C'est un visage, ou plutôt une absence de visage qui frappe ce matin, et qui nous arrête à la Une de Libération ...

C'est un visage, ou plutôt une absence de visage qui frappe ce matin, et qui nous arrête à la Une de Libération ...C'est un contour, on devine le crane, les oreilles... Mais au lieu d'un regard, d'une moue, d'un nez... Ici il n'y a que du noir, du noir tel un trou béant, un vide intersidéral... Avec cette absence de visage, Libération pose la question qui agite tous les médias cette semaine : "Terroristes, faut il les montrer?" Alors que plusieurs journaux et télévisions, comme La Croix ou BFM, ont décidé mercredi de ne plus diffuser les photos des djihadistes...  Libé aujourd'hui tranche et dit non. Non à l'autocensure. Non, car explique l'édito, il faut savoir regarder la menace en face, il faut savoir a qui on a affaire. Il faut accepter de voir que ces meurtriers nous ressemblent... Et pour appuyer ses propos, rien de tel que l'image...Outre sa une, Libé republie des photos d'Abdlehamid Abaoud, de Salah Abdeslam ou de Mohammed Merah, en les rendant anonyme, du blanc cette fois a la place des visages et des corps; une invisibilité, qui loin de rassurer, nous laisse encore un peu plus inquiets. Montrer ou ne pas montrer, un débat qui ne date pas d'hier : dans un encadré qui s'intéresse a ce qui se fait ailleurs en Europe. Libération cite Patrick Wintour, chef du service diplomatie de The Guardian... Wintour qui évoque sur Twitter "le débat sur l'oxygène de la publicité", référence à un discours de Margaret Thatcher, datant de 1985... Evidemment ici, pas question de Daesh, mais de l'IRA... "La dame de fer se demandait alors comment priver les terroristes de l'oxygène de la publicité... et se demandait si les médias ne devrait pas s'accorder sur un code de conduite". Des propos qui résonnent étrangement aujourd'hui conclut Libération...

Un autre débat à la une, toujours suite aux attentats : "Comment proteger des attentats sans renoncer à l'Etat de droit...?", _"faut il modifier la constitution quitte a diminuer les libertés?" ... _Des questions qui secouent toute la classe politique, et qui, à quatre mois de la primaire à droite, redonne à Nicolas Sarkozy un statut, une place sur l'échiquier. Celui, souligne Le Monde, de premier flic de France. Qu'importe la faisabilité, qu'importe la constitution, l'ancien président avance ses propositions. La principale, nous rappelle le journal, c'est l'assignation à résidence avec surveillance électronique pour toutes les personnes radicalisés, voir leur rétention dans des centres fermés. Et ça, avant même qu'ils ne passent à l'acte. Au mépris donc de la présomption d'innocence...

Loin, très loin de ces tactiques politiciennes, il y a cet encadré toujours dans Le Monde. Le titre, c'est une citation : "Je viens chercher ici la force de résister à cette exaspération haineuse ". Cette phrase, c'est Françoise, 80 ans, qui la prononce. C'était mercredi , à Notre-Dame de Paris, lors de la messe en hommage au père Jacques Hamel... Françoise a peur, d'être submergée par la haine , de sombrer plutôt que de réfléchir. A quelques mètres de la cathédrale, il y a aussi cette jeune femme brune, 43 ans, qui ne dira pas son nom car elle a honte de ce qu'elle ressent...  _"C'est horrible, je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est de la faute des musulmans, ce qui arrive. Je ne peux pas m'empêcher d'être énervée quand je vois une femme voilée dans la rue, ni d'être effrayée quand je vois un Arabe avec une longue barbe. Et pourtant, je sais qu'il ne faut pas faire d'amalgames, je sais que c'est idiot, je sais que c'est ce qu'ils veulent, nous diviser… " _La réponse à ces angoisses, à ces peurs, on la trouve ce matin dans Le Figaro ... Le quotidien consacre sa une et sa première page à la venue du pape François aux journée mondiales de la jeunesse, à Cracovie... Loin des paniques et des polémiques, le souverain pontife demande aux catholiques de ne jamais céder à la tentation de s'isoler..."Le coeur miséricordieux" a t'il martelé, "s'ouvre pour recevoir le réfugié et le migrant..."

Si Libération nous marque ce matin par une absence de visage, au contraire, dans l'Equipe, c'est un portrait qui nous touche ... A la page 26, difficile de ne pas s'arrêter sur ce visage radieux, ces cheveux en bataille, encore humide , on respire presque encore l'odeur de chlore.....C'était il y a quatre ans, aux JO de Londres, Camille Muffat remportait le titre et devenait championne olympique du 400 mètres... C'était avant, avant le drame, avant que la jeune nageuse perde la vie dans un tragique accident d'hélicoptère, sur le tournage d'une émission de télé-réalité... Mais aujourd'hui, pas d'hommage larmoyant non, L'Equipe a juste choisi de raconter ces jour parfaits, ces quelques jour ou ses rêves sont devenus réalité... Des talons qu'elle porte maladroitement la veille, lors d'une séance en tenue officielle à la solidarité avec les autres nageuses, on y découvre une Camille sereine, taquine, heureuse. Camille en pleine nuit, qui se lève pour regarder sa médaille, une image joliment gravée ...

Et puisque c'est l'heure du souvenir, c'est un voyage dans le temps que nous propose M ... Tout l'été, le magazine du Monde replonge dans l'ambiance de concerts mythiques. Et ce week-end, le concert choisi par M, c'est celui d'Oum Kalsoum, a l'Olympia en 1967... L'icône de l'Orient chantait pour la première fois, la seule fois, hors du monde arabe... La diva égyptienne, l'Astre de l'orient comme on la surnomme, a tout Paris à ses pied... M nous raconte comme elle fera durer le plaisir : à 2h30 du matin, elle chante encore, son dernier morceau durera 65 minutes ... Au delà de la performance, ce qui est touchant, c'est comment il y a cinquante ans, la reine du Caire, fille d'un imam, savait émouvoir bien au delà de ses frontières, de sa langue et de sa culture... A tel point que même le Général de Gaulle était fan d'elle ... Selon la presse égyptienne, le président français lui aurait envoyé un télégramme "j'ai ressenti dans votre voix les vibrations de mon coeur et du coeur de tous les français", un télégramme mystère qui n'apparait pas dans les archives diplomatiques, mais qu'importe : en 1967, Oum Kalsoum envouta Paris. Et ce matin, elle résonne encore comme une fenêtre ouverte vers l'autre...

Une note de légèreté pour terminer la semaine, avec comme chaque été, le numéro spécial sexe des _Inrocks. Et cette question, pas si légère finalement : "Il dit quoi le sexe en 2016?"_ Et bien, alors qu'on assiste à la montée de certains intégrismes, à des replis identitaires, à des poussées d'homophobie. Le sexe , en 2016, pour les Inrocks, c'est une soupape, une métaphore de liberté, et un bastion a défendre ... Plus que jamais nous dit l'édito, la faculté de représenter et de vivre librement sa sexualité apparaît comme essentielle. Quelque soit cette sexualité... Dans ce numéro, on trouve pêle-mêle : des fétichistes, des porn star, des reines de la cam, et j'en passe ... On trouve aussi ce portfolio de l'artiste chinois Lin Zhipeng, connu aussi sous le nom de 223, une référence au cinéma de Wong Kar Wai... Là aussi finalement, montrer ou ne pas monter c'est toute la question:montrer des seins, des épaules, des fesses, des pieds... Des portraits érotiques sans fausse pudeur, à la beauté crue. Parce que si nous vivons à une époque où nous devons accepter de voir la menace, accepter de voir l'horreur et l'intolérance, il est bon de se rappeler que la beauté et la jouissance, elles aussi, méritent bien d'être regarder en face...

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