Dans le Un, Dominique Bourg veut nous renvoyer aux champs pour sauver la terre et notre peau. Dans Libération, un autre philosophe pense que le coronavirus aura renforcé la détestation des voisins. Dans Télérama, le cinéaste Jonathan Nossiter médite sur culture et agriculture, ses deux amours, et notre fin annoncée.

On parle de mangues…

Des fruits exotiques, qui se sont retrouvés ce mois-ci sur la table des moines de l’abbaye ardéchoise de Notre-Dame des Neiges, et le Père Abbé Hugues de Sereville en est encore perturbé, il dit à l’excellent Eveil Hebdo, « elles étaient délicieuses bien sûr, mais est-ce normal de déguster des mangues à Notre-Dame-des-Neiges au mois d’avril ? » Et le journal insiste, « Qui aurait imaginé que notre société de consommation parvint à gagner les monastères ? »…

Et ce doute me poursuit ce matin, sommes-nous allés trop loin, et le plan de déconfinement livré par Edouard Philippe  n’est qu’une actualité. « Libérés pas délivrés » titre la Dépêche en parlant de ce plan, on peut extrapoler, et dans la presse des gens graves m’alertent sur les limites que nous devrons nous imposer, espèce humaine, pour ne pas nous détruire. 

Le Covid-19 né de notre de notre intrusion dans l’espace naturel d’une chauve souris ne serait qu’un avertissement avant d’autres apocalypse et d’abord le drame climatique… Dans l’Echo républicain et autres journaux du groupe Centre France, le penseur écologiste Gilles Clément nous invite à adopter une économie de la non-dépense, « Pourquoi acheter quatorze paires de basket fluo fabriquées à l’autre bout du monde ? Pourquoi voyager en low cost jusqu’au Vietnam pour jouer aux jeux vidéo autour d’une piscine ? Ça ne sert à rien. C’est nul. C’est polluant. » 

Et dans le Un, un autre écolo, le philosophe Dominique bourg prend des accents prophétiques pour nous demander de « sauver notre peau ». 

« Qu’est-ce qui détruit la planète ? Ce sont les flux de matière et d’énergie, donc nos richesses matérielles. Un trajet en avion du Caire à Seattle dépense autant énergie que celle nécessaire à construire les pyramides de Gizeh. Notre humanité délire. Continuer avec cette modernité, c’est aller à la mort. Notre objectif doit maintenant être de sauver l’habitabilité de la Terre. »

Et Bourg décrit la révolution qu’il espère, il imagine une agriculture transformée par la raréfaction des énergies fossiles et la fin des pesticides où l’on verra à nouveau des bêtes et des hommes aux travaux des champs. « Il faudra affecter entre 15 % et 30 % de la population active aux travaux agricoles », dit-il, et , pour consommer nous devrons adopter une discipline inédite, organisée par des Etats protecteurs. « Chacun disposera d’une quantité limitée de ressources naturelles. Vous aurez une sorte de carte bancaire, qui défalquera chacun de vos achats de votre « quota ressources » ….

Et cette sobriété au départ sera frustrante  sera source ensuite de satisfactions.

Mais y croit-il lui Bourg, qui constate et rage qu’on ai donné des milliards pour sauver les avions, est-ce déjà fini? 

Dans Libération, deux autres philosophes disent à Bourg qu’il a déjà perdu. Le premier est français, Gilles Vervish, qui nous dit qu’au déconfinement nous irons au Mac Do, pas pour le Mac Do mais pour retrouver l’habitude rassurante. L’autre est américain, Philip Mirowski, homme de gauche qui lacère les naïvetés de son camp. Ce ne sont pas les valeurs de partage de solidarité d’écologie qui profiteront de la crise, mais le néo-libéralisme et le nationalisme, le chacun pour soi, et la leçon de la crise, c’est qu’on déteste son voisin… 

On parle aussi de fêtes ce matin…

Est-ce une manière innocente de détester son voisin, ou de se moquer du risque qu’on lui fait prendre? Libération encore raconte sur deux pages les échappées nocturnes et souvent imbibées d’êtres humains qu’il appelle « rebelles » et qui se jouent du confinement, pour aller boire un coup, pour une nuit d’amour, une escapade en voiture où l’on cache l’amant dans le coffre si jamais on croisait la maréchaussée, ou simplement pour se faire couper les cheveux,  par une salariée d’un salon qui opère chez elle, clandestinement. Faut-il mal les juger ces petits bonheurs solitaires au temps de la contagion, ou faut-il apprécier que certains se dérobent.

Je lis donc des réfractaires. Je lis sur le site de la Vie un texte de son patron Jean-Pierre Denis qui s’abstrait de la patience du Pape pour s’indigner que le gouvernement repousse au 2 juin la reprise des cérémonies religieuses, après la Pentecôte… Je lis sur le site du New York Times qu’à Brooklyn, l’enterrement d’un rabbin hassidique mort du coronavirus a drainé une foule compacte que la police a du empêcher et  le maire de la ville Bill de Blasio s’est rendu sur place et puis  s'est fâché, et chez les juifs ultra-orthodoxes on crie à la discrimination… 

Dans Reporterre l’écrivain Alain Damasio rêve d’un "carnaval des fous" qui nous verrait sortir défier un pouvoir qu’il qualifie de "démocrature". Les rabbins ultra-orthodoxes et l’homme de lettre chéri de la radicalité seraient surpris de se découvrir ressemblants!

Et l’on parle de dessins pour finir…

Ceux de Maxence 10 ans, dont le Journal de Saône-et-Loire signale le jeune talent, qui dessine sa vie sous le coronavirus pour s’en souvenir plus tard… Pourrait il les envoyer au dessinateur Claude Ponti qui expose dans un musée virtuel, le Muz, des merveilles de dessins d’enfants que me montre Télérama? Vosges matin me présente Mathis Ringenbach, lycéen qui écrit de la science fiction pour échapper a ses angoisses!

Ces enfants savent avant d'avoir lu. Dans Télérama encore, le philosophe Mickael Foessel en appelle à la culture: “Entre le divertissement futile et l’ennui profond, il y a une place pour la culture, qui est un art du détour : elle parle du présent en prenant des chemins de traverse. La culture ne guérit pas, mais elle console. » 

Et toujours dans Télérama, le cinéaste jonathan Nossiter médite sur ce temps où culture et agriculture, ses deux amours, ont les mêmes ennemis… Son dernier film, quand le verrons nous, montre une humanité finissante qu’un virus menace et qui ne sait plus faire pousser les plantes, et qui attend la fin en regardant de vieux films. C’est encore ça.

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