Et si on se souhaitait déjà la bonne année... Le 29 décembre, on peut commencer... et donc, pour cette année 2010, que faut-il vous souhaiter ? Eh bien, rien ! Si je vous réponds comme Frédéric Vitoux, de l'Académie Française, qui l'écrit dans Le Figaro : "que faut-il se souhaiter pour 2010 ?... Rien, par pitié, rien !"... D'abord, explique l'écrivain, en substance, les voeux quand ils viennent des commerçants, des élus ou de votre éditeur, on sait bien ce que ça signifie... jusqu'aux éboueurs et aux facteurs qui ne songent qu'à leurs étrennes... Et puis, la grande prétention au bonheur à laquelle nous invitent nos proches au seuil de chaque nouvelle année doit être source d'inquiétude... On ne se méfie jamais assez de ceux qui tranchent de ce qui est bon pour nous et prétendent nous faire rêver... car mieux vaut prendre ses distances avec la promesse des lendemains qui chantent... Mais si on est contraint, malgré tout, à formuler des voeux, eh bien que ce soit des voeux par défaut... Par exemple : que des gourous, de faux prophètes, des écologistes illuminés ou des démagogues médiatiques ne nous promettent pas la Lune car on ne saurait pas qu'en faire de la Lune... Et que les banquiers ne s'enrichissent pas de nouveau immodérément pour mieux spéculer avec nos économies... Et que les Iraniens ne multiplient pas les usines de l'enrichissement de l'uranium... L'Iran et l'uranium : là, malheureusement, il faut y aller voir de plus près car l'Iran suscite encore ce matin de nombreuses interrogations avec ce sentiment quasi unanime que le pouvoir à Téhéran a choisi la fuite en avant... "Le pouvoir sème la terreur" titre Libération, en constatant qu'étant de plus en plus contesté, le régime a désormais recours à des voyous pour mater les manifestations... Il semble bien qu'on soit maintenant entré dans une impasse sanglante comme dit aussi L'Humanité en Une... Et pourquoi se demande La Croix ? Pourquoi la tension persiste-t-elle ? D'abord, explique Guillaume Goubert, parce que l'opposition a désormais un chef de file crédible en la personne de Mir Hossein Moussavi... Ensuite, et surtout, parce que les Iraniens sont jeunes : plus de la moitié de la population a moins de 25 ans... beaucoup de ces jeunes accèdent aux études, y compris les femmes en usant le plus naturellement du monde des nouvelles technologies de communication... Il sera donc difficile pour le régime islamiste de les assujettir encore longtemps... Le régime est débordé, c'est aussi ce que pense dans France-Soir, un ancien ministre du Shah... Ce que souligne aussi François Sergent dans Libération : que les révoltes de l'Achoura, un jour de deuil pour les chiites, pourrait bien sceller le sort du régime islamique, 30 ans après son avènement... Car de fait, Le Monde le constate aussi en titre : "le pouvoir et l'opposition également se radicalisent en Iran"... Comment tout cela peut-il finir ? Dans Le Figaro, une spécialiste de l'Iran, Azadé Kian, professeure de Sciences-Politique, ne peut pas imaginer un renversement du régime, mais voit très bien ce que pourrait être une solution transitoire, un régime parlementaire dans lequel le Guide Suprême aurait cédé une partie de son pouvoir... De toute façon, comme dit aussi Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées, "pour les mollahs, le choix maintenant, c'est Tien An Men ou la Perestroïka"... La formule a le mérite d'être claire : ce sera le massacre ou l'ouverture... Eric : Il était aussi question d'uranium... C'est l'un des titres de la matinée... Les journaux reviennent sur ce revers enregistré par la France à Abou Dhabi... C'est l'orgueil national qui en a pris un coup comme dit Pierre-Angel Gay dans La Tribune... Il est vrai que dans cette affaire, la construction de 4 réacteurs nucléaires, les Français ont étalé tous leurs défauts : l'assurance d'avoir le meilleur dossier, l'arrogance des élites, une offre surdimensionnée et beaucoup trop chère face à ce que proposaient les Coréens qui ont obtenu le marché... Sur ce coup-là, explique encore l'éditorialiste de La Tribune, les Français ont rejoué côté technologie, les mésaventures du Concorde... et côté politique, le lobbyng raté des JO 2012... Mais maintenant, questions... ces questions que se pose notamment Le Figaro sur la capacité des groupes français à vendre le réacteur EPR au prix prohibitif et dont les autorités de sûreté françaises, britanniques et finlandaises (en Finlande, le chantier de l'EPR d'Areva accuse 3 ans de retard)... les trois autorités de sûreté mettent en doute aujourd'hui la sécurité du contrôle-commande de la centrale du futur... Le résultat de cet échec, c'est comme le soulignent Les Echos, "la filière française qui se retrouve à l'aube d'une lourde remise en cause"... Autrement dit, dans Libération, "le nucléaire français se voit atomisé par Abou Dhabi"... Le ratage de ce colossal contrat de plus de 40 milliards de dollars, près de 28 milliards d'euros, met un coup de projecteur sur les luttes intestines de la filière, notamment le duel opposant Henri Proglio, le pressant patron d'EDF, et Anne Lauvergeon, PDG malmené d'Areva, qui se voit menacée de jouer les fusibles... Quoi qu'il en soit, au-delà de la seule filière du nucléaire, ce revers français, et c'est Le Monde dans son éditorial qui le souligne, n'est qu'un parmi tant d'autres : c'est à l'Allemand Siemens que la Chine a confié son TGV... Ce sera possiblement, si l'on en croit les pronostics, à l'Allemand OHB que sera confiée la fabrication de la majorité des 22 satellites du programme européen Galiléo... Ajoutons à cela, poursuit Le Monde, les déboires de France Télécom et le déclin d'Alcatel, de quelque côté que l'on se tourne, les piliers de ce qui a fait le succès industriel de la France se fissure... Oh, il n'y a pas de scandale à cela car aucune rente n'est éternelle... Mais manifestement, la France semble avoir du mal à renouveler ses élites et à produire les champions industriels de demain... Voilà qui pourrait être un voeu pour l'année qui vient et toutes les années qui suivent. Eric : Je croyais qu'il ne fallait surtout rien se souhaiter pour 2010... Que des voeux par défaut pour reprendre le point de vue de Frédéric Vitoux dans Le Figaro : que la Seine n'inonde pas Paris comme il y a 100 ans très exactement... que les chaînes de télévision nous épargnent l'abrutissement des émissions de téléréalité... que l'équipe de France de football n'affronte pas l'Algérie lors de la prochaine Coupe du monde et nous fasse l'économie d'une guerre civile dans les quartiers sensibles... que les prochaines élections régionales ne voient pas le triomphe absolu d'un parti sur un autre tant il est vrai qu'on ne gouverne pas sans une majorité légitime et une opposition crédible... Et à ce propos des régionales, on lira dans Le Parisien-Aujourd'hui-en-France ce classement sur l'assiduité des élus, conseillers régionaux d'Ile-de-France... Eric Hacquemand a épluché les feuilles de présence en séance pleinière... Résultat : une très bonne moyenne pour le socialiste Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional, et son principal adversaire, Roger Karuchi, qui fut aussi pourtant sénateur et secrétaire d'Etat, et qui a réussi l'exploit de ne rater que trois séances sur 85... A l'inverse, il y a ce que Le Parisien appelle "les invisibles" : Nathalie Kosciusco-Morizet, secrétaire d'Etat, maire de Longjumeau, dont le taux d'absentéisme dépasse les 75%, juste devant le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefèbvre, qui a fait des apparitions au compte-goutte au Conseil régional... Et encore, remarque Eric Hacquemand, il est toujours possible de signer pour un collègue absent, raison pour laquelle gauche et droite, là-dessus, sont d'accord : dans la prochaine mandature, le Conseil régional d'Ile-de-France se dotera d'une pointeuse et les indemnités de ceux qui n'assumeront pas leur mandat pourront être réduites... En espérant, pour le coup, que ce voeu-là ne sera pas un voeu pieux. Et pour conclure, également sur ce thème des voeux du Nouvel An... tenez, cette constatation qui n'est qu'une confirmation : les cartes de voeux résistent au numérique... On les disait condamnées par le progrès, mais les bonnes vieilles cartes en papier restent largement les préférées des Français... C'est dans ce même Parisien-Aujourd'hui-en-France, le résultat de deux sondages qui disent tous les deux la même chose : que les voeux cartonnés restent le support favori de 60% des Français, que pour 70% d'entre eux, c'est le meilleur moyen de faire passer des émotions... Pour souhaiter la Bonne Année, on utilise de plus en plus les SMS (et il devrait encore s'en échanger dans les 500 millions jeudi soir)... sans compter les courriels et les cartes de voeux électroniques... Mais l'un n'empêche pas l'autre... au contraire explique le responsable du site "dromadaire.com", les deux supports sont complémentaires... Beaucoup de jeunes découvrent les cartes de voeux par Internet et envoient ensuite des voeux en papier pour ajouter un peu de solennité... D'autant, explique aussi une des responsables de l'UNICEF (l'UNICEF qui écoule toujours 8 millions de cartes de voeux chaque année en France)... d'autant qu'elles ont l'avantage de pouvoir se conserver alors qu'évidemment, on ne ressortira jamais de ses archives une carte de voeux virtuelle... Voilà... Dernière précision : on peut traditionnellement envoyer ses cartes de voeux ou présenter ses voeux tout simplement, jusqu'au 31 janvier... Ce qui nous laisse un mois pour ne rien se souhaiter... surtout la santé.

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