Bonjour... Connaissez-vous la ville de Croix ? ...Elle est située près de Lille, dans le département du Nord. Elle compte près de 21.000 habitants... On les appelle "Croisiennes" et "Croisiens". Et là, vous vous dites : "Allez ! Il va encore nous faire le coup de 'Bienvenue chez les Ch'tis', la bière, le maroille dans le café, l'accent chuintant, les gârs du Chneur, l'image sympathique mais caricaturale d'un film long-métrage qui a battu les records d'entrée". ...Eh bien non ! Croix coiffe Neuilly (oui, le Neuilly de qui vous savez) sur le podium des communes françaises de plus de 20.000 âmes championnes de l'impôt sur la fortune. 402 contribuables croisiens s'acquittent de l'ISF. Chacun d'entre eux affiche un patrimoine moyen ("moyen", c'est vite dit) de 3 millions 741.886 euros, soit un chèque annuel de 28.410 euros à l'ordre du fisc. Les Neuilléens peuvent aller se rhabiller. Cette information, vous la lirez en détail et couleur saumon en première page du Figaro Economie. Maintenant, fini de rire ! ...La lecture, cette fois, du quotidien économique Les Echos vous apprendra qu'en France, plus de 7.000 foyers fiscaux "aisés" n'ont pas payé d'impôt sur le revenu en 2007. Pas un sou en provenance de gens qui disposaient pourtant l'an dernier d'un revenu fiscal de référence supérieur à 97.500 euros, autant dire 100.000 : c'est beaucoup plus simple. A l'origine de cette situation : la dernière réforme du barème de l'impôt, et l'effet des niches fiscales dont le Parlement enrichit (si je puis dire) régulièrement la liste. Dans notre pays, les 100 contribuables qui allègent le plus leur charge fiscale au moyen de ces "niches" réalisent chacun une économie moyenne d'un million 130.000 euros. Parlons de la crise et de ses conséquences. Dans le quotidien La Croix, j'ai relevé page 12 le résultat d'un sondage IFOP réalisé les 16 et 17 octobre auprès de 1.007 personnes âgées de 15 ans et plus. ...Que nous apprend-il, ce sondage ? Il nous dit que "le krach boursier met en péril les ressources des mouvements associatifs. Le nombre de donateurs et le montant des dons diminueraient sensiblement". Les organisations caritatives remplissent généralement leurs caisses entre octobre et décembre. L'argent risque de manquer alors que les associations vont devoir faire face dans les prochaines semaines à une demande accrue d'assistance. Partout, dans vos journaux, il est question des effets de la crise. ...Ici (c'est le cas dans La République des Pyrénées, c'est le cas dans L'Alsace), on attire notre attention sur les difficultés que voient poindre les sous-traitants de la grande industrie. ...Là (Paris-Normandie en fait sa Une), on nous parle du crédit immobilier : "Dur dur d'obtenir un prêt". Le quotidien normand a testé quatre banques ; il y a un an, à une demande de prêt, elles auraient toutes dit oui... "mais aujourd'hui, c'est NON". Libération consacre sa première page aux "emprunts toxiques". Sous le titre : "Ces maires piégés par les banques", le journal précise que "de nombreuses collectivités locales comme la Seine-Saint-Denis, Laval ou Saint-Etienne, ont contracté des prêts exotiques qui plombent leurs finances sur fond de récession". Laurent Joffrin explique : "En échange de taux avantageux, embobinées par les banquiers trop convaincants (les collectivités locales) ont joué, parfois sans le savoir, une partie de leur endettement à la roulette des marchés et se retrouvent aujourd'hui confrontées à des additions sévères. Détail savoureux : l'un des premiers exemples concerne des élus communistes, sans doute trop confiants dans la solidité du système capitaliste". Après cela, vous irez lire dans Les Echos la page de publicité que publie la Fédération des maires des villes moyennes... Elle se présente sous la forme d'une lettre ouverte au Premier ministre et aux membres du gouvernement concernés, sous ce titre : "Villes moyennes : 1 Français sur 4 crie au secours !". Trois quotidiens, trois titres... - Ouest-France : "La crise devient sociale". - La Tribune : "Alerte sur l'emploi". - Le Monde : "Sarkozy face à l'urgence sociale". A la Une des Echos, cet autre titre, plus explicite encore : "Nicolas Sarkozy dévoile son plan de rupture pour l'emploi". Pourquoi "rupture" ?... Sans doute, comme le souligne Le Monde, parce que "la crise contraint le gouvernement à remettre en cause sa politique de l'emploi". Le chef de l'Etat rendra publiques aujourd'hui, à Rethel (département des Ardennes), ses "mesures contre le chômage". Avant même que le Président de la République ait parlé, Le Parisien-Aujourd'hui en France l'annonce : c'est "le grand retour des emplois aidés". La Croix note, au passage, que le numéro 1 des Français "cultive la symbolique des lieux". La ville de Rethel n'a pas été choisie tout à fait au hasard : il y a près de deux ans, le 18 décembre 2006, celui qui n'était alors "que" ministre de l'Intérieur s'y était invité au chevet de ce qu'il avait appelé "la France qui souffre". ...Dans Le Dauphiné Libéré, Didier Pobel ironise : "Deux ans après, quoi de neuf, docteur ?... La patiente a contracté la Crise, un mal saturnien qui rôde dans la petite sous-préfecture des Ardennes". Plus grave sur la forme, l'éditorial du Monde prédit, pragmatique, que les Français jugeront Nicolas Sarkozy, "au bout du compte, sur sa capacité à faire face à la crise. Jusqu'à présent, cela lui a bien réussi sur le terrain international, mais il s'agit presque d'un monde virtuel, tant l'ampleur des sommes en jeu paraît irréelle au citoyen ordinaire". Dans La République du Centre, Jacques Camus annonce un "retour vers le réel". Son confrère de L'Est Républicain, Rémi Godeau, se veut plus précis : "Les plans sociaux se multiplient. Le chômage repart à la hausse (...) Les Français peinent à comprendre que l'on puisse mobiliser des centaines de milliards d'euros pour restaurer la confiance du monde financier, et rien ou presque pour soutenir le moral des ménages. Un effort de pédagogie s'impose". Même tonalité dans L'Union. Selon Hervé Chabaud, "la crise a parfois bon dos pour fermer, liquider et servir des stratégies inavouables. Bref, les Français ont besoin de décisions claires, pas d'un discours". Quant à Philippe Reinhard, il craint, dans L'Eclair des Pyrénées, que "la situation actuelle (ne) porte les germes d'une révolte populaire". ...C'est presque, mot pour mot, ce que Hubert Coudurier écrit dans Le Télégramme. Je vous lis cet extrait de son éditorial du jour : "Cette crise, que personne n'a voulu voir venir, va évidemment servir de révélateur à la dimension d'homme d'Etat de Nicolas Sarkozy. En l'affrontant avec l'énergie qui le caractérise, il peut en sortir grandi... ou exploser en vol, en démontrant, contrairement aux apparences, qu'il n'y a plus de pilote dans l'avion". Dans Sud-Ouest, Frank de Bondt complète le propos : "Et si, en définitive, cette crise magistrale servait la véritable nature d'un Président dont le libéralisme de conviction se heurte en permanence à un penchant pour la gestion autocratique d'un Etat précisément désarmé par la loi des marchés ? (...) Ceux qui redoutaient, avant son élection, que Nicolas Sarkozy ne gère la France comme une entreprise n'avaient donc pas tout à fait tort. Mais ils n'imaginaient évidemment pas qu'il s'agirait d'une entreprise publique". ..."Les habits neufs du Président" : c'est le titre du débat que le quotidien économique Les Echos propose ce matin à ses lecteurs ; il oppose le sociologue Denis Muzet au politologue Pascal Perrineau. Je vous livre deux brefs (mais éclairants) passages de cette discussion (passages que le journal a d'ailleurs choisi de mettre en exergue) : - Pascal Perrineau : "La crise a joué un rôle d'accélérateur... Tout s'est passé comme si la scène extérieure permettait au chef de l'Etat de renouer avec les vertus de la fonction". - Denis Muzet : "Nicolas Sarkozy redit 'ensemble, tout est possible', sauf que cette fois c'est avec l'Europe, les Etats-Unis, la Chine... En vérité, il est aujourd'hui candidat à la présidence du monde, au moins symboliquement". ...Et comme pour étayer cette dimension "mondiale" que le Président de la République française tenterait ces temps-ci d'acquérir, l'éditorialiste de La Charente Libre, Dominique Garraud, commente le sort que la France réserve aux "repentis" de la guérilla colombienne. France-Soir titre : "Mansuétude pour un repenti des FARC... La France va accueillir un 'gentil' terroriste colombien" (il est question là du combattant des Forces armées révolutionnaires colombiennes qui a aidé l'un de ses otages, captif depuis 8 ans, à retrouver les siens). Le journal relève que Nicolas Sarkozy, "intransigeant par principe face aux terroristes, se montre clément avec les anciens 'bourreaux' d'Ingrid Betancourt"... Dominique Garraud, dans La Charente Libre, rappelle que l'impunité accordée autrefois par François Mitterrand aux brigadistes italiens n'est plus de mise. Il conclut : "Ce deux poids/deux mesures relève d'une politique de gribouille injustifiable. Il serait utile qu'un minimum de clarification soit apporté à un droit d'asile exceptionnel qui relève, de nouveau, du seul fait du Prince"... ...Dans sa cellule, Jean-Marc Rouillan appréciera.

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