Ridet a compté 2.000 personnes, si on enlève les journalistes et les collégiens en goguette. Pas grand monde. Dans son sillage désormais, il y a toujours un médecin, la jeune Francesca Pascale (une blonde 28 ans) et son caniche Dudu.

Voilà pour le folklore, façon maquillage qui coule.

Et maintenant ? Deux visions de l'Italie.

L'une très noire, l'autre porteuse d'espoir.

"Ce qui reste du ventennio", écrit Barbara Spinelli, sur le site deLaRepubblica. « Ventennio » comme « 20 ans », expression le plus souvent utilisée pour la période fasciste.

« La tentation sera grande de mettre cette période entre parenthèses. Mais le Berlusconisme demeure : un appareil médiatique, des moyens financiers considérables, et surtout, une façon de penser, d'agir, un mal du siècle. Les conflits d 'intérêt, le mélange politique-afffaires, cette idée que la politique est séparée de la morale. C'est une habitude mentale. Nous ne sortirons de cette période que si nous regardons le monstre dans notre miroir. »

Pour Eric Jozsef, le correspondant de Libération à Rome, la politique italienne entre dans une nouvelle ère. Au delà de Berlusconi, c'est toute une génération qui est sur le départ, à droite et à gauche. Les Prodi, Fini, Bossi, même le juge anti corruption di Pietro ; Parlement rajeuni, plus féminin. « De toute évidence, une page s'est tournée ».

Voilà les Italiens privés d'un personnage qui « pendant 20 ans a accompagné leurs journées du petit déjeuner au souper, conclut Philippe Ridet sur lemonde.fr . Il va leur manquer, c'est normal, comme lorsque le bar de son quartier finit par baisser le rideau. »

En France : le doute et le mystère

« Voyage dans une France qui doute », c'est un numéro spécial de Libération qui mesure dans une série de reportage ce climat que décrit la presse chaque jour.

Le mystère, il est à l'Elysée. « Le mystère Hollande », c'est la Une de l'hebdomadaire Challenges cette semaine. «Enquête au sommet d'un Etat paralysé». A en croire Serge Raffy, les fameux visiteurs du soir n'en reviennent pas de ce « trou noir » dans lequel ils tombent lorsqu'ils rencontrent le président. Les bonnets rouges, le ras le bol fiscal, la fronde sur les rythmes scolaires, les états d'âme de la majorité ? Réponse invariable : "Du calme, du calme, gardez votre sang-froid".

Que pense vraiment François Hollande ? Bien malin qui le dira. Explication d'un de ses proches. « Mitterrand jouait le sphinx, en travaillant son personnage mystérieux. François Hollande ne joue pas. Durant ses 30 années de vie politique, il a appris à se préserver, ne jamais laisser voir quelle position il veut prendre. D'où parfois cette sensation de flou chez ceux qui ne le connaissent pas. »

A la Une du Figaro : « Union nationale : et si la France s'inspirait de l'Allemagne ? »

Voilà la troisième Europe, celle de la GroKo la grosse coalition droite-gauche en Allemagne. Les Echos la renifle avec méfiance cette GroKo : « Merkel pactise avec la gauche pour gouverner l'Allemagne » titre le journal économique. Au passage, les militants du parti social-démocrate doivent encore voter, rappelle Les Echos . Mais la droite a accepté une série de compromis pour parvenir à cette coalition : salaire minimum, assouplissement des conditions de départ à la retraite, double nationalité. Sur l'Europe, la doctrine Merkel reste en vigueur.

Et voilà encore l'Allemagne érigée en modèle, sous la plume d'Alain Duhamel dans Libération . « En Allemagne, on se rassemble, en France on se déchire. D'un côté, une solution pragmatique, de l'autre on exacerbe les passions (…) L'UMP se déchaine, Jean-Luc Mélenchon s'est métamorphosé en machine à insulter, on voit aussi des centristes se transformer en imprécateurs (…) Le déchainement actuel de démagogies et d'anathèmes électrise le climat social mais ne renforce pas les oppositions. Il poujadise la France et la rend de moins en moins gouvernable. »

Dans la presse également, un chapeau qui claque :

philippe varin renonce aux dispositions actuelles de ses droits à retraite
philippe varin renonce aux dispositions actuelles de ses droits à retraite © reuters

Face au tollé, le président de PSA, Philippe Varin renonce à sa retraite chapeau. Deux points de vue tranchés et opposés sur cette question.

A la Une de L'Opinion, le quotidien libéral. « Affaire Varin, les 4 hypocrisies ».

Jamais il n'aurait touché 21 millions d'un coup. C'est une retraite supplémentaire, 30 à 50% de ses trois meilleures années de salaire. Soumise à condition, notamment celle qu'il prenne directement sa retraite et ne parte pas travailler ailleurs. Les 21 millions, c'est la prime d'assurance payée par PSA.

Ce privilège n'était pas caché. Il était connu de tous depuis longtemps, y compris de l'Etat et des syndicats, qui auraient pu se manifester plus tôt.

Hypocrisie du patronat aussi : d'autres grands patrons sont sans doute en train de prier pour que leur cas ne soit pas étalé sur la place publique.

Hypocrisie de la gauche au pouvoir, surtout, selon Laurent Mauduit sur Mediapart . François Hollande avait promis de prendre des mesures d'encadrement des plus hautes rémunérations. Il avait fait comprendre que les entreprises privées seraient elles aussi concernée. Le gouvernement y a renoncé, préférant une auto régulation exigeante. Mascarade selon Mauduit. « C'est l'auto régulation du foutage de gueule. L'affaire Varin est close, pas celle des rémunérations scandaleuses. »

Cela dit, nous travaillons tous du chapeau...

cerveau vue d'artiste
cerveau vue d'artiste © Radio France / cc, Betty Lee, Ars Electronica

Et figurez-vous que chaque métier à son cerveau ! Le mensuel Sciences et Vie fait le point sur des découvertes récentes en neurologie.

En voyant un croque-mort, un boucher, un footballeur, un trader, on se dit souvent : il a la tête de l'emploi. C'est encore plus vrai que ce qu'on pense.

Les scientifiques montrent, grâce à l'imagerie cérébrale, ce que l'on peut deviner intuitivement : notre métier transforme notre cerveau.

Expérience menée par exemple sur les chauffeurs de taxi londoniens. 25.000 rues et X combinaisons à mémoriser pour se déplacer dans les méandres de la capitale. L'hippocampe des chauffeurs de taxi, la partie du cerveau centrale pour la mémoire, grossit au fil des années.

Certaines aires se développent, d'autres se déforment ou s'inhibent.

Question alors : puisque notre métier transforme notre cerveau, dans quelle mesure peut-on revenir en arrière, radicalement changer de métier et de vie ? Derrière le taxi, de très vastes questions…

A demain !

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