Il était un … petit navire… Vous connaissez la comptine… Mais à Marseille, elle a pris ces dernières heures des inflexions de chant de détresse… Didier Pobel, dans "Le Dauphiné libéré", ose le parallèle : voilà des marins aussi déterminés que ceux du "Potemkine". Ce conflit, traité partout dans la presse nationale et régionale, c’est d’abord la preuve par l’image… Avec ces photos que publie la presse : celles de ces marins encagoulés… Celle que publie "Libération", par exemple, est impressionnante … On voit deux marins… Cagoules donc… L’un d’eux tient un morceau de bois, arraché d'on ne sait où… Deux clous en ressortent… Ce bâton, il le tient comme une arme… La légende fait le reste : deux marins, face à la police hier matin. Il est vrai qu’il y a dans ce conflit tous les ingrédients d'un feuilleton à haut risque, explique Fraçois-Xavier Pietri dans "La Tribune" : un navire détourné, le blocus du port de Marseille, des salariés remontés à bloc, un repreneur peu habilement choisi, les luttes intestines des pouvoirs locaux, l’ombre nationaliste, les difficultés endémiques de l’Etat à régler la question corse… Ca fait beaucoup… D’où ces titres dans les journaux ce matin, comme « La SNCF au prix de la ferraille" pour "L'Humanité", ou celui de "Libé" : « Le drapeau noir flotte sur la SNCM» Comme le dit Bernard Revel dans "L’Indépendant du Midi" : comme souvent , dans ce genre de négociation à heut niveau, le facteur humain a été négligé. Et quand le facteur humain est corse… Plus que de la négligence… C’est une faute grossière. N’oublions pas, en effet, que la STC-Marins est très liée aux indépendantistes, et qu’elle revendique clairement son appartenance au mouvement national corse. En tout cas, partout dans la presse, le gouvernement est épinglé dans cette affaire… Y compris dans "Le Figaro", qui titre "naufrage d’Etat"… Sortir du piège… A tout prix… C’est bien cette impression de "sauve qui peut" que donne l’Etat, écrit Philippe Reclus… La valse-hésitation dont le gouvernement a fait preuve hier en paraissant reculer devant la flambée des violences n’a fait que le souligner un peu plus…. Le sauve qui peut. Il est clair que cette fois, on peut parler de conflit social explosif, sans galvauder le mot et verser dans le cliché… Mais c’est peut-être l’exception qui confirme la règle. Si l’on en croit, en effet, un enquête que publie aujourd’hui le journal "La Tribune", il n’y a pas de risque d’explosion sociale en France avant la Présidentielle de 2007. C’est l’association EBP qui l’affirme… Elle regroupe des directeurs de ressources humaines d’entreprises françaises… Et voilà ce qu’elle nous dit. 2006 sera plutôt une année genre veillée d’armes pré-électorale. Le rapport explique aussi ce phénomène par le résultat du référendum de mai dernier… Le "non" a servi d’exutoire, et a peut-être évité que le défoulement se produise dans la rue. S'il n'y a pas d'explosion, il n'en reste pas moins que le malaise n'a pas disparu... Alors... L'année 2006 sera marquée par la résignation... et au passage, l'étude note l'astucieux travail de déminage entrepris par Dominique de Villepin... Son objectif est simple : sauver les meubles, au lendemain du désavoeu massif du référendum, et donc tenir jusqu'à 2007 en maintenant un climat social étale, où les tensions inévitables ne dépasseraient pas le stade de l'activisme social habituel. Sacré numéro d'équilibriste ! D'ailleurs, on l'a vu avec le "contrat nouvelle embauche" : beaucoup de protestations, mais au bout du compte, ce ballon d'essai a pris son envol sans souci. Dernier facteur, qui explique la victoire de la résignation sur l'explosion : une sorte de dichotomie de plus en plus nette entre l'individuel et le collectif... C'est-à-dire entre les jugements portés sur l'état de la société... Considérés comme alarmants... Et ceux émis sur la situation personnelle de chacun, nettement plus optimistes. Voilà... C'est dans "La Tribune", comme un élément de réponse à cette réflexion, qu'on entend souvent comme une volonté ou un fantasme... "Un jour, ça va péter". La semaine dernière, le journal "Le Monde" nous parlait d'une enquête sur les enfants turbulents... D'où il ressortait, selon certaines analyses, que ces enfants-là auraient un terrain favorable à la délinquance, plus tard. Analyses contestées, dans le même article, par d'autres spécialistes de l'enfance, tant elles paraissent effectivement surprenantes... On le dira comme ça. Aujourd'hui, dans "Le Canard enchaîné", on apprend que, selon le Syndicat des commissaires, la délinquance commence dès la crèche. Même Sarko n'y aurait pas pensé, écrit Louise-Marie Horo... Voilà que le principal syndicat de commissaires de police propose de traquer la délinquance dès le berceau... Ce n'est pas un gag, bien que cela y ressemble. Et notre consoeur du "Canard" nous explique que le Syndicat des commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale... Plus connu sous le nom de "Schtroumpf" à cause de son sigle impossible à éternuer... Publie un catalogue de propositions délirantes pour la sécurité. La prévention précoce des enfants à risques : aucune action n'a été menée, se désole le rédacteur du texte... Rien n'a été expérimenté à ce jour auprès des enfants qui présentent un comportement prédicteur de délinquance dès la crèche... Je cite mot pour mot le texte dont le "Canard" publie un extrait. Conclusion désabusée de Louise-Marie Horo : le plus sûr serait d'obliger les futures mères, dès le deuxième mois de grossesse, à pointer deux fois par semaine au commissariat, et d'imposer au foetus le port du bracelet de sécurité. Ah, le bracelet de sécurité... C'est l'autre grand sujet traité par les journaux ce matin... Avec une levée de bouclier des éditorialistes contre la proposition du Garde des Sceaux d'imposer une peine rétroactive pour les récidivistes... Le port du bracelet électronique. Ainsi, écrit Jacques Camus dans "La République du Centre" : "Dans un Etat de droit, on ne s'abandonne pas au bricolage juridique, on ne demande pas la complicité des députés pour fermer les yeux sur un viol constitutionnel". Formule employée par d'autres confrères d'ailleurs. "Alors, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? reprend Francis Brochet dans "Le Progrès"... Pascal Clément pourrait carrément supprimer le ministère de la Justice, licencier les magistrats, et inviter chaque citoyen à faire justice lui-même... Et les élections, on les supprime juste après ?" conclut Brochet. Réponse du Garde des Sceaux dans "Le Parisien" : "Evitons une querelle sur cette question : le port du bracelet électronique n'est pas une peine, c'est une mesure de sûreté, qui peut accompagner tout sortant de prison... Ce problème de loi, rétroactive ou non, ne se pose donc pas, à mon sens". Oui, un mensuel nommé "Mood", présenté comme le nouveau magazine des toutes jeunes femmes... Concept à géométrie variable... A quel âge est-on une "toute jeune femme" ? Côté ligne éditoriale, rien de vraiment nouveau : elle ressemble à toutes celles des journaux de ce genre... Avec, au sommaire ce mois-ci : "bien dialoguer avec ses profs"... "quand haïr est un plaisir"... ou encore "c'est l'enfer, ma mère est immature"... Il est vrai que pour nous, autour de cette table, tous anciens jeunes, ça nous parle moins. Enfin, ce journal, sachez qu'il est lancé par Jean-Louis Servan-Schreiber, qui est aussi à la tête du magazine "Psychologie"... Son "Mood", il l'a lancé un peu comme on lance "Harry Potter", avec une grosse campagne de presse et sur Internet... Mais ce journal est intéressant, parce qu'il est expérimental... C'est ce qu'on appelle un "bi-média"... C'est donc à la fois un magazine et un site Internet. On va en parler avec sa rédactrice en chef, Florence Servan-Schreiber, la fille du patron... Bonjour... Vous êtes donc la rédactrice en chef... Comment ça fonctionne, le "bi-média" ? Alors votre public des toutes jeunes femmes, est-ce que c'est une tranche d'âge ? Sur la ligne éditoriale, vous ne vous distinguez pas beaucoup de vos concurrents, finalement... Dans le genre "magazine décalé"... Je ne sais pas si vous connaissez le magazine "So Foot"... Toujours facétieux... C'est vraiment un autre regard sur le football, comme cet article du numéro de septembre, qui vaut le détour... Il est titré : "Pas si cons". Très généralement, et pas seulement aux "Guignols de l'Info", écrit François Bégodo, les footballeurs traînent une réputation de crétins complets. Pourtant, et techniquement, l'intelligence est placée au centre de la leçon de football... Alors il fallait éclaircir ce paradoxe : le foot est-il oui ou non un jeu de cons ? Puisque sa bêtise s'exprime essentiellement en interviews, on doit quand même aux footballeurs de nuancer le verdict. Existe-t-il un homme qui, même conférencier émérite, trouverait moyen de répondre intelligemment à des questions comme... "Alors, cette défaite, on imagine que vous êtes déçu"... "Alors, cette victoire, on imagine que vous êtes content"... "Alors, ce match nul, on imagine que vous êtes un peu déçu et un peu content"... Bref, ne pas oublier qu'il y a dans le journalisme de foot une tradition de la question stupide, dont la supposée connerie des footballeurs n'est que l'effet boomerang. Prudent, "So Foot" tempère, et dit : "Gardons-nous de rejeter la faute sur les confrères... Difficile de tirer quelque chose des footballeurs, dont la parole est de plus en plus formatée, contrôlée par des clubs, et conditionnée en amont par des conseillers en communication... Et s'il fallait dégager une tendance sur la décennie en cours, ce serait toujours moins de débordements incorrects dans le micro, comme un mot d'ordre. Zidane, Monsieur Gentil, Monsieur "je ménage tout le monde", en est l'emblème, écrit François Bégodo. Et puis aussi, pour la défense des footballeurs, il faut savoir que, repérés à 4 ans et demi, assignés au pensionnat du centre de formation à 8 ans, pré-achetés par un grand club à 13, les petits génies contemporains sont continûment encadrés, c'est-à-dire qu'au fond, ils ne partent jamais de chez papa-maman... D'où cette langue éternellement bloquée sur la case "djeune", mais vidée des accents frondeurs qui poussent en même temps que l'acné. Voilà... Au petit jeu risqué de la comparaison entre générations, il apparaît que le verbe "époque Platini" avait un peu plus de sel... On pourra ajouter que sur le terrain aussi, ça se voit. Bonne journée et à demain !

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