(Patrick Cohen) : Dans la presse ce matin : la guerre, sans l'aime r *

La vidéo a été publiée sur You Tube lundi dernier par des activistes syriens, selon le Washington post , filmée la veille à Zamalka près de Damas. On voit d'abord un petit garçon dans les bras d'un homme. Puis on va chercher un autre homme, au bord de l'évanouissement. C'est son fils qu'on vient de retrouver. Il le pensait mort dans les bombardements du 21 août. Cette vidéo qui a quelque chose d'obscène tellement elle vous attrape le ventre est diffusée ce matin sur le Huffington Post .

Ainsi va la guerre en Syrie, entre rafales d'émotion et moment de réflexion.

Ce matin, tout le monde a « Le doigt sur la gâchette » comme le titre Midi Libre . Et dans Le Parisien-Aujourd’hui en France , un Français expatrié à Damas raconte le climat dans la ville. La fuite des habitants, la frontière libanaise que l'on dit saturée… Et ceux qui restent, terrés chez eux, devant les chaines d'info en continu.

"En début de semaine, dit cet expatrié, les gens ne croyaient pas à une attaque. Maintenant, ils ont compris, il y a eu une prise de conscience brutale. Les télés décrivent par le menu le potentiel de l'armada américaine. Pas de rush particulier dans les magasins, la vie est devenue trop chère. Les autorités ont commencé à évacuer les zones d'habitation près des casernes. Des mouvements de troupes sont visibles. On entend des messages à caractère patriotique mais les habitants ne sont pas dupes, ils connaissent le rapport de force."

Pour ou contre la guerre ? Les journaux prennent parti ce matin

On sait que l'UMP est divisée. Eh bien Le Figaro prend parti contre la guerre ce matin, via l'éditorial d'Yves Thréard.

« La guerre pour quoi faire ? (…) Quelques tirs de missiles n'éclairciront pas le paysage. Ils mettront plus surement le feu aux poudres dans une région où la haine ne demande qu'à s'exprimer. (…) Quant aux ressortissants américains, britanniques, français, ils seront partout en danger. (…) Au Moyen-Orient, la pire des armes de l'Occident s'appelle la force. Elle le conduit toujours à sa propre punition. »

De l'autre côté de l'échiquier, on citait hier l'édito de L'Humanité , contre la guerre également. Et qui récidive ce matin. Jean- Paul Piérot insiste sur l'absence de légalité internationale de l'intervention, comme en Irak il y a dix ans. Mais il y a dix ans, la France s'était abstenue.

Dans La Croix , aussi, on trouvera des arguments contre une intervention. Le journal rappelle la doctrine du Vatican sur « la guerre juste ». Il y a sept conditions à une guerre juste. Une seule est remplie en Syrie : la cause juste. Mais pas d'autorité compétente, pas d'intention claire, et on n'a pas épuisé tous les recours. L'évêque aux armées Mgr Ravel ajoute un élément : « Comment distinguer les civils quand n’importe qui a une Kalachnikov et que des femmes peuvent se révéler combattantes ? »

On le voit, malgré l'émotion suscitée par les attaques chimiques, il n'y a pas d'union sacrée dans la presse. D'ailleurs l'opinion elle même est divisée. 59% des personnes interrogées par l’Ifop pour Le Figaro sont défavorables à un engagement de la France.

Quels journaux prennent parti pour une intervention ?

Le Parisien , éditorial de Matthieu Croissandeau, qui n'ignore par les risques de l'intervention. « Pourtant cet avertissement envoyé à Assad est devenu inévitable. Parce qu'il en va désormais de la crédibilité des grandes démocraties occidentales, parce qu'il en va surtout de la survie d'un peuple. »

Dans Le Nouvel Observateur , Laurent Joffrin est sur la même ligne. Et à ceux qui rappellent les échecs en Irak et en Afghanistan, il répond par d'autres exemples. Les occidentaux se sont abstenus d'intervenir au Rwanda alors que l'ONU était sur place. 800.000 morts.

A l'inverse, en ex-Yougoslavie les interventions ont abouti à une situation nettement meilleure que celle qui prévalait auparavant.

Pour un regard sur la presse européenne, je vous renvoie à la revue de presse internationale d'Alex Taylor à 7 heures moins dix (du lundi au jeudi dans le 5/7 de France Inter). Ce matin, Alex soulignait la très grande réticence de la presse britannique, droite et gauche confondues.

Et il relevait cette information de Bild , le journal allemand, le plus lu en Europe, pas forcément le plus fiable. Selon Bild , c'est Maher al Assad, le frère de Bachar, commandant de la garde présidentielle qui aurait ordonné l'attaque chimique sur un coup de colère.

Dans la presse également : « l’hebdonomètre »

Oui le grand concours chaque semaine... Quel hebdomadaire fera la Une la plus bas de gamme avec un marronnier sur les Francs maçons ou un titre politique vaguement provoc ?

On attribuera la palme de semaine au Point . François Hollande en couverture et ce titre : « Inspecteur gadget ».

Comme souvent, l'article en page intérieur, signé Anna Cabana et Michel Revol est plus subtil.

Il est parsemé de confidences selon lesquelles le président serait tendu, moins sympa qu'avant, Pépère c'est fini, il prêt à dégainer un SMS rageur à chaque couac de ses ministres. Un président qui a une double obsession : que le frémissement de l'activité se transforme en vraie reprise et l'inversion de la courbe du chômage.

Inverser la courbe du chômage, à quel prix ? Dans Le Parisien , coup de gueule du directeur du travail de Seine-Saint-Denis. Les objectifs fixés en termes de contrats aidés sont inatteignables. Pour les emplois d'avenir par exemple, l'objectif est de plus de 2.700 cette année. Moins de 700 contrats avaient été signés début août. Les communes et les associations n'ont pas les moyens de suivre.

Quoi d'autre dans la presse ?

Le reportage du jour est dans Le Monde . Philippe Bernard est allé dans l'Utah, aux Etats Unis où sera inauguré cet automne un nouveau centre d'interception de la NSA, les grandes oreilles des USA. C'est un monstre de 100.000 mètres carrés capable de conserver un volume de données équivalent à plusieurs siècles de l'actuel trafic mondial d'Internet.

Allez pour respirer un peu, des souvenirs... (extrait de la bande originale d’Amarcord , de Federico Fellini)

Il en laissé des chefs-d’œuvre, le réalisateur italien. Mais il reste un film secret de Fellini, jamais tourné - trop cher et le maestro était malade - mais le scénario existe. Le Nouvel Observateur en publie des extraits. C’est l’histoire d'un violoncelliste, qui, après un accident d'avion se retrouve dans une sorte de purgatoire. L'extrait publié par L'Obs , c'est une grande cérémonie de remise de prix : une foule incroyable, des limousines, des dames couvertes de bijoux, des gentilshommes en frac au pied d'un palais. Et cette scène diablement fellinienne...

« Un petit vieux au teint rouge, ému, monte l'escalier, le pas un peu branlant et entre dans le hall illuminé.

En haut, une belle femme l'accueille à bras ouverts, l'embrasse sur les joues, sur son crâne chauve, et plonge un instant le visage sec comme un pruneau de l'homme dans la tiédeur laiteuse de son décolleté. »

A demain !

* Clin d’œil au journal de bord de Bernard-Henri Lévy sur la guerre en Libye

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