Comme quelqu'un qui ne voudrait pas dire son nom... 29 mai 2005 - 29 mai 2006... Un an de non-dits... Depuis le rejet de la Constitution européenne par les Français, puis les Néerlandais, l'Europe politique est au point mort, déplore "Libération" en Une... Comme beaucoup de journaux ce matin... Comme si le vote d'il y a un an était un moment d'égarement aux conséquences fâcheuses... Les journaux qui ont soutenu le "oui" l'an dernier dressent le constat d'une occasion manquée, d'une Europe en panne. Donc... Donc elle reste en panne, estime "Libération", et elle le restera jusqu'en 2007, parce qu'en 2007, ça n'a échappé à personne, la France élit son Président... Et jusque-là, en gros, ce sera : "pas bouger !". C'est simple : "pour sortir l'Europe de la crise, il est urgent... de ne rien faire, écrit Pierre Haski dans son édito. Après les "non" français et néerlandais, aucune perspective politique n'est en vue pour l'Europe, au point que ses dirigeants envisagent de prolonger d'un an supplémentaire la période qu'ils avaient ouverte au lendemain du référendum en France. Et de fait, dans un an, ce sera la Présidentielle. Mais laisser la question européenne dans le placard des cadavres encombrants jusqu'à l'an prochain, serait catastrophique... L'Europe a besoin d'une France qui décide en conscience", conclut Pierre Haski. Plus sévère encore : dans un élan de culpabilisation, "La Tribune" estime que le 29 mai 2005, les Français ont affaibli la voix de leur pays. Chacun peut aujourd'hui mesurer l'étendue des dégâts, écrit Pascal Aubert... La faute aux chefs de file de la campagne du "oui", qui n'ont pas su trouver les mots à la hauteur de ce rendez-vous historique... La faute à leurs adversaires du "non", et leurs leaders aux discours fallacieux... Le fameux "plan B", qu'on cherche toujours. Résultat, toujours selon Pascal Aubert : l'Europe est entrée dans un coma dont personne ne sait quand ni comment elle sortira... Et pendant ce temps, les autres continents ne perdent pas une minute... Ils avancent. Mais que ça n'empêche pas de se poser une question fondamentale, et toujours d'actualité... Après tout, pourquoi les Français ont-ils voté "non" ?... Question à laquelle le journal "La Croix" essaie de répondre, dans un dossier spécial de huit pages... D'où il ressort, et c'est une confirmation, que si les électeurs du "oui" ont voté la construction de l'Europe, ceux du "non" ont essentiellement pensé aux problèmes nationaux... Mais si l'analyse s'arrêtait là, elle serait réductrice, car il faut aussi retenir l'hypothèse d'un vrai clivage européen, donc d'une pensée européenne, chez ceux qui ont voté "non", et qui ne voulaient ni de l'orientation économique ni de l'orientation politique que proposait l'Europe... Un rejet du projet européen donc... Et pas seulement une lecture franco-française... Il y avait ainsi un "non" fédéraliste et anti-libéral... Celui de Laurent Fabius par exemple, estime "La Croix"... Le "non" souverainiste des villieristes et de l'extrême-droite... Enfin, le "non" à la fois souverainiste et anti-libéral des chevènementistes et de certains gaullistes de l'UMP. Bon, cela dit, la France n'est pas l'Europe à elle toute seule... Mais comme l'analyse, dans "Le Figaro", l'ancien ambassadeur de Belgique auprès de l'Union européenne : "La France fait partie du problème, pas de la solution... Parce que, quand un pays fondateur semble douter du système qu'il a lui-même créé, il y a de quoi susciter l'inquiétude chez les partenaires". Alors, dans ce contexte, il est intéressant de se pencher sur le sondage CSA publié par "Le Parisien" aujourd'hui... Un sondage réalisé les 16 et 17 mai, qui nous apprend que si la Constitution européenne était soumise au vote aujourd'hui, c'est encore le "non" qui l'emporterait, avec 52% des suffrages. Rappelons que le 29 mai 2005, le "non" avait réalisé un score de 54,6%. "L'Europe toujours malade du 'non", estime "Le Parisien", qui pose quatre questions : 1) Où en est la Constitution, précisément ?... Eh bien, elle réfléchit... Pendant un an... Prière de ne pas la déranger !... 2) Les Français vont-ils revoter ? La réponse est simple : c'est peu probable... 3) L'Europe est-elle paralysée ? Là, c'est "oui" et "non"... Pas de "plan B" certes, mais l'Europe avance, cahin-caha, estime "Le Parisien", qui nous rappelle que l'Union s'est dotée d'un budget 2007-2013, qu'elle a réécrit et voté la directive Bolkestein, et qu'elle poursuit son élargissement... Bref, elle existe dans ses structures, mais politiquement, non. Enfin, la France est-elle marginalisée ? Oui, répond "Le Parisien" : elle a beaucoup perdu de son influence... La réduction du nombre de postes de direction occupés à Bruxelles par les Français en est un signe. Voilà. Face à ces constats, passionnés ou distanciés, sur une Europe frappée par le "non", "L'Humanité" entonne un tout autre refrain, ce matin... "L'Huma", qui s'était engagé vivement pour le "non", nous parle du "refrain usé" des partisans du "oui"... Ils continuent à culpabiliser ceux qui n'ont pas voté comme eux, nous dit en substance Pierre Laurent... Pire, ajoute-t-il, à en croire certains commentaires, si l'Europe est en panne, si la France s'enlise dans la crise politique, si la gauche manque de dynamisme, c'est bien sûr à cause du 29 mai 2005. Mais que personne ne s'y trompe, poursuit notre confrère... Les exigences du 29 mai demeurent, elles sont même avivées... Et pour que les choses soient très claires, "L'Humanité" publie deux dates en Une... 29 mai 2005 - Mai 2007... D'un scrutin à l'autre : "ce qui reste à faire", titre le quotidien. Mai 2007 et ses airs de seconde manche de Mai 2005... Avec, peut-être, notre invité comme candidat socialiste : Laurent Fabius, ou peut-être Ségolène Royal, bien sûr... Mais au fait : pourquoi "bien sûr" ?... Eh bien, parce que nous sommes de plain-pied dans un système politique de la demande, plutôt que de l'offre. Explications. C'est dans "Le Monde"... L'analyse de Jean-Louis Andreani, intitulée : "Le PS, la Présidentielle et les stars des sondages". Vous vous souvenez peut-être de la situation au Parti Socialiste, à la fin des années 70... Il y avait déjà une sorte de candidat du désir... C'était Michel Rocard, dont la relative jeunesse et le parler-vrai qu'on lui prêtait faisaient de lui le socialiste le plus populaire dans l'opinion. En revanche, dans l'appareil mitterrandien, il se heurtait à de vives résistances... C'est la raison pour laquelle la montée en puissance de Ségolène Royal rappelle le cas Rocard... Mais le scénario pourrait être bien différent... En tout cas, beaucoup plus favorable à la présidente de Poitou-Charente. Parce que les temps ont changé, nous explique Jean-Louis Andreani... A la fin des années 70, être le chouchou de l'opinion ne pesait pas lourd, dès lors qu'on n'avait pas le soutien du parti... Or, aujourd'hui, les deux se confondent... La popularité de Ségolène Royal rassure, à l'intérieur du PS... Les sondages font la loi... Alors, les militants y croient, et ne veulent pas prendre le risque de se passer d'un candidat... D'une candidate, en l'occurrence... Qui peut les faire gagner, puisque les sondages le disent ! Une attitude, analyse Jean-Louis Andreani, qui revient aussi, pour le PS, à accepter la dictature des sondages... Peu importe que les idées de Ségolène Royal soient encore en pointillés... Voilà pourquoi sa démarche, estime notre confrère du "Monde", pourrait aussi représenter une nouvelle étape de l'affaiblissement des dirigeants et des structures politiques. Et si on parlait théâtre ? Si l'on affirmait, par exemple, que le plus grand auteur de tous les temps, c'est notre ami William... On ne prendrait pas trop de risques... On n'en prendrait d'autant moins que la diversité de Shakespeare, les thèmes de ses pièces, sont si universels qu'ils font de lui "le grand parmi les grands". 37 pièces de théâtre, de multiples sonnets et de nombreux poèmes... L'oeuvre est gigantesque... Et c'est un pari un peu fou, mais c'est pour ça qu'on l'aime, que s'est lancée la Royal Shakespeare Company... Compagnie anglaise, bien sûr... Depuis le 23 avril, et jusqu'au 23 avril 2007, elle présente l'intégralité des oeuvres de Shakespeare... En tout : 53 productions, données dans la petite ville de Stratford-upon-Avon... Là où est né, et où est mort, le grand William. C'est "La Croix" qui s'intéresse à cet événement, et qui nous explique comment se joue la mondialisation la plus poétique qui soit, puisque des troupes japonaises, brésiliennes, ou encore indiennes, viennent jouer Shakespeare, et en donner leur version personnelle... Ce qui est, précisément, possible avec les grands auteurs... D'ailleurs, tous les genres théâtraux sont passés en revue : depuis les marionnettes jusqu'à la comédie musicale, en passant par la tragédie classique. Imaginez par exemple "Le songe d'une nuit d'été"... Cette oeuvre fascinante où se croisent plusieurs mondes, cette incroyable rencontre entre le réel et l'imaginaire... Cette pièce flamboyante, c'est une troupe indienne qui la jouera en sept langues différentes à Stratford, qui, soit dit au passage, a elle-même quelque chose de fascinant... C'est un peu comme Liverpool avec les Beatles... Tout est consacré à Shakespeare, dans cette petite ville du centre de l'Angleterre... Une statue, illustrée d'une citation, mais sans le nom du personnage sanctifié... Ce serait presque une incongruité que de le nommer. D'ailleurs, Shakespeare est partout... Ses thèmes : l'amour, la haine et l'honneur, parlent à tous... Et comme en témoigne Deborah Shaw, cette jeune femme qui fait le tour du monde à la recherche des troupes qui jouent Shakespeare de façon originale... "Partout dans le monde où les événements sont épiques, on trouve une résurgence de l'auteur... Aujourd'hui, quand je vais au Moyen-Orient, on me dit : 'Avec la haine, l'amour, l'honneur, c'est à nous qu'il parle, directement'. Vous, dans vos démocraties, vous ne savez plus, parce que vos émotions sont beaucoup plus atténuées". Peut-être, mais Shakespeare est quand même en nous... Etre ou ne pas être, de son oeuvre imprégnés... Là n'est pas la question... Il n'y a pas de question : nous le sommes. Bonne journée. A demain.

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