(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : l'arbre et la pirogue

(Bruno Duvic) Expression africaine exhumée par Le Monde . Comment être à la fois ouvert aux courants du large (pirogue) et enraciné dans un terroir (arbre). Question reposée par l’affaire Alstom…

C'était il y a 15 ans. Renault prenait le volant de Nissan, Pernod Ricard avalait un concurrent britannique, PPR faisait ses courses chez Gucci et Sanofi installait ses paillasses chez l'Allemand Aventis.

Aujourd'hui, les Chinois sont chez Peugeot, Arcelor est sous pavillon indien et désormais, Alstom se trouve au bord du démantèlement.

En 15 ans, l'histoire s'est inversée, les Français n'ont plus la main constate Jean Marc Vittori dans Les Echos . Et il assortit le constat d'une remarque acide entendue dans les couloirs d'une grande entreprise : "Mais pourquoi t'obstines-tu à nous proposer des projets en France, alors qu'on gagne tellement plus d'argent, plus facilement, en Thaïlande, aux Etats-Unis ou au Brésil ?"

La France perd ses entreprises, elle perd aussi ses hommes ajoute Vittori. « Pas une semaine sans que l'on entende un ou plusieurs témoignages de départs à l'étranger de cadres dirigeants voire d'équipe entières comme dans la finance. »

Dans la série, « ça ne va pas la France », cet épisode Alstom ajoute une touche de gris au pessimisme ambiant.

Même les entreprises qui vont bien ont des envies d'ailleurs. « Cac 40, c'est le grand déménagement », titre Le Monde , en première page de son cahier éco. Publicis déménage son siège social à Amsterdam et juridique à Londres. Lafarge va transférer ses instances de décision à Zurich.

Pourquoi ? Il y a les chiffres froids exposés dans Le Monde .

Soit un salarié payé brut : 75.000 Euros par an. En comptant la fiscalité et les charges, il coûte 118.000 Euros à son entreprise en France. 89.000 à Londres.

Entreprises françaises croquées par d'autres ou parties voir ailleurs. Il y a des raisons stratégiques aussi pour Le Monde . Quand il s'agit de grandir, le grand vent de la mondialisation pousse au mariage ou au voyage.

Fiscalité, règlementation, croissance. A tous ces motifs de faire tamponner son passeport, Jean-Marc Vittori en ajoute un autre : « Le regard porté sur l'entreprise en France : elle est vue au mieux comme une poche inépuisable, au pire comme un ennemi. »

Les difficultés d'Alstom, pour Bertille Bayart dans Le Figaro , c'est encore un spasme des années de crise 2008-2009. « Dans l'industrie lourde, l'énergie, les contrats courent sur plusieurs années (ils garantissaient l'activité jusque là). C'est aujourd'hui avec décalage que le choc arrive. Finies les grandes commandes publiques, les centrales se vendent désormais par petites unités, payés à la livraison et non plus à la commande, la concurrence asiatique est devenue plus féroce et le marché de l'énergie est en pleine transition. »

Alstom n'a pas la taille critique, pas assez de capital pour affronter la concurrence. Question aux dirigeants européens qui n'ont jamais réussi à constituer cet Airbus de l'énergie dont on reparle aujourd'hui.

Questions aussi sur les incohérences des élites politiques et économiques françaises. Alexabndra Swartzbrod dans Libération décrit un « François Hollande tellement pétrifié à l'idée de laisser filer dans le giron américain une entreprise que son prédécesseur avait sauvé de la faillite qu'il mouille sa chemise au risque d'y laisser ce qui lui risque de crédit. (Un) Arnaud Montebourg qui se découvre soudain une fibre européenne et tente de faire entrer par la fenêtre l'allemand Siemens sorti sèchement par la porte au début des années 2000. Et un Martin Bouygues, premier actionnaire d'Alstom soutenu à bout de bras par le gouvernement dans le dossier SFR aujourd'hui cloué au pilori"

Dans Le Canard enchainé , un aveu stupéfiant d'impuissance

Dans l'affaire Tapie, deux des trois arbitres qui avaient attribué le pactole à Bernard Tapie ont été entendus par les juges. A en croire Le Canard , l'un des trois, l'avocat Jean Denis Bredin a bien dû concéder une certaine légèreté :

« Je me reproche un peu de ne pas m'être mieux informé et de ne pas avoir su tous les gens qui entouraient l'affaire. » Jean Denis Bredin reconnait que l'essentiel du travail a été fait par l'ancien magistrat Pierre Estoup. Le troisième juge, Pierre Mazeaud a été content de trouver un arbitre qui acceptait de faire beaucoup de travail.

Estoup a rédigé 92 des 94 pages de la sentence arbitrale. Les deux pages restantes, Jean-Denis Bredin admet qu'il les a écrites avec une note qu'Estoup lui avait préparée.

Quant aux chiffres avancés par les avocats de Bernard Tapie, ont-ils cherché à les vérifier ? "Je n'avais jamais vu des sommes pareilles (…) Nous n'avons pas rendu une très bonne décision"

Quoi d'autre dans la presse ?

Quand la discrimination positive n'est plus obligatoire, les effets se font rapidement sentir. Le New York Times publie une étude sur les états américains où l'appartenance à une minorité ne fait plus partie des critères d'entrée à l'université. A Berkeley, la grande université de Californie, il y avait 23% d'hispaniques au début des années 90. 11% seulement au début des années 2010. Alors que la communauté avait grossi entre temps. C'est à lire sur le blog du Monde « Big browser » et alors que le débat le maintien ou non des mesures de discrimination positive se développe aux USA.

France télévision doit diffuser le débat entre candidats à la présidence de la commission européenne le 15 mai. Tribune d'une pléiade d'Eurodéputés sur le HuffingtonPost . Ils jugent inadmissible que le service public audiovisuel refuse par principe de diffuser un débat aussi important.

Les espoirs minuscules des enfants de Gilberto Rodriguez Leal, l'otage français au Mali dont la mort a été annoncée par le groupe qui le détenait. Aucune confirmation officielle. Le communiqué n'est pas authentifié, « rien ne prouve que notre père est mort. Il nous reste un infime espoir ». C’est à lire dans Le Parisien

Et puis un classique, mais pas tout à fait quand même… Des jeunes qui se trémoussent dans une imitation du clip de Pharell Williams Happy. Ca nous a occupés tout l'hiver, des villes de France aux grandes capitales mondiales. Un de plus donc. Mais celui-ci repéré par Armin Arefi sur lepoint.fr est particulier : ca se passe sur les toits de Téhéran. Sept jeunes artistes sont derrière et devant la caméra. Les filles ne sont pas voilées, elles dansent avec les garçons. Ailleurs, c'est sympa comme tout. A Téhéran, c'est braver un interdit et risquer le fouet. D'ailleurs les sept reconnaissent qu'ils ont tourné le clip la peur au ventre et certaines scènes en intérieur. Il fallait aussi se protéger des voisins espions et délateurs. La musique pop n'est pas toujours aussi légère qu'on le pense...

A demain !

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