Marée humaine... Un cliché? Oui... Sauf que, pour une fois, le cliché ne véhicule pas une idée reçue... Non, il traduit la réalité. Et c'est ainsi que vous verrez dans les kiosques ce matin la même Une sur la majorité des journaux nationaux... Une énorme photo ornant la totalité de la première page... Avec "L'Humanité" notamment, qui joue la profondeur de champ pour donner l'idée la plus précise possible de l'énorme foule de manifestants qui a envahi les rues de Paris hier... Il y a même le son, en quelque sorte, avec ce titre : "Monsieur de Villepin : écoutez le pays". Oui, encore faut-il entendre... D'où ce titre de "Libé" : "Sourd contre tous"... Et cette lamentation d'une lectrice de "Télérama" qui s'exprime dans les pages "Courrier", et qui écrit : "Otite chronique ou surdité totale ?... Combien faudra-t-il encore de manifs pour que ce gouvernement entende que cela dépasse largement le cadre du CPE ?... Un CPE qui n'a pas inventé la précarité... Il l'a officialisée", complète "Télérama" dans son édito. Effectivement, "Villepin ne cède toujours pas", titre "France Soir" en Une, toujours sur la photo des manifestants... Une mobilisation qui a également impressionné la presse étrangère, comme "La Tribune de Genève" qui parle du "Premier ministre français contre vents et marées humaines"... Alors que le journal belge "Le Soir" qualifie la mobilisation de "colossale"... "Enorme succès pour les syndicats", titre l'italien "Corriere della Sera"... Alors que le britannique "Guardian" y voit "le déclin de la France"... Ce que notre confrère algérien Ali Bahmane qualifie de "mal français" dans le journal "El Watan"... Le journaliste fait allusion à la crise des banlieues de l'automne dernier, qu'il appelle "la guerre des banlieues"... Ca plus le CPE : deux crises majeures, avec un dénominateur commun : la colère de la jeunesse. Colère, révolte : le "New York Times" voit "les jeunes sur les barricades"... Oui, mais le journal américain estime toutefois que la révolution peut attendre. Enfin, tout le monde est impressionné par le nombre de manifestants qui ont battu le pavé hier en France... Combien étaient-ils ?... On retombe sur l'impossible comptabilité des cortèges... Alors la presse retient la fourchette qui va de 1 à 3 millions de personnes... Ce qui, en soi, est forcément absurde, vue l'ampleur de la différence entre les deux chiffres... Eh bien oui, mais comment faire autrement ? Comme nous l'explique "Les Echos", en effet : le comptage de manifestants est une science inexacte, d'autant plus qu'entre police et syndicats, la guerre des chiffres est très politique... Maintenant, comment fait-on, concrètement, pour compter ?... Eh bien, que ce soit du côté de la police ou des syndicats, on utilise à peu près les mêmes méthodes, totalement inefficaces... Ainsi, la première consiste à placer 3 ou 4 personnes munies d'un compteur manuel à des points différents du parcours de la manif... Elles recensent le nombre de personnes par rang, et le nombre de rangs... L'autre solution consistant à mesurer la superficie du cortège et la vitesse de déplacement des manifestants. Enfin, il y a un troisième problème : celui des gens sur les trottoirs... "Vous manifestez ?"... "Non, non, je vais faire mes courses"... "Ah bon...". Bref, on ne sait pas quoi faire des gens sur les trottoirs... Le ministère de l'Intérieur l'avoue. Revenons sur le fond, avec "Le Canard Enchaîné", qui titre : "Villepin, ou le monologue social", et qui, dans son style bien particulier, estime que "grâce au triomphe du CPE, le Premier ministre est déjà au Palais de l'Enlisé... Son seul espoir maintenant étant que le Conseil constitutionnel juge le CPE "abraca-dabrantexte". La dimension politique de cette crise n'a évidemment échappé à aucun journal... A l'image du "Dauphiné Libéré", dans lequel Didier Pobel note que "si tout un pays au ralenti a regardé passer hier de colossaux cortèges, le Premier ministre, lui, n'a rien vu ni entendu... Les fenêtres de Matignon sont sans doute bloquées... Mais c'est souvent comme ça dans les vieilles maisons, au sortir de l'hiver". Que voulez-vous ?, se lamente "Le Figaro"... Dominique de Villepin est entre deux feux : ses partisans et ceux de Nicolas Sarkozy... Les premiers voulant maintenir le CPE, fût-ce au prix de quelques concessions de façade... Les seconds voulant, eux, tourner la page du CPE, quelle que soit la façon dont on habille le recul... C'est ce qu'on appelle avoir le choix entre deux inconvénients, déplore Alexis Brézet. Alors, que fait Jacques Chirac ?... Eh bien, c'est l'autre question majeure posée par les journaux aujourd'hui... Avec cette supplique, par exemple, de Jean-Michel Thénard dans "Libération", pour qui il est urgent que Chirac, qui a laissé le Premier ministre trucider le dialogue social, se ressaisisse... Mais pour l'instant, ajoute Bernard Revel dans "L'Indépendant du Midi", le Président est, dans son genre, une énigme... Est-il solidaire, dépassé, ou tout simplement ailleurs ? "L'Express", lui, semble avoir la réponse : "Chirac est manipulé par Villepin". Dans un dossier de 4 pages, l'hebdomadaire revient sur différents épisodes qui, selon lui, confirment cette thèse... Il est question notamment de la dissolution de 97, très fortement inspirée par Dominique de Villepin... Il y a donc maintenant le CPE... Ce qui, pour "L'Express", pose clairement la question de l'autorité de Jacques Chirac. Oui, le Premier ministre fait peur au Président, affirme également "Le Canard Enchaîné"... D'ailleurs, le chef de l'Etat a décidé de ne pas aller au Havre demain... Commentaire du "Canard" : "Si, par la faute de Villepin, Chirac n'ose plus sortir de l'Elysée, c'est que l'heure est vraiment grave". Enfin, il y a l'incontournable donnée politique Sarkozy-Villepin... Le CPE est peut-être à un tournant majeur dans la rivalité qui les oppose... Situation exprimée par le dessin du "Parisien", où l'on voit Nicolas Sarkozy habillé en policier, qui dit à Dominique de Villepin, qui passe en courant : "Tu peux aller dans le mur... Je ne verbaliserai pas l'excès de vitesse". Et c'est d'ailleurs dans "Le Parisien" qu'on retrouve Nicolas Sarkozy, qui était invité hier à rencontrer les lecteurs, et qui s'est donc expliqué sur la position qu'il vient de prendre sur le CPE... Et qui dit : "Quand il y a un malentendu, il faut faire un compromis. Il n'y a pas de honte. Ce n'est pas un gros mot". Le chef de l'UMP reconnaît par ailleurs que la situation actuelle est très mauvaise pour la majorité... "Allez-vous quitter le gouvernement ?", lui demande une lectrice... "Non, on ne quitte pas un navire quand il tangue", lui répond le ministre de l'Intérieur. Question également sur la Présidentielle : "Craignez-vous Ségolène Royal ?"... "C'est quelqu'un de qualité, commente Nicolas Sarkozy... Je la respecte, tout comme je respecte Lionel Jospin, qui a des qualités d'expérience". Dernière chose... C'est une question de Marie-Christine, qui lui dit : "Un célibataire à l'Elysée, c'est possible ?"... "Mais qui vous dit que je suis célibataire ?", lui répond Sarkozy. L'histoire des coulisses de cette journée passée à la rédaction du "Parisien" ne raconte pas quelle tête a fait le ministre de l'Intérieur lorsqu'on lui a posé cette question. C'est mercredi, jour de cinéma... Et le film qui fait l'actualité... Enfin l'un des films... C'est "Basic Instinct 2". Hélas. Les journaux sont unanimes pour éreinter ce numéro 2 et, au passage, Sharon Stone, 48 ans, pas une ride d'expression... Bon d'accord, pas d'expression du tout, écrit Marie Sauvion dans "Le Parisien"... C'est bien simple : entre deux "Basic", Sharon a rajeuni de 15 ans... A ce rythme-là, dans le "3", elle portera une jupe plissée et des socquettes blanches. Le film maintenant... Faut-il en rire ?... Oui, répond "Libé", ne serait-ce que nerveusement... Intégralement dépourvu d'âme, de sève et d'idées, "Basic Instinct 2" reprend le personnage de Katrin Trammel dans la position où on l'avait laissée en 92 : les jambes écartées. Quant au scénario, il n'est qu'une intrigue fastidieuse, artificielle et laide, qui n'a de pervers que le ridicule dont elle ne se départit jamais. Alors, qui a tué ? On n'en sait rien, et on s'en fout complètement, reprend "France Soir", qui a vu Sharon Stone dans une auto-parodie... Il n'y a que le journaliste de "Métro", Jérôme Vermelin, qui trouve le film plutôt réussi... Mais bon, il s'est peut-être trompé de salle. J'ai une mauvaise nouvelle, Pierre Weill... Vous qui partagez avec moi cette passion rétrograde pour les vieux groupes de rock... Vous serez peiné à la lecture de l'interview que donne David Gilmour dans "Le Parisien"... Gilmour, guitariste et compositeur de............................. Vous savez qu'il a donné un concert au Grand Rex il y a quelques jours, à Paris... Pendant une heure, il a joué l'intégralité de son nouvel album, que le public a écouté et applaudi poliment... Gilmour a bien senti qu'ils s'impatientaient, tous ces fans venus écouter du Floyd... Et de fait, lorsqu'il a joué les premiers accords du morceau mythique du groupe, le public s'est réveillé. Gilmour ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que ça l'a un peu vexé, d'où cette phrase définitive, qui tombe comme un couperet en fin d'interview... A la question d'Emmanuel Marolle du "Parisien" : "Aura-t-on droit bientôt à un album et une tournée avec le Floyd ?"... "Non... A l'heure où l'on se parle, j'aurais tendance à dire que Pink Floyd, c'est fini". Oui, pour des critiques unanimes, à l'envers de celles qui torpillent "Basic Instinct"... Là, ce sont des lauriers que tresse la presse aux deux épisodes du "Grand Charles", diffusés sur France 2 hier et avant-hier, sur le thème de la télé qui se met au service de l'Histoire, efficacement, habilement et avec talent... Et puisque nous parlons de télé, ce retour sur l'arrivée, si je puis dire, d'Harry Roselmack au "20 heures" de TF1, l'été... Le drame affreux que vit le couple Laurence Ferrari-Thomas Hugues... Et puis cette phrase de Patrick Poivre d'Arvor, qui en dit long sur la capacité de ce pays à se renouveler et à donner sa chance aux jeunes... PPDA qui dit : "Je serai peut-être encore là dans dix ans"... Ce qui ne fera jamais que 40 ans de présence au même endroit, à la même heure... Bonne journée !... A demain !...

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