Dans le million de morts du Covid, la Croix se souvient de trois médecins et d'une infirmière. Dans le Figaro, le Point, Valeurs actuelles, se disent l'amitié qu'inspirait Denis Tillinac, mais aussi ce qu'une droite qu'on dira "réactionnaire" lui devait. un Smic à 4000 euros à Genève, le Dauphiné célèbre une votation.

On parle d'un amour...

Qui est une petite flamme tenace dans le cœur d'Albéric, 91 ans, que j'entrevois dans un bon et doux reportage de Libération sur un Ehpad breton quand le Covid revient, mais Alberic n'a que faire de l'actualité et d'une maladie, quand tout près de lui Rollande l'a oublié..  Rollande sa femme sa fusion sa complice, elle est comme lui pensionnaire des Jardins du Castel à Châteaugiron en Ile-et-Vilaine, mais elle est hospitalisée dans l'unité des maladies neurodégénératives, et la maladie l'emporte.

"Je l'ai gardée chez moi chez nous pendant quatre ans, la dernière fois que j'ai pu aller la voir elle ne m'a pas reconnu", dit Albéric, il est vêtu d'une chemise bleue, du pantalon des dimanches, et de pantoufle, il pleure, même au plus fort du premier Covid il allait encore voir Rollande, un apéro le dimanche soir, ça lui suffisait, mais elle ne sait plus qui il est.

"Voilà mon vrai calvaire. L'amour de Rollande est une chose que je n’accepterai jamais de perdre. "... 

Et au milieu d'autres, c'est Alberic qui nous dit, mieux que personne que la maladie ne nous borne pas... 

Il est en vérité sur le covid deux journaux à lire ce matin... Libération, donc, et la Croix, qui d'un chiffre écrasante à sa une la maladie a fait un million de morts, va chercher des destins de héros tombés au champ d'honneur de la maladie.

Li Wenliang qui avait donné l'alerte en Chine, 

Roberto Stella qui soignait son prochain à Busto Arsizio en Italie et le soignait sans masque ni visière, nous n'y étions pas encore.

.James Mahoney qui avait affronté toutes les maladies à East Flatbush, quartier noir et pauvre de New York,  et dont le nom sera donné à une bourse pour étudiants en médecine afro-américain, 

Esthela Yessenia Torres Rodriguez, infirmière de Ojacaliente au Mexique, dont le corps disparut après sa mort, incinéré sous une mauvaise identité, nul n'avait oser soulever son linceul à sa mort de peur d'être contaminé.

Des soignants sacrifiés, de la famille des médecins hospitaliers de Marseille qui dans la Provence avertissent leurs concitoyens qui se dressent contre les restrictions sanitaires, eux, à l'hôpital, commencent à être débordés, va-t-on les entendre ou la révolte des politiques et des cafetiers sera-t-elle plus forte? 

Dans l'Opinion, le chroniqueur désabusé Eric Le Boucher s'interroge sur la popularité en hausse du président brésilien Bolsonaro  en dépit des morts du Covid dans ce pays où le chef d'Etat affrontait la « grippette » sans masque mais « en homme merde » : "j'avais pensé que la bravade idiote  et l'incompétence crasse allaient forcément se transformer en sanction des électeurs", erreur, Bolsonaro est récompensé d'avoir préféré l'économie à la santé, est ce transposable chez nous? Ces français qui réagissent comme des brésiliens accepteraient-ils le double de morts -Le Boucher met au défi les maires de Marseille et Paris , de parler franc. 

On parle aussi d'un écrivain...

Qui parlait franc et parlait de la de France et de son monde peuplé de Corrèze, du général, de son ami Chirac, de rugby de nostalgie intense, et qui  au début de ce mois, revenant d'une église où l'on avait baptisé une nouvelle cloche, écrivait une ode à ce qui ne sera plus...  "On visitera les vestiges de cet ancien monde où les vivants n'en finissaient pas de dialoguer avec leurs antécédents.  Dans le nouveau monde, qu'ils soient morts ou vifs, ils sont seuls au monde, dos au mur face à un précipice" écrivait Denis Tillinac dans une de ses dernières chroniques pour Valeurs actuelles, que le journal remet en ligne sur son site.  Denis Tillinac est mort entre vendredi et samedi mais c'est ce matin que son départ prend toute sa dimension, affective et politique, on lit ce qu'une droite, on la dira réactionnaire pour simplifier, devait à cet homme qui l'incarnait, et on lit aussi bien des mots d'immense amitié... 

Le numéro deux du Point Sébastien le Fol, se souvient de Tillinac croisé dans une librairie du quartier latin, lui disant, tu as de bonnes lectures fils, en voyant ses emplettes, le journal de Barbey d'Aurevilly, et Monsieur Phocas de Jean Lorrain, deux auteurs du XIX e siècle que lui Tillinac avait édité, et l'aîné était devenu un temps le mentor du jeune homme... 

Le Figaro met Tillinac à sa Une et -serez-vous étonné- l'accompagne des mots tendres d'Eric Neuhoff. 

"Les mots, il dribblait avec. Les églises romanes le touchaient au coeur. Pour lui les stades étaient des cathédrales. Provincial et parigot, son temps se partageait entre Auriac et la rue de l'Odéon. Denis Tillinac avait tout de suite su qu'il ne serait pas un adulte. il ne croyait pas aux mensonges des grandes personnes. La France était sa cour de récréation."

C'est en pensant à Denis Tillinac, que je lis dans Ouest France qu'en Normandie, un prêtre pour remplir l'église a organisé hier une bénédiction des cartables. C'est en pensant à Tillinac que je lis dans l'Yonne républicaine qu'un autre prêtre a consacré une biographie à Saint Edmé, un archevêque anglais qui fuyant son roi était venu chez nous, dont le corps repose en la cathédrale de Pontigny, ce saint, né  Edmund d'Abingdon, "dégageait l'amitié" pour les siens et Jésus. 

C’est en pensant encore à Tillinac que je lis dans l’Equipe la solidarité et l’amitié de l’équipe de France de cyclisme, et les souvenirs de Julian Alaphilippe, enfant d’une cité de Saint-Amand Montrond qui aimait la vériété française…

C'est toujours en pensant à Tillinac que je lis la mésaventure arrivée à un bois de sa chère Corrèze, pas loin de Tulle, sur la commune de Saint-Paul que raconte Bastamag en ligne... Il y a deux ans, septembre 2018, une association ayant vu dans ce bois une biodiversité rare, avait levé des fonds pour l'acheter et la préserver. La gendarmerie et les renseignements territoriaux ont averti la commune contre  l'arrivée d'activistes anarchistes écologistes qui allaient amener des nuisances... L'association 'a pas acheté le bois, il est, si j'en crois les photos, rasé. Qu'en irait Denis, lui qui n'aimait guère les écolos des villes hostiles au Tour de France. 

On parle aussi de viande...

Et je me demande encore ce que Denis Tillinac en aurait dit, qui regrettait le temps de la bonne chère, en voyant que Ouest-France relance le lundi vert sans viande,  opération tentée sans grand succès l'an dernier, on recommence pourtant en voulant favoriser les légumineuses,  ce serait bon pour la planètes si nous renoncions au carné une fois par semaine... Je lis dans "The conversation" que le lundi vert, suivi par les français, serait plus favorable qu'une diminution de 20 km/h de la vitesse maximale autorisée sur les routes. Tentés? 

A la Une du Dauphiné je vois qu'en Suisse, c'était hier un jour de votation populaire (le site du Temps rend compte de toute la richesse de cette démocratie). A Genève, le peuple a instauré un salaire minimum de plus de 4000 francs suisses, près de 4000 euros mensuels. En-deça on ne pouvait pas vivre, disaient ses promoteurs... Heureuse ville, fier pays.

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