Patrick COHEN : A la Une, ce matin : France, terre d'asile et de polémiques... Bruno DUVIC : Il s'appelle Adama. Il est Malien. Il a 38 ans. C'est un ancien sans-papiers de Bondy. Il vit en France. Et il raconte son histoire à La Croix... "Je suis venu en France en 2001, avec un visa touristique. Une fois ce dernier expiré, je n'ai pas quitté le territoire, et j'ai fait venir mon fils en payant un passeur. Après six ans de cache-cache avec la police, une circulaire a permis aux parents étrangers de se faire régulariser. J'ai aujourd'hui un titre de séjour d'un an, et je suis agent d'entretien. Bien sûr, c'est dur de mettre entre parenthèses sa propre progression - j'ai un master d'anglais -, mais ça vaut le coup. Donner le meilleur pour ses enfants, c'est le voeu de tout parent. En cela, la France m'a beaucoup aidé. Mon fils suit une bonne scolarité, avec les mêmes droits que les autres enfants". France, terre d'asile... France, terre d'accueil... Oui, à en croire La Croix, qui reprend les chiffres de l'immigration : naturalisations : +15% cette année ; autorisations de séjour : +10%. Mais pour combien de temps ? Question alors que le projet de loi Immigration (le troisième en sept ans) arrive à l'Assemblée. Patrick COHEN : "Devenir Français, ça se complique", titre le quotidien Métro... Bruno DUVIC : Libération passe en revue les mesures qui fâchent : la déchéance de nationalité, l'interdiction de retour sur le territoire européen, les expulsions pour "abus de court séjour" à destination des Roms, la durée de rétention en hausse, ou encore un moindre accès au juge des libertés. Beaucoup de commentaires très sévères, on va le voir. Une partie de ces mesures ne font que transposer dans le droit français des décisions prises au niveau européen. Dans Le Parisien-Aujourd'hui, il y a une longue interview d'Eric Besson qui, comme toujours, assume en bloc. Il s'adresse aux lecteurs du journal. Extraits choisis... Les campements de Roms : "L'idée que, parce que vous êtes 200, vous allez occuper illégalement un terrain de force, est inacceptable. Le lien entre ces campements illégaux et la délinquance a été établi par le ministère de l'Intérieur". Un lecteur lui demande si le lien entre immigration et identité nationale n'est pas source de confusion. Réponse : "L'accès à la nationalité est l'issue normale du parcours d'immigration. Nous devons cultiver la fierté d'être Français. Si mon ministère peut être une machine à fabriquer de bons Français, je serai très heureux". Eric Besson fait bien de prononcer lui-même le plaidoyer pour son texte, car il ne trouvera pas beaucoup de satisfecit dans les éditos. Il y en a énormément sur le sujet, ce matin. Là encore, extraits choisis... Olivier Picard, Les Dernières Nouvelles d'Alsace : "Plus encore que les procédures d'expulsion et de rétention, c'est leur affichage qui ouvre la voie à une société divisée. Le sujet est légitime, mais il est submergé par la peur. Comment légiférer positivement dans ces conditions ?". Pour Jean-Claude Souléry, dans La Dépêche du Midi, "par temps de crise, la tentation est grande de réviser à la baisse ce qu'on appelle toujours 'les droits de l'homme'". Conclusion provisoire dans La Croix : "Le gouvernement estime qu'une majorité de la population le suit dans son contrôle musclé de l'immigration. Mais il prend le risque d'alimenter les rejets. Or, son rôle n'est-il pas de favoriser la cohésion ?". Alors qui pour s'opposer concrètement à Eric Besson et faire des contre-propositions ? Le Monde relève qu'au PS et dans les associations, derrière l'indignation, c'est le flou doctrinal. Toujours dans Le Monde, il y a un homme qui a un regard fataliste sur ce sujet. Il s'appelle Keita. Il est Malien, et vit au Mali. Son métier, à Bamako, c'est d'accueillir les expulsés à l'aéroport. La première chose qu'ils lui demandent tous à la descente de l'avion, c'est comment repartir. Patrick COHEN : Avant d'en revenir à la politique, petite pause... Vous nous proposez un bain de mer ? Bruno DUVIC : C'est une information pêchée sur LePoint.fr... Au large du Croisic, en Loire-Atlantique, on va essayer de produire de l'électricité grâce aux vagues. Pas aux courants marins, mais bien aux vagues. C'est ce qu'on appelle "l'énergie houlomotrice". Premier essai grandeur nature en France. D'autres sont menés ailleurs dans le monde. Toujours selon Le Point, l'énergie des vagues sur les côtes de France pourrait à elle seule subvenir aux besoins en électricité du pays. Encore faut-il que la technologie soit au point. Patrick COHEN : Autre sujet de controverse : l'affaire Woerth... Bruno DUVIC : Avec l'immigration, c'est le sujet en tête des hits-parades des éditos ce matin... "J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous, Monsieur le Ministre. Par laquelle voulez-vous que je commence ?" : extrait de l'édito de Jacques Guyon, dans La Charente Libre. Il résume ainsi l'intervention du procureur général près la Cour de Cassation Jean-Louis Nadal, hier : "pas de Cour de Justice de la République pour le ministre". En revanche, il appelle à la nomination d'un juge indépendant dans ce dossier. "La démonstration de l'utilité du juge d'instruction est faite", écrit Michel Lépinay dans Paris-Normandie. "Les conditions semblent enfin réunies pour que la vérité sorte", applaudit Gilles Debernardi dans Le Dauphiné Libéré. Sauf que, relève Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne, c'est "procureur contre procureur. C'est au procureur de Nanterre, Philippe Courroye, de nommer ce juge, et pour l'instant il s'y refuse". C'est "le bien-nommé Courroye", écrit Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées… autrement dit, courroie de transmission des ordres du pouvoir. "Pourquoi diable le pouvoir voudrait-il retarder la mise en oeuvre d'une enquête indépendante ?". Yves Harté avance une réponse dans Sud-Ouest : "Parce qu'il est à craindre, pour le Président de la République, que, dans une porte dérobée de ce labyrinthe judiciaire, de libres investigations puissent découvrir un financement illicite d'une campagne électorale". Patrick COHEN : Quoi d'autre dans la presse ? Bruno DUVIC : L'immobilier... "Hold-up d'Etat sur les HLM", titre L'Humanité ce matin. En ces temps de rigueur, le gouvernement va imposer une taxe supplémentaire aux organismes HLM. "L'Etat fait les poches du logement social", selon L'Huma. Autre regard dans La Tribune : enquête sur certains de ces organismes HLM, appelés les "dodus dormants"… "Dodus", parce qu'ils ne manquent pas d'argent... "Dormants", parce qu'ils ne l'utilisent pas pour leur mission : le logement social. Selon le secrétaire d'Etat au Logement, 15% des organismes seraient concernés. En dehors des HLM, peut-on encore se loger à des prix raisonnables à Paris ? Non, répond Le Monde à sa Une : la classe moyenne est chassée de Paris. Le prix moyen du m² y frôle les 7.000 €. Patrick COHEN : Et la rubrique Culture des journaux a un petit côté vintage, ce matin... Bruno DUVIC : Neil Young est de retour : interview dans Le Figaro... Son nouvel album est plus abrasif, nous dit le quotidien, qui a l'air d'avoir aimé. Vogue, magazine référence dans le monde de la mode, a 90 ans.. Numéro spécial et portfolio très porno chic, en kiosque à partir d'aujourd'hui. Et puis, dans Le Monde, un trésor : des photos inédites de Robert Capa... Elles sont exposées à New York. Elles concernent à nouveau la guerre d'Espagne, qui a fait la réputation mondiale de Capa. Et elles ont une histoire. En 1939, le photographe fuit la France pour les Etats-Unis. Dans la panique, il laisse dans son studio parisien toute son oeuvre, dont trois boîtes de négatifs qui, par des détours mystérieux, aboutissent chez un général mexicain. La légende de la valise mexicaine de Capa est née. Il s'agit en fait de trois boîtes qu'un héritier du général a données à un musée de New York. On y trouve donc de nouvelles images de la guerre d'Espagne, et notamment des réfugiés au camp français d'Argelès. Dans ces boîtes, les spécialistes de Capa espéraient trouver le négatif de sa photo la plus célèbre : le milicien républicain tombant sous une balle franquiste. Il n'y est pas. Cette photo a-t-elle été prise sur le vif de la guerre, ou était-ce une mise en scène ? Le mystère reste entier. A moins que le général mexicain l'ait emporté au ciel pour l'offrir à ce soldat républicain devenu le symbole de la guerre d'Espagne...

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