(Eric Delvaux) Ce matin, lettre à un bébé... (Bruno Duvic) Cher bébé, tu es né hier matin à Palm Springs, Californie. Il était 5h58. Ta maman a 29 ans, ton papa 66. Il est célèbre, il s'appelle Michel Polnareff. La tradition veut qu'on garde pour les enfants le journal du jour de leur naissance. Les miens datent du lendemain, pardon, mais j'en ai plein, qui te racontent le monde dans lequel tu viens de naître. En échange tu me donneras ton prénom. Pour l'instant il est tenu caché. Ton papa est à la Une de France Soir et du Parisien. En lisant les articles qui parlent de toi, j'apprends que ta naissance a été annoncée sur Twitter et que tu as déjà un compagnon de berceau dans le couloir people de la maternité. Un autre garçon, il s'appelle Zachary, c'est le fils d'Elton John. Il est né d'une mère porteuse. Twitter et une mère porteuse... Cher bébé tu es né dans un monde de science et de numérique. Tu en veux une preuve ? Elle dans "Le Monde". Sur le téléphone portable qu'on t'offrira très vite, tu pourras bientôt télécharger ton génome, ta carte d'identité la plus intime. C'est un scientifique de Bordeaux qui a développé cette application. Elle ne prendra pas plus de place qu'un film sur un DVD. Et le chercheur qui a inventé ce joujou imagine déjà tous ses développements. Une icône rouge sur le portable, attention tu es diabétique, il faut te faire soigner. Icône verte tout va bien. Tu as besoin d'un médecin ? Grace au GPS on te dira où est le cabinet le plus proche. Pour l'instant, c'est aux Etats Unis que le projet se développe. En France, où l'on est réticent face au commerce de l'intimité, c'est pour l'instant interdit. (E.D.) A la Une des journaux ce matin, 2 visages... (B.D.) Cher bébé tu viens de passer neuf mois au chaud. Les deux garçons en photo, Hervé Ghesquières et Stéphane Taponnier, viennent de passer un an on ne sait pas vraiment comment. Essayer d'imaginer ce que signifie être otage pendant un an, c'est une tentative vaine, écrit Paul Quinio dans un journal qui porte le nom de Libération. Libération, mais comment ? Faut-il parler d'eux ou garder le silence ? Dans le même journal, Paul Quinio conclut qu'il est ridicule d'opposer l'un à l'autre. Stratégie du silence pour ne pas faire monter les prix. Publicité maximum pour rappeler l'urgence de sauver des vies. Page 5, un ancien otage américain qui travaille au New York times affirme que le silence pendant ses 7 mois de captivité a réduit les attentes de ses ravisseurs. Mais la lecture des nombreux articles consacrés aux deux reporters français et à leurs 3 accompagnateurs afghans, laisse le sentiment que beaucoup de temps a été perdu. Il a fallu quatre-cinq mois pour que cela commence à bouger. "Au bout d'un an, le silence devient de plomb" estime "La Charente libre". "La conscience universelle exige d'entreprendre l'impossible pour libérer des innocents" dit Jean Claude Kiefer dans "Les dernières nouvelles d'Alsace". Le gouvernement a-t-il tout fait pour Hervé Ghesquières et Stéphane Taponnier ? Dans la Montagne, Daniel Ruiz parle des faux airs d'experts de Claude Guéant et de l'inefficacité de Bernard Kouchner. Dans le Parisien, le rédacteur en chef de Pièces à conviction, l'émission pour laquelle travaillaient les deux journalistes de France 3, assure que la France fait tout ce qu'il est possible pour libérer Hervé et Stéphane. Dans les journaux encore, l'Humanité et presque tous les autres, on peut voir une publicité très offensive de Reporters sans frontières. En grosses lettre rouges, ce texte "Depuis un an, la vie de Stéphane et Hervé est entre les mains des Talibans d'Afghanistan". Et en lettres blanches presque transparentes, comme un décalque : "Depuis un an, la vie de Stéphane et Hervé est entre les mains du gouvernement français". Quoi qu'il en soit c'est une année volée, comme le titre la Croix dans son édito. Du temps volé aux autres otages français dans le monde, que la République du Centre, entre autres, appelle à ne pas oublier non plus. (E.D.) Dans le journal le Monde, un article qui concerne directement le bébé auquel vous écrivez ce matin... (B.D.) Cher bébé, tu es donc né en décembre et pardon de te le dire si brutalement, c'est un mauvais point pour toi. Les chercheurs ont décidément de drôles d'idées. Après le médecin du génome et du téléphone portable, voici l'économiste qui étudié les résultats scolaires des enfants en fonction de leur mois de naissance. Et le constat est sans appel. Les bébés de la fin de l'année s'en sortent moins bien à l'école que ceux de janvier. 11 mois de différence de maturité et pourtant ils sont dans les mêmes classes. Résultat, en CP, cet écart de 11 mois fait perdre 7 places dans une classe de 30 élèves. L'écart se résorbe au fil de la scolarité mais il demeure jusqu'au collège et au delà. Les enfants de décembre sont plus souvent que les autres orientés vers des filières professionnelles. Pourquoi ? Parce qu'ils ont plus souvent redoublé dans les petites classes et donc s'ils sont à nouveau en difficulté en fin de collège on refuse de les faire à nouveau redoubler et on les oriente en dehors du système d'enseignement général. Conclusion de l'économiste : ce fameux écart de 11 mois est aussi discriminant à l'école que le fait d'être fils d'ouvrier plutôt que fils de cadre. (E.D.) Quoi d'autre dans la presse ? (B.D.) Cher bébé dans les semaines qui viennent, on te fera tout plein de vaccins. En France, les adultes hésitent à se faire vacciner contre la grippe. Le Figaro parle même de l'inquiétant recul de la vaccination alors que le seuil de l'épidémie vient d'être atteint. Tu as bien le temps de comprendre l'économie et les impôts. Sache tout de même qu'il augmentent. 11 milliards de charges en plus l'an prochain, selon les Echos. Et puis tu vois, chef Bébé Polnareff, ton papa a 66 ans et il n'a pas eu de mal à te donner la vie. Pour les mamans c'est une autre affaire. Passé un certain âge c'est difficile, même quand on est riche, célèbre et au cœur du pouvoir. Spéculation ou information, Carla Bruni est à la Une de Gala cette semaine sous le titre "Son combat pour devenir mère". A 43 ans, elle veut offrir un enfant au président. Et puis à la Une du site Rue 89, une surprise. Un livre publié par un tout petit éditeur, Indigène, s'est vendu à 400.000 exemplaires en deux mois. C'est le livre de Stéphane Hessel : "Indignez-vous". Il fait moins de 30 pages. L'indignation, c'est le motif de base de la résistance, dit Stéphane Hessel, qui en connait un rayon en la matière. Et les motifs d'indignation sont nombreux selon lui, de l'écart entre riches et pauvres à l'état de la planète en passant par la dictature des marchés financiers. Alors chez bébé de décembre, entre ton faire part de naissance du Twitter et ton génome sur portable, peut être que quelqu'un glissera ce livre dans ton berceau. Tu verras, on a parfois besoin d'un vieux sage en hiver.

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