L'Equipe titre, "Comme des cons?" car tout reprend sauf le football, qui ailleurs en Europe repart. Des pluies diluviennes ont fait déborder les bassins de pisciculture, Sud-Ouest, et des esturgeons de Sibérie épris de liberté se sont sauvés dans la Garonne, mais le fleuve va à la mer, et le sel tue les esturgeons...

On parle de Guy Bedos…

Dont Nice-Matin se souvient que dans l’intimité,  lui qui rugissait sur scène parlait d’une toute petite voix qui voulait dire « je t’écoute », et singulièrement dans ces repas où il retrouvait ses amis du Var, le psychiatre Cyrulnik qui riait plus que lui, ou le journaliste Claude Ardid qui raconte sur sa page Facebook, allez voir, que Bedos en 1995 lui avait demandé comment aider les associations des villes du midi, Toulon Vitrolles, Marignane, Orange passées au Front national, Bedos était allé jouer dans ces villes, et avait offert ses recettes… 

Et c’est étrange ce matin quand Bedos est mort de lire dans l’Indépendant qu’à Limoux, la droite le centre et l’extrême droite vont s’allier pour le second tour des municipales, et de lire dans Midi Libre comment à Béziers, le maire d’extrême droite Robert Ménard négocie la possible reprise du grand club de Rugby par des Emiratis qu’il trouve « charmants » et qui ont pour avocats l’ancien ministre des Sports de François hollande…Le pays a changé et Guy Bedos est parti.

Il est à la une de Libération ce qui est naturel car il était la gauche, mais pas seulement cela, il était sa propre tragédie, lui qui se souvient l’Obs aimait caresser l’idée du suicide. Bedos avait raconté une enfance algérienne de violence dans une interview télévisée que je retrouve sur le site de Voici; «J'entendais ma mère hurler sous les coups de mon beau-père. J'étais dans la cuisine et j'ai attrapé un couteau à viande. J'avais 12 ans et j'ai planté le couteau dans la porte parce que j'avais envie de lui planter dans le ventre. »

Libération, Le Monde, le Parisien le Républicain lorrain, racontent le « mélancomique », le « tendre acide », ils raniment l’adolescent désespéré qu’un médecin avait dirigé vers le théâtre, il était devenu pour la vie l’ami de Belmondo qui est désespéré, vieil homme ce matin, il avait rencontré le music-hall, Jacques Prévert et Boris Vian l’avaient encouragé, « vas y petit, tu as de l’or dans les mains », il était beau, Guy est beau dans Libé vêtu de noir et dans la Dépeche où il est jeune grimé en clown, il était beau nous a redit son fils Nicolas Bedos en annonçant son départ…

Nicolas qui venait d’écrire pour Paris-match un si bel article sur Jean-Loup Dabadie qui était son parrain et l’ami de Guy, les voilà ensemble, rient-ils, ou agacent-ils encore là-haut...

Et Bedos agaçait notamment par sa revue de presse...

Par laquelle sur scène il disait sa vision du monde, et nul ne l'oublie, pour le rire et le fiel, et dans le Figaro qu'il aimait égratigner, un journaliste, Anthony Palou ose que l’on n’ose guère face aux morts. Après avoir encensé l’acteur, il ajoute que Bedos avait tourné au vieux con par la politique, il était devenu « un peu pénible » à force d’être « mitterandolâtre », il était en vieillissant « de moins en moins anar et toujours de gauche, donc moins drôle ».

Et je ne parie pas que Bedos aurait mal pris cet hommage à l’envers, lui était d’un combat, dis moi qui ricane sur ta tombe...

Il consolait, Bedos, plus qu’il construisait, avait-il dit à Libération. Il témoignait de la vie de ceux qu’il faisait rire, et consacrait 20 minutes chaque soir à évoquer ce qui se passait dans la ville qu’il visitait lis-je dans la Provence.

J’imagine alors Guy ce soir à Amiens, parlant de ce que je lis dans Le Courrier picard, dans le Monde, dans les Echos: la victoire aux prudhommes des vaincus de Good Year, 832 salariés de l’ancienne usine d’Amiens Nord qui a disparu, 832 salariés qui s’étaient battus en vain des années et se sont battus encore quand plus rien n’existait sauf une idée, leur licenciement dit le tribunal était illégal, il y aura indemnités, il y a revanche. 

Je l'imagine aussi bien à Choisy-le-roi raconter après le Monde cette usine Renault où l'on remet à neuf les moteurs usagers encrassés, qui serait une des cibles du plan de rationnement de l'entreprise, aurait-il grincé, Guy Bedos, sur ce malheur qui prend des salariés, ce jour où tout autour la presse célèbre le soleil, et l'on titre sur la liberté retrouvée, qu'Edouard Philippe nous a rendue...

Je vois à la Une de Ouest France une jeune femme souriante qui astique et désinfecte les tables d'un pub, je vois du soleil, une veillée d'arme chez Bocuse à Lyon dans le Progrès mais dans le Progrès encore, je vois l'inquiétude des bouchons dont les salles sont petites, comment faire si l'on n'a pas le droit de les remplir, et tout devient compliqué…

On se plaint donc aussi dans le soleil retrouvé. dans l'Equipe, un grand journaliste, revenu du coronavirus, signe un éditorial glacé. Vincent Duluc constate que le sport est mal aimé en France, tout rouvre mais toujours pas le football qui pourtant reprend partout ailleurs en Europe, et l'Equipe titre ainsi, « Comme des cons? »

On parle de vieilles pierres enfin!

Qui servaient  abriter des pauvres, des voyageurs des malades, ces vieilles pierres des Hôtels Dieu que l'Eglise élevait près de ses cathédrales, mais qui deviennent, si charmantes, des hôtels, des résidences de luxe (à Paris on veut y mettre des start-ups). La Vie dénonce ces profanations. Le laïque Bedos aurait-il cité cette colère chrétienne dans sa revue de presse? 

Je lis dans Sud-Ouest une histoire qui semble une fable morale. des pluies diluviennes ont fait déborder les bassins des entreprises de pisciculture, et des poissons se sont sauvés, cela a donné une pêche miraculeuse de truites dans les rivière le Ciron et la Gouaneyre, mais les pêcheurs en partant ont laissé des packs de bières, des canettes, des sacs en plastiques remplis de truites qu'ils abandonnent, qui pourrissent, mais il y a plus triste encore... Les eaux ont aussi libéré des esturgeons sibériens qu'une entreprise, Sturia, élevait par milliers, les employés comptent à la main les poissons qui restent... Mais combien sont partis dans le courant, grisé, rejoindre la Garonne… Mais au bout de la Garonne vient la mer, et l'eau salée tue les esturgeons dont les cadavres jonchent les rives.

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