Effet Président Macron, les journaux se reprennent d'amour pour les gilets jaunes, qui espèrent "un monde plus juste", la Voix du Nord. A l'heure des cris, le "storytelling" devient obsolète, constate son inventeur dans AOC. Une griserie de schnaps dans Télérama, et un grand papier sur Cyril Hanouna dans l’Express.

Le protoxyde d'azote, un gaz aux vertus hilarantes, prive d'oxygène le système nerveux central
Le protoxyde d'azote, un gaz aux vertus hilarantes, prive d'oxygène le système nerveux central © Getty

On parle de rire ce matin

Mais un rire qui sonne comme le glas à la une du Courrier Picard, le rire d'enfants qui s'oublient dans leurs fêtes par une drogue en ventre libre : le protoxyde d'azote, un gaz aux vertus hilarantes qui propulse surtout la crème chantilly dans des recharges pour siphons que l'on trouve pour rien, "3,60 euros les sept cartouches chez Auchan, voilà un shoot pas cher" car il suffit de libérer le gaz dans un ballon de baudruche et de le respirer pour "partir en vrille instantanément":  planer, s'amuser, délirer, "être ailleurs et présente" à la foi dit une jeune femme ; mais à s'oublier, on risque des brûlures pulmonaires, des infections, des hallucinations, une détresse respiratoire car le protoxyde d'azote prive d'oxygène le système nerveux central, on risque  la crise cardiaque et des scléroses de la moelle épinière... Et ce qui est vrai pour un jeune en bonne santé l'est d'autant plus chez un asthmatique ou chez le vegan carencé en vitamines à force de se priver...
Car tout se conjugue des illusions du moment.   

C'est donc un fléau dans le Courrier Picard mais les unes ne vont jamais seules. Le magazine Elle parle du protoxyde d'azote sur son site internet, et Libération, vendredi soir, racontait qu'à Montpellier le protoxyde d'azote est passé des étudiants en médecine aux gamins du quartier populaire de La Paillade, qui l'ont découvert au retour de leurs vacances au bled, et depuis "se mettent stone",  et on dirait à regarder les cartouches vides s'accumuler que tout le quartier s'est mis à la pâtisserie. En septembre dernier, le Figaro décrivait les fêtes des lycéens de Lille et les caniveaux de la ville où s'entassent les cadavres des cartouches de crème chantilly...   

Il y a eu deux morts en France lis-je dans le Courrier Picard, Elle se souvient d'un garçon nommé Yohann victime d'un arrêt cardiaque à 19 ans.  « Il a inhalé du gaz hilarant. Puis a été pris d’un fou rire avant de s’évanouir », racontait son cousin au « Républicain Lorrain » en mai dernier.   

L'actualité est grimaçante. Le protoxyde d'azote est aussi, par le rôle qu'il joue dans l'agriculture, je trouve cela sur le site de Géo ce matin, un des principaux responsables de l'effet de serre et du désordre climatique...  et je le retrouve, ce protoxyde d'azote, tel un furet, dans  l'éditorial du Figaro qui reproche à Emmanuel Macron de trop parler d'écologie et pas assez des souffrances du peuple:   "Ce n'est pas le protoxyde d'azote que la parole présidentielle était attendue…" Et  le Figaro compare le président au prophète Philippulus qui dans Tintin, annonce la fin du monde... 

Et Emmanuel Macron est ciblé par la les journaux ce matin...

Dans une quasi unanimité , où la Croix est une exception notable, qui fait  fait crédit au Président d'avoir analysé la colère "avec justesse"  et "des mots respectueux". Mais il est, la Croix le reconnaît, "seul face à tous", et seul contre les journaux. "Gilets jaunes, il a entendu mais n'a pas répondu", le Parisien, Macron "déconnecté", l'Humanité, "dans un dialogue de sourd avec les gilets jaunes", le Figaro...   

Et, vous verrez, curieux effet de l'intervention du chef de l'Etat: la presse qui hier matin donnait plutôt la parole aux commerçants bloqués se reprend à aimer les gilets jaunes, et montre un peuple, en attente, dans les cafés à la télévision allumée, la voix du Nord, sur un barrage, la radio ouverte sur les téléphones portables, Explicite, media en ligne, et ce peuple est déçu en direct par la parole présidentielle, ce peuple pétri d'espérance pourtant: "Au rond-point des gilets jaunes, les militants rêvent d'un monde plus juste", écrit la Voix du Nord.

Le Courrier picard caricature le président en éolienne, puisqu'il brasserait du vent, quand Libération moque Jupiter qui redescend sur terre et l'opinion ce président qui découvre les corps intermédiaires, après 18 mois de mépris affiché... Ainsi subit un homme qui était aussi visé, le Monde le raconte ce matin, par une campagne coordonnée de faux comptes sur Facebook, que le réseau social a désactivé.  

Pour prendre du recul deux textes. Dans AOC, analyse opinion critique;  une longue réflexion du sociologue Christian Salmon, qui inventa il y a dix ans un mot, le story telling, qui caractérisa la communication politique, nos dirigeants se faisaient aimer en nous racontant leur histoires, mais Salmon constate la fin de son concept au moment où il entre dans les dictionnaires... Car il n'est plus de narration possible au temps de la rage...   

A -t-il cru, Emmanuel Macron, qu'il pouvait tout raconter? Dans le Monde encore, vous trouvez les bonnes feuilles d'un livre, "Qui c'est le chef?" qui raconte la brutalité du départ du général Pierre de Villiers, humilié en public par le Président le 14 juillet 2017, et cette toute puissance du premier été explique peut être aussi ce qu'il subit désormais.

On termine avec une griserie...

Une griserie alsacienne dans Télérama qui raconte le schnaps, dans un reportage  où la poire et la mirabelle et des fleurs coulent à flot et à 70 degrés, et si l'on ne se soigne plus à l'eau-de-vie, il en faut encore pour le kougelhof, les bredele de noël et la forêt-noire, et quel bonheur de terroir dans un journal que l'on dit intello et qui est intelligent.  

Dans l'Express je lis ceci. "Sur que la connerie paie, domptée comme peut l'être une puce de cirque,  elle rapporte même beaucoup plus que l'intelligence"... Et c'est ainsi que commence ce qui est peut-être le meilleur article à ce jour sur Cyril Hanouna, pris dans sa déconnade au temps de l'infantilisation du monde, mais aussi en proie à la tentation du bien, lui qui console des accidentés et que certains rêvent en gardien de ces jeunes qui le suivent, il devait accompagner des jeunes de banlieue a auschwitz, il n'a pas pu, devant accompagner des téléspectateurs en Laponie chercher le père noël...   

Auschwitz, Ginette Kolinka y fut déportée, qui a 94 ans et un fils qui était le batteur de Téléphone, on la voit dans l'Indépendant  raconter son calvaire devant des apprentis du BTP, à l'air sérieux; qui l'ont entendu se souvenir de ces repas d'épluchures de pomme de terre qui étaient, pour elle, "un bon gueuleton". Elle a la gouaille de la vie. 

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