Fillon a remporté la primaire de la droite

La revue de presse, bonjour hélène Jouan

On commence par le vainqueur du jour…

« La consécration d’un acharné » titre le Figaro, « certains l’imaginaient devenir le poulidor de l’écurie, finalement la troisième tentative aura été la bonne » 34 ans après son père, Nico Rosberg a été sacré pour la première fois champion du monde de formule 1…

Et qui était devant sa télé hier pour savourer cette victoire ? Un amateur de voitures de course, qui aura pris tout le monde de vitesse, François Fillon bien sûr…

C’est l’ombre de Fidel Castro qui s’affiche à la Une de Libération, mais c’est bien le vainqueur de la droite qui est sacré sur cette même Une, « Leader Maximo ». « 66% » se contente d’inscrire Le Télégramme en pleine page, 66% pour dire la victoire sans appel, de celui que le Wall Street Journal, appelle « le candidat surprise » de la droite française, « dark horse » en anglais, jolie formule. Le dessinateur Kak dans l’Opinion montre Fillon admirant 2 trophées dans une vitrine du musée Jacques Chirac, le musée des arts primitifs, Juppé et Sarkozy, piques dans le nez et plumes aux oreilles. Une page, deux même, celle du chiraquisme et celle du sarkozysme viennent de se tourner. Et maintenant ?

Oui, Hélène, et maintenant ???

En dehors du Parisien, qui nous donne déjà des noms du futur gouvernement de Fillon, sautant allègrement le pas d’une autre élection, la plupart de vos quotidiens s’accorde à dire, que «Pour Fillon, tout commence » comme l’écrit le Figaro. « C’est encore loin », sous-entendu 2017 évidemment, prévient Mickael Tassart dans le Courrier Picard. Grégoire Biseau dans Libération détaille : « Certes la droite n’est jamais apparue en aussi bonne posture pour 2017. Mais le paradoxe, c’est que ce sera plus compliqué pour Fillon que pour Juppé. Car contrairement à la primaire socialiste de 2011, c’est le candidat de la radicalité qui a gagné…François Fillon est en phase avec son parti, mais l’est-il avec le pays ?la France rêve t elle, se demande t il, du grand soir libéral ? » Toujours dans Libération, un « proche de Nicolas Sarkozy n’en fait pas mystère, je ne vois pas comment Fillon pourrait gagner en 2017 avec son programme de rupture radicale » confie t il. Oui, c’est tout le défi qui attend Fillon aujorud’hui convient Guillaume tabard dans le Figaro, « s’il doit désormais rassembler, Fillon ne doit pas affadir son discours ni renier ce qu’il a dit » prévient il. Un programme que le New York Times n’hésite pas à décrire ce matin comme « très déporté à droite, très proche de celui de l’extrême droite emmenée par Marine Le pen »écrit il, évoquant la « vague populiste qui déferle sur la France ».

Alors vous retrouverez partout, de longs portraits de celui qui un peu comme François Hollande collectionne les surnoms les plus méchants, Mister Nobody hier encore, Droopy, un « droopy qui s’est mué en pitbull »l écrit Olivier Beaumont dans le Parisien. Dans les Echos, Elsa Freyssenet souligne le paradoxe de celui qui est devenu « premier de cordée » : « il est entré dans la course à la présidentielle par les idées, mais c’est là le terrain sur lequel il a le plus évolué » souligne t elle. « Il n’a de gaulliste social que sa filiation », tranchait en 2012 Xavier Bertrand. Qui l’a néanmoins soutenu en 2016. Dans L’Humanité, c’est Henri Guaino qui est appelé à la rescousse pour dénoncer je cite « le programme de dévastation de la solidarité nationale » porté par le candidat victorieux

Un mot sur le vaincu d’hier…

« Claque de fin » titre cruellement Libé, « Alain Juppé, Capitaine fracassé » écrit plus empathique Benoit Lasserre dans Sud-Ouest, qui file la métaphore maritime pour raconter « ce navigateur solitaire » qu’a toujours été Alain Juppé. Pour son dernier Vendée Glob, il e a humé le « parfum enivrant de la popularité, s’est laissé charmer par la mélopée répétitive des sirènes qui lui promettait la consécration» mais à son tour il a sombré, comme Edouard Balladur en 95 comme Lionel Jospin en 2002. « Qui incarnera désormais sa bannière de l’identité heureuse ? s’interroge le journaliste de Bordeaux, cocktail de gaullisme modernisé , de patriotisme optimiste et de détestation des extrêmises ? ». « Les juppéistes se retrouvent orphelins » conclut il après les adieux de Juppé hier. Et maintenant ?

« Hier soir, la musique de Queen résonne au QG du vaincu. Le son est coupé nous raconte Valérie Hacot dans le Parisien quand François Fillon fait son apparition, mais toute la salle se met à hurler « la musique, la musique ». « We will rock you » de Freddy Mercury couvre alors la voix du vainqueur »

Et pendant ce temps-là, à gauche hélène ?

Dessin de Johann Sfar sur twitter, avec un François Hollande qui se lamente en ces termes « Je note aussi que la propension de Sarkozy à se faire maraver par son premier ministre n’aide pas à la cohésion de mon équipe ». Il faut dire que le jour même où la droite se dotait solidement d’un candidat, à gauche, on la jouait éparpillement façon puzzle. « Pétaudière »accuse Michel Urvoy de Ouest France, « une fusée décolle, l’autre s’autodétruit » analyse Cécile Cornudet dans les Echos pour qualifier l’interview de Manuel Valls hier au journal du dimanche défiant le président de la république, « coup de force » dit elle. « Valls flirte avec la « crise de régime », dit aussi Libération. Déjeuner chaud bouillant, ou froid glacial, on verra, aujourd’hui du couple exécutif, un « couple qui n’en est plus un » tranchent les Echos. Reste à savoir combien de temps il va mettre à se l’avouer. En tout cas, "avec la prolifération des candidatures à gauche, (une de plus ce week end qui ne fait l’objet que de brève, celle de Sylvia Pinel des radicaux de gauche) François Fillon peut déjà préparer son débat télévisé de second tour avec Marine Le Pen !", prévient Hervé Favre de La Voix du Nord. Et ce n’est pas la bonne ambiance, qui régnait hier sur le plateau de France 2 entre Jean Luc Mélenchon et Daniel Cohn-Bendit qui viendra contrecarrer cette analyse. Le premier refusant de se faire tutoyer par le second, le second lui coupant la chique par un très direct « va te faire voir ».Vidéo à retrouver sur le site du Huffington post si vous avez raté la séquence. Mais tout ça peut encore changer : il y a quelques instants sur France 2, Jean-Christophe Cambadélis, le numéro 1 du Ps tonnait « maintenant on arrête, c’est fini la fragmentation ». On attend de voir

Et puis autre grand titre de l’actualité Hélène, Fidel Castro toujours…

Héros ou tyran, choisissez votre camp ! C’est ce que tout le monde fait depuis l’annonce de son décès, avec parfois le souci de la nuance et de la mesure. Pas tout à fait le cas ce matin de l’Humanité qui consacre 16 pleines pages à Fidel, à peine plus long finalement que les 11 minutes 53 d’hommage rendu samedi par jean Luc Mélenchon à « Fidel, fidel » ! Fidel, « conquérant de l’impossible » écrit le journal. 16 pleines pages hagiographiques, et Un petit bémol, déniché sous la plume du directeur du journal Patrick Le Hyaric : « les chemins sinueux et les brouillards qui entourent tout nouveau processus de transformation, écrit il, ont laissé en jachère à Cuba, la question fondamentale de la libre critique et des libertés individuelles » « Chemins sinueux, jachère »…

Romain Goupil dans Libération ne fait lui ni dans la litote, ni dans l’euphémisme pour dire « nous nous sommes tant aimés, nous nous sommes tant trompés » Tribune titrée « Que cet aveuglement était beau ». Le cinéaste reconnait « son incroyable envie pendant longtemps de ne rien savoir dit- il, sourd qu’il était aux pelotons d’exécution, à la confiscation de la révolte, à la mise en place d’un goulag tropical. Il rappelle la protestation des intellectuels français en 2003 contre une immense rafle décidée par Castro de journalistes, de poètes, d’intellectuels et de profs. En France conclut il, nous avons longtemps considéré Castro comme un bon dictateur. J’ai été con de l’avoir soutenu à l’époque. Mais ceux qui le pleurent aujourd’hui sont encore mille fois plus cons » assène t il. Même sur Fidel, les gauches s’embrouillent.

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