(Nicolas Demorand : « Et le mot à la mode en ce moment, dans la presse, c'est "rabot" »)... Le rabot est un outil servant à dresser et aplanir le bois. Il tient son nom du mot de dialecte "rabotte", qui veut dire "lapin". Parce que le rabot a un peu la forme d'un lapin. Il ne faut pas confondre le rabot avec le jabot, qui est un ornement de dentelle ou de mousseline fixé sur une chemise. C'est un mot auvergnat, qui renvoie plutôt au monde des oiseaux, puisque c'est aussi un renflement de l'œsophage de certains volatiles et même insectes. Alors le rabot ou le jabot ? Le cigare ou le placard ? Les ministres vont devoir choisir. C'est "la fin des 400 coûts (c-o-û-t-s)", titre 20 Minutes. "Sarkozy réduit le train de vie des ministres", confirme Le Figaro. Moins de voitures à disposition, voyages en train plutôt qu'en avion, et ils devront payer toutes leurs dépenses personnelles (y compris en logements de fonction) sur leurs propres deniers. "Ah bon ? Ce n'était donc pas le cas ? Merci de l'aveu", écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné. A l'image de cet édito, la série de mesures annoncées hier ne convainc pas vraiment la presse... "On se frotte les yeux", écrit Patrick Fluckiger dans L'Alsace. "Il faut donc dire à des gens censés nous gouverner qu'ils doivent payer eux-mêmes leurs cigares. La cure d'amaigrissement ministérielle est à l'image de cette leçon de morale : légère. La simple application des promesses faites par Nicolas Sarkozy en 2007 aurait mené à des économies bien plus conséquentes. Par exemple, il avait promis 15 ministres au maximum et quelques secrétaires d'Etat : il y a 21 ministres et 19 secrétaires d'Etat. La fracture entre les élites et la base ne s'amenuise pas". Encore raté alors. Pourtant, Nicolas Sarkozy s'applique, lui aussi, un peu de cette diète : plus de garden-party à l'Elysée, et ses deux avions A319 vont être vendus. En échange, c'est vrai, il s'offre un appareil tout neuf, déjà baptisé "Air Sarko". Merci pour l'effort. Mais là encore, il suscite plus d'ironie qu'autre chose. Dans Le Parisien-Aujourd'hui, le socialiste Jérôme Cahuzac estime que le plus convaincant aurait été que le Président revienne sur l'augmentation de 170% de son salaire. Le rabot ou le jabot ? Côté jabot, Le Parisien (encore) déterre une jolie source d'économie : en 2007, le Président a rendu gratuits les frais de scolarité dans les lycées français à l'étranger. Les collèges et les écoles devaient suivre. Mais la mesure coûte : plus de 100 millions d'euros pour les seuls lycées et la seule année 2010. Et si on devait généraliser aux écoles et collèges, ce serait 700 millions. Jusque-là, bien souvent, pour les enfants de salariés, c'était les entreprises de leurs parents qui prenaient le coût de leur scolarité en charge. C'est donc une charge privée qui est transférée aux contribuables. Un rapport parlementaire préconise de raboter cette mesure. (ND : « Les dépenses de l'Etat sont passées au crible dans la presse, sur fond d'affaire Woerth »)... Pas de nouvelle révélation aujourd'hui. Mais trois journaux se posent la même question : un ministre du Budget a-t-il le pouvoir d'ordonner ou d'empêcher une enquête fiscale ? Quelle est la règle et quelle est la pratique ? Dans Le Figaro, interview du directeur général des Finances publiques, Philippe Parini… "La mise en œuvre d'un contrôle relève uniquement de l'administration fiscale. Il y a une distinction entre la politique du ministre et le travail de l'administration". Dans les faits, à en croire Les Echos, les consignes sont fréquentes... Michel Charasse (ministre de François Mitterrand, nommé récemment au Conseil Constitutionnel) avait la consigne facile. Il se targue par exemple d'avoir signé personnellement le contrôle fiscal de Bernard Tapie. Assumé sous l'ère Mitterrand, cet interventionnisme est devenu tabou, selon Les Echos. Jean Arthuis (ministre de Jacques Chirac) assure qu'une Muraille de Chine avait été érigée entre le pouvoir politique et le contrôle fiscal. "Faux", répondent des agents du fisc sur Rue89 : "les interventions politiques sont légion, et Eric Woerth est plutôt considéré comme un ministre actif". Alors, dans le cas particulier de Liliane Bettencourt, a-t-il donné des consignes ? Dans Le Figaro, Philippe Parini assure qu'il n'a jamais donné d'instruction de faire ou de ne pas faire, et que l'administration ne lui a pas fait remonter de rapport particulier. Au passage, cette affaire permet d'apprendre plein de choses sur les contrôles fiscaux... Selon Rue89, il y en a 55.000 chaque année : 5.000 en contrôles internes (c'est l'analyse des renseignements fournis par les contribuables eux-mêmes) et 50.000 (la très grande majorité donc) en contrôles externes (c'est-à-dire sur dénonciation ou dans le cadre de procédure judiciaire ou douanière). (ND : « Allez, on quitte la France et son fisc. Direction Cuba »)... C'est dans Le Monde (qui vient enfin de trouver un repreneur, ou plutôt un trio de repreneurs). L'une des nombreuses qualités de ce journal, c'est de savoir s'échapper de l'actualité pour faire le point sur la situation tout près de chez nous ou très loin. Alors reportage de Pierre Habas sur "le quotidien immobile de Cuba"... Une image, pour commencer. Ca se passe à La Havane. Nous sommes chez Ricardo. Il est homme à tout faire dans une école. Il vit au milieu d'une cour des miracles en miniature : son immeuble est constitué d'appartements qui tiennent à peine debout, d'escaliers branlants, de conduites d'eau à même le sol et de câbles électriques en désordre au-dessus des têtes. Depuis le dernier étage de l'immeuble, Ricardo montre un appartement tout près. Il y a une terrasse. Sur la terrasse, un homme en short et à bedaine arrose les plantes grasses : c'est le président du Comité de défense de la révolution dans le quartier... un homme puissant. Rien n'a changé donc à Cuba, malgré les promesses de Raul Castro... un peu tout de même : le modèle cubain commence à craquer. L'initiative privée est même encouragée désormais. Coiffeurs, chauffeurs de taxi : des petits métiers sont en cours de privatisation. Et même l'agriculture privée se développe. Ils sont un peu plus de 100.000 à y être passés. L'Etat les surveille de très près : monopole de la fourniture des engrais, et des paysans sont tenus de lui vendre 90% de la production. Mais déjà, ces fermes privées assurent les deux-tiers de la production agricole de Cuba. "Sans nous, les gens mangeraient de la terre", lâche l'un d'entre eux. (ND : « Et nous terminons en musique »)... Grâce à la revue Books. Le dernier numéro est consacré au "pouvoir de la musique". C'est un dossier passionnant : une cinquantaine de pages qui se lisent avec grand plaisir. Juste une histoire pour dire le pouvoir symbolique, politique et même pratique de la musique... Ca se passe en 1912. Un historien entend pour la première fois une chanson dans la bouche d'un gamin noir entre Tennessee et Caroline du Nord. Elle s'appelle "Follow de Drinkin' Gou'd" ("Suis la gourde"). Le gamin la chante devant son grand-père, assis sur un billot de bois. Le grand-père se lève et fiche un coup de canne au petit garçon. Il refuse de dire pourquoi. Un an plus tard, à Louisville, Kentucky, même chanson, dans la bouche d'un Noir qui pêchait sur les docks. Lui aussi refuse de parler. C'est au Texas que l'historien américain a fini par trouver la clé de l'énigme, ou de la légende, on ne sait pas bien. Juste avant la guerre de Sécession, quelque part dans le Sud, un marin avec une jambe de bois débarquait dans les plantations et demandait à travailler. Il se liait d'amitié avec les esclaves et, très vite, tout le groupe chantait cette fameuse chanson. Au bout d'une semaine ou deux, le marin partait et, au printemps suivant, presque tous les esclaves rencontrés s'enfuyaient aussi vers le Nord et le Canada. En fait, la chanson donnait la piste pour retrouver la liberté… "La gourde", c'est la Grande Ourse... Les paroles décrivaient un chemin qui passait par la rivière Tennessee puis l'Ohio, jusqu'au nord. Le marin devançait les esclaves et, régulièrement, il laissait des traces de son passages : l'empreinte d'un pied gauche et une marque ronde pour la jambe de bois. C'était donc une carte secrète, et le souvenir de l'horreur (d'où le coup de canne du grand-père)... "Le pouvoir de la musique" : c'est donc à lire dans le numéro de Books, cet été. Quand on sait à quel point la musique noire a irrigué dans le monde entier, on se dit que le cri du coeur du marin à la jambe de bois est un peu resté en chacun d'entre nous... Bonne journée...

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