Bonjour... Samuel Huntington : ça vous dit quelque chose ?... Cet homme a enseigné pendant près de 60 ans à Harvard. Il est mort vendredi, à 81 ans. Samuel Huntington restera l'auteur d'un livre traduit en 39 langues. Cet ouvrage, publié il y a 12 ans, a inspiré l'école dite "des néo-conservateurs" américains proches de George Walker Bush. Le titre du livre : le "Choc des civilisations". En résumé, la thèse d'Huntington veut que "dans le monde de l'après guerre froide, les conflits viennent moins des frictions idéologiques entre les Nations que des différences culturelles et religieuses entre civilisations". Dans son "Carnet du jour", Le Figaro rappelle que le "Choc des civilisations" a suscité un large débat sur les relations entre l'Occident et le monde islamique, surtout après les attentats du 11 septembre 2001. Dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, Jean-Pierre Bel constate que "l'interminable conflit israélo-palestinien ne conforte pas" la théorie de Samuel Huntington. Pour l'éditorialiste de la NR, "cette guerre reste l'exemple désespérant d'un drame du 20ème siècle toujours insoluble. Les morts se suivent et se ressemblent dans un enchevêtrement très complexe de causes historiques, géographiques, politiques, sociales, économiques, locales et mondiales, bien davantage que strictement culturelles (...) Nier toute importance aux différences culturelles serait évidemment absurde. Mais les aiguiser par erreur est dangereux. Par intérêt, ce serait criminel". "Choc des civilisations" ou pas, il y a les faits que décrivent dans toute leur cruauté les photos que publient ce matin vos journaux. L'Humanité titre : "Carnage à Gaza, les civils pris pour cible". Pour Patrick Fluckiger, dans l'Alsace, "une fois de plus, c'est le scénario du pire qui s'impose au Proche Orient (...) Les deux camps ont tout faux, et ce sont les populations civiles qui paient le prix du sang". Les quotidiens du jour n'expriment aucun espoir d'accalmie. J'en cite quelques-uns... - Le Télégramme : "Le Proche Orient en ébullition". - L'Est Républicain : "Etat de guerre à Gaza". - Midi Libre : "Israël prêt à lancer ses chars sur Gaza". Le Parisien - Aujourd'hui en France nous prévient que l'Etat hébreu "mobilise ses troupes". Les réservistes sont rappelés. En première page de France Soir, cette question : "Israël en guerre contre le Hamas... JUSQU'OU ?". La réponse, vous la trouverez en Une du Figaro : "L'offensive d'Israël POUR EN FINIR avec le Hamas". Jacques Guyon relève dans La Charente Libre, que "jamais Israël n'avait frappé si fort depuis 1967". ... "Tout a explosé en même temps" titre Libération sur des photos de femmes, d'hommes et d'enfants ensanglantés. L'éditorialiste de La Marseillaise, Nadjib Touaibia, pense que "le bombardement de Gaza est en réalité un choix longuement préparé à des fins évidentes de politique intérieure israélienne (...) Frapper ainsi Gaza sert donc avant tout d'argument électoral". L'analyse de Libé est la même : A six semaines des élections législatives israéliennes, Tzipi Livni, candidate du parti Kadima au pouvoir, était ces dernières semaines à la traîne, dans les sondages, de son rival du Likoud, Benjamin Netanyahu. Elle aurait donc "poussé" le premier ministre Ehud Olmert et son collègue de la Défense, le travailliste Ehud Barak, a accéléré la mise en oeuvre d'une opération prévue de longue date. Et puis, il y a "l'absence d'un arbitre respecté et crédible" comme le souligne Jacques Camus, dans La République du Centre. Pour l'Est Républicain, Michel Wagner complète : "Il aurait fallu que la communauté internationale prenne les devants, que des voix s'élèvent avant que ne parlent les armes. Mais lesquelles ? George Bush, qui a toujours délaissé le conflit israélo-palestinien, est en fin de règne. Les pays arabes sont divisés et l'Europe, pourtant financier capital en Palestine, n'a jamais su s'imposer comme un acteur majeur du processus de paix". Bref, une fois encore, c'est l'impasse. Cette offensive israélienne sur la bande de Gaza fait craindre aux marchés une chute des livraisons de pétrole en provenance des pays arabes, et par voie de conséquence une hausse des prix des carburants. La crise économique et financière que subit le monde n'avait pas besoin de ça. Vous lirez dans Les Echos qu'en raison de la conjoncture, le produit de l'impôt sur les sociétés pourrait avoir reculé en France de plus de sept milliards d'euros. Le gouvernement prévoit pour l'an prochain un déficit public de 3,9 % du Produit Intérieur Brut. La crise, à présent, n'épargne pas le secteur des produits de luxe. L'Humanité affirme qu'en une année, des groupes pourtant très solides comme le Français LVMH "ont perdu 40% de leur valeur". Du jamais vu. Alors que la chaîne de télévision France 2 programme pour ce soir la première partie d'un téléfilm consacré à Coco Chanel, le groupe qui porte son nom s'apprêterait à supprimer 200 emplois de CDD et d'intérimaires à partir du 31 décembre. C'est ce qu'assure la CGT : l'information est publiée un peu partout... C'est le cas dans Le Parisien sous le titre "Le luxe rattrapé par la crise", le quotidien précise que certains groupes s'en tirent mieux que d'autres. Ce serait le cas d'Hermès, épargné "pour le moment". "Markka". "Punt", "Schilling", "Escudo", "Peseta", "Florin", "Lire", "Mark", "Franc"... Ces mots, vous les reconnaissez : il n'y a pas si longtemps, ils désignaient les monnaies de l'Europe dans leur diversité. Jeudi 1er janvier, l'Euro aura dix ans... "Pas l'Euro que nous avons dans le portefeuille, celui-là n'est arrivé que trois ans plus tard, mais la monnaie unique européenne" précise Sophie Gherardi, dans La Tribune. Son journal publie l'entretien que lui a accordé le "père de l'Union économique et monétaire", Jacques Delors ; il présida la Commission européenne de 1985 à 1995. A ses yeux, dix ans après la création de l'Euro, le bilan est "globalement positif". Il considère que la monnaie unique "protège" les Européens, mais ne les "stimule pas assez". D'accord sur ce constat d'un "bilan globalement positif", Olivier Picard, dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, écrit : "Avec l'Euro, nous avons commencé à démolir Babel et c'est un progrès... Mais c'est seulement l'épreuve de la crise qui vient de lui apporter sa véritable légitimité. Sans l'Euro, les dégâts immédiats, à coups de dévaluations en cascades, auraient été multipliés par deux ou trois. Sans lui, les dirigeants de l'Union européenne n'auraient pas trouvé les raisons de s'entendre sur une réplique concertée". Traduction : "Merci, Monsieur Delors". Le "Club de l'Euro" comptera, très bientôt, 16 pays. Dans trois jours, la Slovaquie sera le premier Etat issu de l'ancien bloc pro-soviétique de l'Europe de l'Est, à rejoindre la zone de la monnaie unique européenne. Dix ans d'Euro, un an d'interdiction du tabac dans les restaurants, bars et discothèques de France. Le quotidien Les Echos nous apprend que cette mesure "n'a eu qu'un faible effet sur la consommation de cigarettes"... ... "Bilan en demi-teinte" : les ventes n'ont reculé que de 2,7 % en volume. Les militants anti-tabac réclament une nouvelle hausse des prix. Bonne nouvelle (c'est toujours dans Les Echos) : l'interdiction de fumer dans les lieux publics a fait reculer le tabagisme passif. Dans Le Figaro cependant, le professeur Michel Delcroix, expert lillois en obstétrique, estime que "le foetus n'est pas protégé contre le tabagisme maternel". "Même s'il n'est pas une personne juridique", déclare t-il, "son premier droit est d'être non-fumeur, c'est-à-dire d'être normalement oxygéné". Selon le Professeur Delcroix, "36 % des femmes en âge de procréer fument régulièrement ou occasionnellement, et 20 % poursuivent la cigarette jusqu'à la fin de leur grossesse". Ce spécialiste rappelle que le déficit d'oxygénation provoqué par l'inhalation de monoxyde de carbone (contenu dans la fumée du tabac ou du cannabis) "est la première cause toxique responsable de lésions cellulaires du système nerveux en développement". Il plaide pour "un dépistage" des consommations à risque pendant la grossesse. Pour finir, je vous livre presque tel quel le petit encart que publie le journal Libération (l'information lui vient de son correspondant à Tokyo)... Sous le titre : "A Osaka, de faux clients chez McDo", on peut lire en page 15 de Libé : "C'est vraiment la crise au Japon. Mc Donald's a payé des centaines de figurants pour faire la queue, mardi, devant un de ses fast-foods à Osaka. Idée : faire semblant d'être les premiers à goûter un nouveau hamburger lancé par l'enseigne. McDo s'est vanté d'avoir atteint des ventes records (près de 80.000 euros) avant d'être obligé de reconnaitre que des pseudos-clients avaient été recrutés sur le net et rétribués par une agence de marketing travaillant pour la chaîne de restauration rapide". Que dire après ça ? ... que McDo, c'est dur à avaler.

Alain Le Gouguec

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