Patrick Cohen : A la Une ce matin "tête de pioche et coeur de rocker"... Bruno Duvic : A quoi reconnaît-on un Anglais dans un cinéma français ? C'est le seul qui demande pardon quand on lui marche sur les pieds. Cette histoire, elle est dans Courrier-International cette semaine. Courrier qui ne consacre pas moins de douze pages aux manifestations en France, comparées notamment à l'absence de manifestation en Grande-Bretagne où le plan de rigueur annoncé la semaine dernière est bien plus violent. Le regard de la presse étrangère sur ces "enragés de Français", on a déjà lu pas mal de choses sur ce sujet, mais Courrier va un peu plus loin cette semaine. Et au moment où la mobilisation semble faiblir dans les rues, cela permet de dresser un bilan provisoire au moins un peu plus à froid. Bon, il y a l'idée classique et largement partagée que nous sommes des enfants gâtés. Les Britanniques, eux, sont éclairés et responsables écrit le Spectator à Londres. "Français, revenez sur Terre" nous dit Roger Cohen dans le Times... "Cette fois, vous exagérez" ajoute le Süddeutsche Zeitung à Munich. "Dans cette réforme, il y a peu à reprocher au président français". Nous serions des conservateurs révolutionnaires, nous serions même le pays non communiste le plus dirigiste du monde selon El-Païs en Espagne. Autre idée classique : ce n'est pas tant contre la réforme des retraites que les Français ont râlé, mais contre leur président. De ce point de vue, dans Courrier-International, même les journaux qui approuvent la réforme des retraites trouvent que le président s'y est pris comme un manche : "Il a recherché inutilement l'affrontement", écrit The Independant à Londres, "cela augure mal de l'avenir immédiat de la France". Patrick Cohen : Moins classique, une pléiade de journaux défend les manifestants français... Bruno Duvic : Plutôt populaires et de gauche les journaux en question. "Ils nous vengent du FMI" écrit le titre grec "Totetnos". "Ce mouvement ample, radical et déterminé est une première réponse à la dictature financière" ajoute « Il Manifesto » à Rome... Le « Guardian » fait des grognards français les hérauts de tous les travailleurs d'Europe. La synthèse de tout cela, la synthèse on la trouve dans un journal russe sur le net, "gazetta.ru" : stations-essence à sec, transports perturbés, les Français sont prêts à tout endurer pour défendre leur droit à exprimer leur opinion. "Pour moi, c'est de la politique en marche" écrit la chroniqueuse. "Les Français obligent le pouvoir à dialoguer avec eux et cela force le respect". Synthèse encore dans le même journal : "La bataille française est la conséquence de la crise à laquelle est confrontée toute l'Europe. Pendant un demi-siècle, l'Europe occidentale a connu la prospérité. Désormais, cette dynamique n'est plus garantie. Il faut convaincre les citoyens de limiter la progression de leur niveau de vie. Quelle que soit l'issue des manifestations en France, elles sont le début d'un douloureux processus qui va concerner l'ensemble du continent". Alors, qui sont les plus raisonnables : les Français ou les Britanniques ? Un dessin canadien pose les enjeux du débat (dernière citation de ce Courrier-International). Le dessin est partagé en deux... En haut, "France : retraite à 62 ans". Un groupe de manifestants hirsutes et dans la rue avec de grandes pancartes "Non". En bas, Grande-Bretagne : "Retraite à 66 ans". Un petit bonhomme en costume-cravate défile tout seul avec une pancarte "Non, merci". Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Le visage de Ben-Laden à la Une du Figaro et de Libération. "La menace : comment interpréter le message directement adressé à la France ?". Trois réponses : - L'édito de Pierre Rousselin dans Le Figaro : "Al-Qaïda a perdu une grande partie de son impact ces dernières années. Le rôle opérationnel de Ben-Laden est désormais minime, mais son impact médiatique reste considérable. L'organisation terroriste sait à merveille jouer de la communication". - Laurent Joffrin dans Libération. Lui aussi accrédite la thèse d'un Ben-Laden affaibli et il voit dans ces menaces sinistres un signe de faiblesse. - Attention tout de même, dit Antoine Basbous, spécialiste des pays arabes, dans les colonnes du Parisien : "Il ne faut pas sous-estimer Al-Qaïda, même s'il ne peut plus organiser d'attaques de l'envergure du 11 septembre. Ben-Laden reste très écouté, ses émules croient en sa parole". Patrick Cohen : Dans la presse également, la malédiction de Toutankhamon... Bruno Duvic : Après la malédiction de Toutankhamon, y a-t-il une malédiction Woerth se demande Nathalie Grisbeck, à nouveau dans Le Parisien. Cambriolages chez les journalistes enquêtant sur l'affaire Bettencourt. "S'il devait y avoir un lien, dit le journaliste de Médiapart, Fabrice Arfi, le seul mobile serait d'intimider nos sources et les avertir que certains peuvent avoir accès, quand ils le veulent, à l'intérieur de nos Rédactions". Patrick Cohen : Les états-généraux du football... Bruno Duvic : Personne ne croit qu'ils puissent déboucher sur de vrais changements. Illustration dans L'Equipe. Michel Platini dit tout le mal qu'il pense de ces états-généraux. "J'étais absolument contre. Tout ça parce que quatre mecs ne descendent pas d'un bus (allusion à la grève des joueurs français pendant la Coupe du monde). Et Platini poursuit : "Il vaut mieux leur apprendre à descendre d'un bus que de faire des états-généraux du foot… ça va plus vite !". Patrick Cohen : Vie privée et Internet : de nouveaux éléments au débat... Bruno Duvic : On les trouve dans Libération et Le Parisien-Aujourd'hui-en-France... Dans Libé, les voitures de Google qui sillonnent les rues pour les cartographier, accusées d'avoir collecté un paquet de données privées sur leur passage. Des enquêtes sont en cours dans plusieurs pays. Dans Le Parisien, ces entreprises de plus en plus nombreuses qui se dotent de logiciels espions pour savoir si leurs salariés travaillent ou draguent sur Facebook. Et puis, question à la génération Internet à la Une de "Sciences et Vie Junior" ce mois-ci : Facebook dirige-t-il nos vies ? Patrick Cohen : Et comme promis, après les têtes de pioche françaises, les cœurs de rockers... Bruno Duvic : Il y a peut-être un lien à faire entre les deux. On en parlait déjà hier, le retour en grâce des bons vieux rockers : biographies, albums, rééditions en tous genres. Dans les manifestations en France, certains ont fantasmé un retour de mai 68. Mais ils pointaient une différence majeure : c'était une époque d'espoir et d'optimisme. Keith Richards dans Télérama et Paris-Match, Bruce Springsteen et Patti Smith dans les Inrockuptibles : c'est peut-être le signe d'une nostalgie de ces années 60 et 70. Alors que Les Echos consacrent une enquête au malaise de la jeunesse américaine, Springsteen se retourne sur les trois dernières décennies : "Beaucoup d'Américains connaissent la récession depuis plus de trente ans. Le rêve américain apparaît désormais hors d'atteinte, le paysage a complètement changé... Je crains qu'une société ne puisse demeurer dans le modèle actuel sans finir par imploser". Quelques pages plus loin, Patti Smith tient un discours similaire avec d'autres mots : "A l'époque, je pouvais me retrouver sans problème assise dans une pièce à discuter avec Janis Joplin ou un type de Jefferson Airplane alors qu'ils étaient connus et que moi, j'étais une gamine. Nous étions habillés pareils, il n'y avait pas tant d'écart entre nous". C'est étonnant, au passage, comme tous ces rockers qui sont passés par tous les excès, parlent de leur enfance dans ces interviews. Dans Télérama, Keith Richards relativise les fâcheries avec Mick Jagger dont il parle beaucoup dans son livre : "Ce que les Stones ont accompli avec le temps est unique, l'énergie qui nous unie est miraculeuse"... A propos de Mick Jagger, il ajoute : "Une alchimie exceptionnelle nous lie". A l'aube des années 80, les Stones avaient sorti un album qui s'appelait "Emotional rescue", "Sauvetage émotionnel". Il y a un peu de cela dans ce retour en grâce des rockers des années insouciantes.

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