Vous savez qu'on célèbre les 20 ans du "Zapping", ce programme de Canal+ qui colle des images très différentes... différentes, mais la technique du montage donne un sens au choc des photos. Alors zapping ce matin dans la presse... D'un côté, Requiem pour l'usine Molex à Villemur-sur-Tarn. C'est dans Libération. Gilbert Laval campe le décor. Villemur, c'est un gros village de briques roses dans la zone industrielle, en banlieue de Toulouse. "A l'usine, après onze mois de lutte, cette fois, c'est foutu, c'est sûr", résume un salarié. Alors, pour ne pas se quitter sans un dernier adieu, on a fait une fête vendredi... saucisses froides et bière, un podium pour accueillir des groupes de rock au fond de la cour. Puisque c'était un Requiem, il y avait un curé : le Père Bachet, président du comité de soutien aux "Molex". Pas de bière à la main, mais l'Evangile dans la tête. Pour le père-curé, "il y a ceux qui font le bien, et ce sont les salariés de Molex, et ceux qui font le mal : c'est la maison-mère". Dans la marmite, il mettrait bien le Président de la République et son ministre de l'Industrie : "Sarkozy et Estrosi ont assuré les Molex de leur soutien, puis ils les ont laissés tomber. J'en ai vu qui pleuraient quand les camions de déménagement sont arrivés". Car la scène fondatrice, elle est là. Mercredi 23 septembre, 18h30 : des camions de déménagement, accompagnés de vigiles à moto. Un salarié, Jean-Michel, apostrophe ses collègues : "Aujourd'hui, ceux qui se sont faits baiser, comptez-vous". Des baisés, il pourrait en trouver 283 : c'est le nombre de lettres de licenciement qui vont partir dans les jours à venir. Il y aura tout de même 20 chanceux, mais qui vont se sentir bien seuls : 20 salariés gardés par le fonds de pension américain qui reprend l'équipementier automobile. Changement de décor. Si c'était dans le "Zapping", il y aurait de la neige sur l'écran avant de passer à la scène suivante, décrite par Armelle Vincent dans Le Figaro... C'est dans la Silicon Valley, en Californie. Là non plus, a priori, le tableau n'est pas rose. Des centaines de start-ups ont récemment mis la clé sous la porte. L'immobilier boit la tasse. Les rangs des chômeurs ont grossi. Mais Tina Seelig, la cinquantaine, professeur d'ingénierie à Stanford, a un discours tout prêt : "Tous les problèmes sont des opportunités dormantes. La Silicon Valley fait le ménage, et alors ? L'important, c'est de créer des opportunités là où il semble ne pas y en avoir. J'ai récemment distribué 5 $ à chacun de mes étudiants au début de mon cours, avec la mission de multiplier cette somme en deux heures sur le campus. J'ai été époustouflée par les résultats". Des étudiants sont postés à une intersection, avec des pompes à vélo : 1 $ par client pour regonfler les pneus. Au bout d'une heure, nouvelle stratégie. Ils ont proposé à leurs clients de donner ce qu'ils voulaient : ils s'étaient vite aperçu que les cyclistes aux pneus dégonflés étaient prêts à donner beaucoup plus d'un dollar. Villemur-sur-Tarn, Silicon Valley... Evidemment, les contextes sont très différents. Un tout petit point tout de même : à Villemur, la confiance a disparu depuis l'an dernier... Confiance dans le patron, qui félicitait ses salariés un mois avant de leur annoncer la fermeture du site. Confiance dans la justice, qui n'a pas permis à leur combat d'aboutir. Confiance dans les politiques, traités de "bonimenteurs". Dans la Silicon Valley, les exemples des fondateurs de Yahoo!, Microsoft et Google, qui ont grandi ici, permettent d'envisager les échecs avec plus d'optimisme. A nouveau de la neige sur l'écran... Zapping direction le Luxembourg, comme une façon de tirer le bilan du G20 de la semaine dernière. On veut en finir avec les paradis fiscaux et le secret bancaire. Dans Les Echos : reportage dans les banques du Luxembourg. Il y a encore du travail. Un seul exemple... A 11 heures, boulevard Royal, la journaliste Martine Denoune a pris rendez-vous dans un établissement où l'on vous propose un compte discret. "Plutôt qu'un numéro, explique le vendeur, vous lui donnez un pseudonyme, le nom de votre choix. Votre identité n'entre pas dans le système informatique. Les relevés bancaires, on peut vous les délivrer lors de votre passage à l'agence. Pour plus de prudence, l'établissement est équipé d'un broyeur de papier". "Mettre fin au secret bancaire, explique un guichetier, c'est comme si l'on retirait son coeur à un homme". Zapping entre France et Allemagne aussi ce matin, dans la presse... "La victoire d'Angela Merkel aux élections, elle le doit d'abord à elle-même. C'est sur son nom que 'Mutti' a remporté les législatives", écrit Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. "Proximité du peuple, simplicité, modestie, pragmatisme, efficacité : les qualités de cette Chancelière, que tous les Allemands aimeraient avoir pour voisine, ont pesé lourd". Dans Libération, Laurent Joffrin relève un paradoxe. "La crise a montré la faillite d'un certain libéralisme. Mais l'autre grand vainqueur du scrutin, c'est le parti libéral. Les sociaux-démocrates ont connu leur plus bas score depuis la guerre. Car le troisième vainqueur, c'est le parti radical Die Linke. En clair, le parti social-démocrate, plombé par sa cohabitation avec la droite, a laissé grand ouvert un large espace à sa gauche. Pour bloquer le libéralisme, en Allemagne comme ailleurs, il faut une gauche unie et crédible. La social-démocratie allemande n'a pas su se renouveler. Ses hommes sont usés par un trop long accommodement avec l'ordre des choses". Retour à Calais, six jours après le démantèlement de la "jungle"... C'est dans La Croix. Confirmation que l'opération n'a servi à rien. Ils sont toujours là, les migrants, disséminés dans Calais et ses environs : dans les dunes, sur le bord de mer, en plein centre-ville le long des rues... Ils se sont déjà réorganisés. "On ne sait pas encore les identifier, dit un responsable d'association, mais la mafia, elle, n'a pas de mal à les retrouver. C'est tout le paradoxe : plus on les éloigne, plus on les isole, plus on les met dans les mains des passeurs". Après l'opération de mardi dernier, La Croix donne les chiffres. 150 majeurs interpellés. 130 dans des centres de rétention loin de Calais. Mais 60 ont déjà retrouvé la liberté : la justice a annulé les procédures. "Situation normale, dit-on au ministère de l'Immigration. Chaque année, 30% des placements en rétention sont annulés par le juge : les procédures sont très techniques". Reste le sort des mineurs. 125 placés dans des foyers. Une vingtaine ont déjà fugué. Beaucoup d'autres mineurs ne veulent pas retourner dans la "jungle" ou équivalent : ils sont traumatisés par leur vie dans ces campements. Mais leur situation reste très précaire. Les autres titres de la presse, Bruno... "Mauvais film pour Polanski" : c'est à la Une de Sud-Ouest et de beaucoup d'autres journaux. Le cinéaste a été arrêté hier en Suisse. La justice américaine avait lancé un mandat d'arrêt pour une affaire de moeurs vieille de trente ans. Il est placé en détention provisoire, en vue d'une extradition. La jeune femme mineure avec qui il avait eu des relations sexuelles en 1977 dit vouloir elle-même abandonner les charges. Bernard Kouchner, est-ce que la France va demander la libération de Polanski, qui est un citoyen franco-polonais ? (...) Les autres Unes de la presse... "Le sondage qui accuse", dans L'Humanité... 63% des Français refusent l'imposition des indemnités pour accident du travail. L'Huma a commandé un sondage à l'institut IFOP. Et puis les étudiants de l'enseignement supérieur sont nuls en orthographe. "Zéro pointé aux diplômés", titre Le Parisien-Aujourd'hui. L'ortographe est devenue un critère de sélection pour certains employeurs. Des IUT remettent la dictée au programme. Allez... Nous avons commencé avec le "Zapping". Terminons par là... Cela fait donc vingt ans que l'équipe de Patrick Menais condense la télévision chaque jour sur Canal+. Rétrospective des vingt ans, à partir de ce soir. "La télévision n'a pas de mémoire : on la regarde, on l'avale et on l'oublie", expliquent Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos dans Libération. "Le travail du zapping, c'est de faire durer ce qui ne dure pas, nous remettre en mémoire ce qu'on a effacé d'un coup de télécommande". Les applaudissements, par exemple, en fond sonore, quand le militant de Tian An Men s'est dressé face aux chars en 1989. Vingt ans plus tard, Pékin célèbrera jeudi les 60 ans de la Chine maoïste, avec un dispositif policier plus important que pour les Jeux Olympiques. Pas grand-chose n'a changé après toutes ces années de zapping. La télévision non plus. Le Parisien nous rappelle que TF1 va ressusciter "Tournez Manège !" à partir de ce soir. C'est Cauet qui animera l'émission. On va donc à nouveau faire croire à des gens en mal d'amour qu'on peut trouver Cendrillon ou le Prince charmant à la télévision. Comme on dit à l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn : "Les baisés, comptez-vous"...

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