Serge Dassault pensait à la France dit le Figaro, qui oublie qu'il s'était appelé Bloch au début de sa vie... Mais à la une de Libération, le même en bras de chemise semble se moquer de nous. L'Italie inquiète la presse, Theresa May veut repousser le Brexit, et l'Humanité ranime Maurice Audin et a révolte en Algérie..

Serge Dassault est à la une du Figaro... 

Serge Dassault qui semble nous saluer de la main sous le nom de son journal inscrit en lettres noires, car le Figaro est en deuil de son propriétaire et le cérémonial  de ses pages a la solennité des obsèques nationales, en témoigne le titre de l'éditorial de Une, "La France au coeur" : "D'un projet de loi, d'une réforme, d'une décision ministérielle, il demandait, c'est bon pour la France? »,  écrivent ensemble Marc Feuillée, le directeur général et Alexis Brézet, le directeur des rédactions du Figaro, et Brézet, qui est un des meilleurs stylistes de la presse française, Brézet qui avait écrit le plus beau des hommages à son ami et adjoint Paul-Henri du Limbert, Brézet retient ses mots,  et les mots dans le journal, restent convenus, « la belle épopée industrielle », « un chef de famille attentif », « l'hommage des politiques », ainsi parle-t-on d’un patron.  

Mais cette retenue est aussi une reconnaissance,  tant Serge Dassault a sauvé le Figaro : "Il avait compris que la presse est une industrie, le passionné de technologie comprenait d'instinct les enjeux du futur." 

Un mot manque dans le Figaro, un nom, Bloch, la famille Dassault s'appelait ainsi avant-guerre, une famille d'industriels juifs... Le Figaro n'en dit rien et évoque simplement, sans explication, "le premier vol d'un avion Bloch" dans les années trente. Les Bloch avaient été arrêtés en 1944, et Marcel Bloch, le père de Serge, avait été déporté à Buchenwald, et Serge lui-même était passé par le camp de Drancy. Son journal n'en dit rien, comme si cette histoire n'avait pas marqué cet optimiste que l'on voit à la sortie de l'église en famille, et en tenue d'aviateur, façon top gun. Serge Dassault avait pourtant raconté sa guerre à une association de l'Essonne, « Mémoire et patrimoine vivant », c'était en janvier 2004, le témoignage est en ligne... C'est l'article et le lien qui manquent ce matin...

Mais d'autres journaux racontent l'histoire des Dassault...  

L'Humanité rappelle  que Marcel Bloch-Dassault avait été protégé par ses co-déportés communistes. Il faut aller dans d'autres journaux pour que se colorie de nuance une famille et un homme, Serge Dassault, "une obstination française" pour l'Opinion, Serge Dassault l'obstiné pour les Echos… Le Monde se souvient de ses démêlées avec son père, et Libération masque l'hommage sous l'ironie. "C’était le benêt le plus roublard de France, le fils à papa le plus entreprenant, l’avionneur le plus politicard…" Mais Libération humanise l'adversaire en l'attaquant. Le titre de Une est méchant, « Dassault tiré d'affaires », jeu de mot sur les plus que soupçons d'achat d'électeurs qui entachaient le parcours politique de Serge Dassault, mais c'est la photo que l'on voit, Serge a l'air de se moquer de nous, en bras de chemises et cravate et mains sur les hanches devant le Rafale, nous sommes en 1988 ...  

Et Libération fait à Serge Dassault le cadeau du rire, le sien ou celui qu'il pouvait provoquer, millionnaire incroyable qui 

chassait le gibier dans sa propriété à bord d'un 4.4 surmonté d'une tourelle, et qui avait échappé à la prison, pour blanchiment de fraude fiscale en raison de son âge... Serge Dassault, dont les saillies politiques décorent les pages de Libération, «Qui va faire la croissance ? Qui va faire les emplois ? C'est pas les pauvres...! », « On veut un pays d'homos? Dans dix ans il n'y a plus personne », « les journaux doivent diffuser des idées saines, nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche ». 

Et l'on sourit alors, ou d'autres se fâcheront, devant l'absolue liberté qu'offrait à Serge Dassault la puissance... Mais à la fin de sa vie, Libération le dit, "il laisse un empire capable de voler de ses propres ailes", qui en dit autant?

La crise italienne inquiète les journaux...

Quand le Président Matarella a empêché l'avènement d'un gouvernement populiste, un journal pro-européen comme la croix se demande si le vote des électeurs italiens a été respecté : poser la question est déjà une réponse? Le Financial times redoute que l'européen Matarella ait exacerbé le discours anti-élite... L’opinion titre sur l'Europe « mise en accusation par l'Italie », le Progrès oppose le « front populiste » au « front européen »,  et dans le Figaro, le politologue Marc Lazar est inquiet pour la démocratie italienne...  La Ligue menace d'organiser des manifestations, "cela rappelle la marche sur Rome de Mussolini en 1922"... Et si Lazar ne croit pas au fascisme, il voit l'exaltation d'un sentiment nationalitaire,  et se répandre l'idée qu'il existe de meilleurs régimes que la démocratie... Le Monde raconte comment les petits patrons dans le Nord de l'Italie sont de plus attirés par la ligue... C'est un signe.

Pendant ce temps, c’est encore dans le Monde,  Theresa May voudrait repousser le Brexit à 2023, inquiète que ce Brexit, réveillant le drame irlandais, fasse exploser le royaume. Les élites ont peur.

Et un jeune homme à la une de l'Humanité... 

Un homme aussi jeune que Serge Dassault était âgé, il est mort à 25 ans dans un temps troublé... Maurice Audin, mathématicien, et communiste, arrêté à Alger le 11 juin 1957 et jamais retrouvé... Mais très vraisemblablement torturé et tué  par l'armée française, qui réprimait le terrorisme indépendantiste algérien…  L'Humanité publie une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour qu'il reconnaisse la responsabilité de l'Etat français... On y voit la signature de Cedric Villani, député macroniste mais qui interpelle son président.

On lit aussi dans l'Humanité un portrait d'une vieille dame, la veuve de Maurice Audin, Josette qui fait résonner ce qu'était leur jeunesse, quand Maurice et elle, aidaient les indépendantistes algériens. "Nous étions révoltés par le colonialisme, on ne supportait pas de voir des gosses algériens cirer les chaussures dans les rues, au marché, si le vendeur était arabe, tout le monde le tutoyait... Nous ne l'acceptions pas."

Son mari est mort de ce refus. 

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