Le coup de pouce de Dominique de Villepin au pouvoir d'achat... L'université d'été du MEDEF... Les suites de celle du PS... Le retour d'Alain Juppé... Pas de doute : l'année qui commence est une année électorale majeure... L'année électorale a commencé... Situation que la presse valide ce matin. A commencer donc par les mesures du Premier ministre... "Un Premier ministre qui découvre la vie chère", ironise "Libération", pour qui il n'y a pas de doute : "le gouvernement multiplie les petits cadeaux pré-électoraux". Approche tout à fait différente dans "Le Figaro", où l'on écrit : "Priorité aux ménages modestes"... "Le Figaro" qui estime que "Dominique de Villepin a le souci d'apporter une réponse à la question du pouvoir d'achat". Année électorale : le chef du gouvernement dit lui-même qu'il entend rester dans l'action à Matignon jusqu'au dernier jour... A ses yeux, explique "Le Figaro", l'action de son gouvernement et la figure de Jacques Chirac sont autant d'atouts pour la majorité dans cette compétition. Ah oui, ça c'est une rentrée en fanfare que le Premier ministre a sonné hier, reprend Patrick Fluckiger dans "L'Alsace". Il s'est présenté tout sourire sur TF1, avec une corbeille de friandises... Noël en août, en quelque sorte. "Ah oui, il met le paquet", ajoute Jean-Louis Gombeaud dans "Nice Matin"... La prime pour l'emploi équivaudra, l'an prochain, à un treizième mois, un SMIC mensuel net supplémentaire, rappelle notre confrère qui, au passage, avertit : attention : on pourrait bien en arriver à un système pervers où on irait travailler, + pour toucher sa prime que son salaire. Pire encore, selon "L'Humanité", cette prime pour l'emploi joue en fait contre les salaires. Parce que cette hausse exonère le patronat et ses responsabilités, affirme "L'Humanité". En clair : il s'agit de pousser les salariés à accepter des emplois mal payés, souvent précaires, moyennant une petite compensation versée par l'Etat. Et pour étayer sa thèse, "L'Huma" rappelle ce que révélait l'économiste Patrick Arthus hier, dans "La Tribune" : selon lui, le regain de consommation des ménages, moteur de la croissance comme chacun le sait, ne repose pas sur l'évolution de leur pouvoir d'achat, mais sur leur épargne. Bref : "poudre aux yeux", si l'on en croit "L'Humanité"... Manoeuvre électorale. En un mot comme en cent : "Villepin arrose", écrit Jean-Michel Thénard dans "Libération". Et puis il y a la polémique sur les chiffres : les statistiques officielles ont beau jurer le contraire, beaucoup de Français ont l'impression que leur pouvoir d'achat rétrécit... Or, la question a ce point commun avec l'insécurité, que c'est moins la réalité des chiffres qui importe, que leur ressenti. Chiffres officiels et autres chiffres... C'est l'enquête de "60 Millions de Consommateurs" qui met ce décalage en lumière, avec une étude qui révèle que, sur un an, le pouvoir d'achat n'a pas progressé de 2%, comme l'affirme l'INSEE, mais de 0,9%. Eh oui : tout est question de curseur, explique François-Xavier Pietri dans "La Tribune". La seule certitude, ajoute-t-il, c'est que lorsqu'on interroge les Français, ils s'estiment plus pauvres aujourd'hui qu'hier, rattrapés par la hausse des prix, alors même que les salaires n'augmentent pas, ou si peu. Quoi qu'il en soit, surtout ne rien lâcher, rester dans l'action jusqu'au bout, pour ne pas laisser la moindre prise aux adversaires ou aux concurrents, analyse Gilles Dauxerre dans "La Provence"... Ainsi, le Premier ministre s'emploie-t-il, jour après jour, à rendre plus présentable l'action du gouvernement, tout comme Jacques Chirac le fait sur le terrain de la politique étrangère... Et les sondages le confirment, faisant même rêver ceux qui imaginent une nouvelle candidature du Président à l'Elysée l'an prochain... Alors, sursaut ou embellie ?... Le tandem Chirac-Villepin roule encore, conclut Gilles Dauxerre. Enfin, le tandem... A voir... Et s'il y avait un troisième homme... Oh ! Probablement pas candidat, mais avec une présence importante dans la campagne. Un certain Alain Juppé, revenu hier à la mairie de Bordeaux, un peu comme on rentre chez soi après un long voyage... Un peu comme à quelqu'un à qui on aurait prêté son appartement, on lui dirait : "Je rentre !... T'es gentil, mais dans un mois tu pars !" "Bien sûr", répond celui qui a bénéficié de l'appartement durant tout un an, et qui en est reconnaissant. Ainsi donc, le conseil municipal de Bordeaux a démissionné en bloc, afin de pouvoir organiser une élection anticipée, offrant ainsi à Alain Juppé l'occasion de retrouver son siège de maire... Une attitude dénoncée par l'opposition municipale, qui parle de "fait du prince"... Tonalité qu'on retrouve dans les journaux, ce matin... Dans "Libération" par exemple, avec ce titre : "Le hara-kiri de l'UMP au bon vouloir de Juppé"... Ou se commentaire de Michel Vagner dans "L'Est Républicain", qui écrit : "Faire démissionner 49 élus pour le bon plaisir du 50ème, qui a purgé sa peine : la méthode semble d'un autre âge... La démocratie n'y aura rien gagné, la politique non plus". "En tout cas, on imagine mal Alain Juppé se satisfaire de Bordeaux, même s'il aime cette ville, car l'homme est hyperactif et n'a pas renoncé à un destin national", estime Hervé Chabaud dans "L'Union"... "Oui, enfin, l'ancien Premier ministre devra aussi démontrer que son apport aux débats reste aussi essentiel que certains veulent bien le dire ou le faire croire", ajoute Jean-François Montémont dans "Le Courrier Picard"... Ainsi est commentée, dans les journaux, cette "tentation de Bordeaux", comme le titre "La Croix". Année électorale... Ca n'a pas échappé non plus au MEDEF, qui place bel et bien son université d'été sous le signe de la Présidentielle... Et toujours avec ce goût consommé de la formule, que les faits, quelquefois cruels, ne confirment pas... Ainsi, l'organisation patronale voulait-elle "réenchanter le monde", l'an dernier, nous rappelle le JOURNAL "Le Monde"... Cette année, le MEDEF veut "concilier l'inconciliable". Et c'est bien en choisissant ce thème que les patrons entrent de plain-pied dans la période électorale, avec une volonté de "sortir des camps retranchés", pour reprendre le credo de Laurence Parisot, qui accorde un entretien, ce matin, au journal "Les Echos", dans lequel elle explique "qu'il faut arrêter de faire croire aux Français qu'on peut barrer la route à la mondialisation, et qu'il serait également désobligeant, de la part des futurs candidats, de croire les électeurs rétifs au changement". Alors la présidente prévient que "le MEDEF sera très présent pendant la campagne électorale, pour décrypter les programmes, et qu'il traquera toute approche dangereuse pour l'économie du pays". D'ailleurs, pour Laurence Parisot, c'est clair : les politiques ne comprennent rien à l'entreprise... Enfin, elle le dit de façon moins directe... Elle dit : "Nos politiques ont du mal à travailler avec l'entreprise... Ceux de gauche le savent, et parfois même en sont fiers... Ceux de droite, souvent, l'ignorent". Il n'empêche, pour "L'Humanité", on prend les mêmes et on recommence... "La droite applaudit une fois de plus le MEDEF... D'ailleurs, note Patrick Apel-Muller, c'est José Manuel Barroso qui frappe les trois coups du show patronal, confirmant pour qui roule sans façon la Commission de Bruxelles et son président... Et puis, en tête des visiteurs, cherchant l'onction, on trouvera Nicolas Sarkozy... On y verra aussi Jack Lang, rappelle Patrick Apel-Muller. Subversif ? On craint qu'il ne le soit guère, estime Patrick Apel-Muller... Rassurez-vous : avant la fin des travaux du MEDEF, la splendeur de la rentabilité à deux chiffres et la manifique incertitude de la précarité surgiront du chapeau". Année électorale... Pour l'instant, ce sont les socialistes qui tiennent le haut du pavé. Dans le genre "la pré-campagne a commencé", ils viennent d'écrire un chapitre supplémentaire à La Rochelle... Evénement commenté hier par les journaux... Evénement commenté encore aujourd'hui. Il faut dire qu'il y a du grain à moudre avec ce parti qui, au moins le mérite de mettre ses débats sur la place publique... Y compris ses querelles de personnes et autres joutes égotiques... Ce que "France Soir" appelle "le rubicube socialiste", où l'on parle déjà de rapprochements entre les différents candidats, poursuit le journal... Un casse-tête chinois qui promet d'intenses discussions... Le but de la manoeuvre étant de tenter de constituer des alliances solides et des sorties honorables. C'est un article qui se termine par cette phrase : "L'avenir le dira"... C'est vrai qu'on n'a pas vraiment le choix, et qu'on ne peut pas dire autre chose... A moins d'y mettre une touche d'ironie, comme le fait "Le Monde", dont l'analyse sur le sujet commence par cette phrase : "Il ne manque plus que le candidat". Le problème, pour le PS, c'est qu'il y a beaucoup de candidats à la candidature... Ségolène Royal en tête... Oui, mais. Deux jours après la fin de l'université d'été de La Rochelle, un épisode refait surface ce matin dans les journaux : le non-débat de Ségolène avec les Jeunes Socialistes. "Etoile fuyante, d'après ses camarades", comme le rappelle "Libération" dans son titre. D'où la question du même journal : "Fuit-elle la confrontation ?". "En tout cas, sa légèreté, pour ne pas dire sa désinvolture, écrit Hubert Coudurier dans "Le Télégramme"... Susciterait-elle un agacement grandissant dans l'opinion de gauche ?... Toujours est-il que son refus de débattre avec les Jeunes Socialistes, sa jubilation visible lors de son interview à France 2 le week-end dernier, ont été mal perçus... Encore faudrait-il, poursuit Coudurier, que les autres candidats à l'investiture cessent de se définir par rapport à elle". En attendant, la pilule a du mal à passer, dit-on du côté du PS... En témoigne, entre autres, cette tribune écrite par Sylvain Fournel dans "Libération"... C'est en page "Courrier des lecteurs"... Et voilà ce qui est écrit, sous forme de lettre ouverte : "Ségolène, chère camarade : de tous les candidats présomptifs à l'investiture, toi seule n'a pas cru devoir participer à un débat face aux Jeunes Socialistes... C'est regrettable. Tu as refusé un débat dont tu craignais probablement qu'il fût un piège. Et le piège que tu redoutes, c'est celui de la démocratie interne... Rugueuse parfois... Utile toujours. Or, poursuit l'auteur de la lettre, qui prétend affronter l'imprévisibilité de l'avenir en tant que Président ne peut craindre l'imprévisibilité des questions adressées par de jeunes militants". Voilà qui devrait apporter de l'eau au moulin de Lionel Jospin qui, selon "Le Monde", "tente de fédérer l'opposition à Ségolène Royal"... C'est d'ailleurs le titre du quotidien... Un Lionel Jospin qui a créé l'émotion ce week-end à La Rochelle, on le sait, en répondant à la question d'une Jeune Socialiste... Qui témoigne d'ailleurs dans "Le Parisien" ce matin. Elle s'appelle Mélanie, elle a 18 ans... Avant de poser la question, elle avait le trac, craignant qu'il ne la prenne mal... La suite, on la connaît... Mélanie raconte qu'après le discours, Jospin lui a fait la bise, et lui a avoué que sa campagne en 2002 était nulle. Bien. Revenons au discours proprement dit, prononcé avec des larmes, à tel point qu'on en oublierait presque le fond... Ce "devoir d'inventaire" que Jospin s'est appliqué cette fois lui-même... Oui, parce que les images restent, les paroles passent... Or, cette image de l'homme politique ému... Ce lacrymal épisode, Pierre Marcelle l'épingle dans "Libération", sous le titre "Ce qui compte, c'est les larmes"... L'éditorialiste écrit : "C'est que le mouillage de globe oculaire, au même titre que le spectacle médiatique et la petite phrase... C'est le registre que le cathodique exalte et exulte, et hors duquel la chose publique est en passe de devenir définitivement inaudible. Comme si, d'un discours éminement politique, ne devrait être retenu qu'une émotive expression, dont chaque citoyen serait invité à mesurer, à l'aune de son intime intimité... La sincérité, la dissimulation ou l'incongruité". Lionel Jospin, à ses larmes défendant. Bonne journée. A demain.

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