(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : des châteaux (en ruine) en Espagne

Non, l'Europe n'est pas tirée d'affaire ! En Espagne, ces dernières années, pour qualifier la génération précaire, on parlait des "milleuristas", ceux qui gagnent mille Euros.

Une nouvelle expression est apparue : les "nimis", comme "ni mismo", même pas mille Euro.

Sergio, 28 ans est un "nimi", 287 Euro par mois. Son portrait est dans Libération . Il a pourtant un master d'administration des entreprises et un autre drôle de diplôme, moniteur de temps libre. Il intervient dans les collèges. Jusque là c'était un extra. C'est devenu son seul job, 13 heures hebdomadaires, rémunéré comme un stage et au noir.

« Tous nos profs nous poussent à émigrer » dit une autre jeune femme interrogée par Libération .

Les « nimis » participeront à la grève général contre l'austérité et la réforme du marché du travail aujourd'hui.

« Grèves, récession, déficit : l'Espagne devient le grand souci de l'Europe », titre Le Monde à sa Une. Le déficit 2011 est bien plus élevé qu'attendu, la banque d'Espagne parle officiellement de récession. Et l'immobilier - tous les chateaux en Espagne construit du temps de la bulle... Le nombre de mises en chantier a été divisé par 7 en 4 ans.

Traduction sur les marchés financiers : Madrid paye désormais des taux d'intérêt que Rome pour emprunter.

L'Europe n'est pas tirée d'affaire, les Français l'ont bien compris

Ils n'ont jamais épargné depuis 30 ans. C'est la manchette des Echos . 17% de leurs revenus.

Il faut dire que les signes de la diffusion de la crise au cœur du pays, on en trouve tous les jours dans la presse. Dernier exemple aujourd'hui, sur Rue89 , ce reportage sur le football amateur qui se meurt dans les campagnes. L'année dernière 18.000 clubs ont commencé la saison. 15.000 seulement l'ont achevée. Ces petits clubs dépendent des subventions des collectivités locales qui ont désormais d'autres priorités.

Cette crise du foot amateur n'est pas que financière. Il y a de moins en moins de bénévoles et de gamins inscrits. Il y a des réticences des parents envers le foot. La désastreuse coupe du monde 2010 a laissé des traces.

Puisqu'on est à la rubrique football, un mot de la défaite de l'OM hier soir 2/0 à domicile face au Bayern Munich en ligue des champions. « Implacable », titre L'Equipe . Le caricaturiste Chenez dessine la bonne mère et l'enfant Jésus qui lui dit "Dieu est à leur côté - Arrête de critiquer ton père !"

Contre la crise, il y a don Quichotte

Mélenchon !... Est-ce qu'il lutte contre des moulins ou est-ce qu'il fait davantage ? La presse prend un peu plus au sérieux chaque jour ce qu'elle appelle désormais le phénomène Mélenchon, à la Une de L'Humanité , de Libération et du Figaro ce matin.

L'Huma a compté 23.000 personnes mardi lors du meeting à Lille et dans l'éditorial, Jean-Emmanuel Ducoin se fait lyrique.

« Ce qui se déroule sous nos yeux perlés d'émotion n'est pas un mystère indéchiffrable (...) l'ambition politique et combattive et suggestive de tous ces êtres humains constitués en assemblée, venus là, mains ouvertes pour poursuivre le long et beau travail collectif (...) : que l'insurrection civique ne s'arrête pas avec le printemps. (...) La rivière est un fleuve, déjà. »

Le lyrisme de Jean-Luc Mélenchon… Alain Duhamel, salue le travail de l'artiste avec une pointe d'ironie dans Libération . C'est « le grand poète national en colère (…) le premier tribun de France (…) Victor Hugo... le candidat du Front de gauche, cultivé, irascible et bretteur trouve là la source naturelle de son inspiration (…) Il aura ressuscité la part de rêve », et plus loin il est question du « livret de l'opéra mélenchonien (…). S'il n'était pas joué, il faudrait que Jean-Luc Mélenchon se contente du ministère des masses. »

« Gauche, la pression Mélenchon », titre Libé , qui recense les sujets de désaccords avec François Hollande : l'homme du Front de gauche ne se contente pas d'un nouveau traité européen, il veut un referendum, la retraite à 60 ans est un impératif, la hausse du Smic doit être décrétée d'emblée et la Vème République abandonnée sans tarder.

La pression Mélenchon, l'édito du Figaro l'exerce un peu plus. "Avec un tel allié, le candidat PS pourra-t-il demeurer dans l'ambiguïté jusqu'au premier tour ? demande Paul-Henri du Limbert. (...) Et après le premier tour, François Hollande n'échappera pas au périlleux exercice qui consistera à proposer une improbable synthèse aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou. »

D'autres échos de campagne ?

« Je vais l'exploser ». Confidence off de Nicolas Sarkozy à un visiteur selon Le Point cette semaine. « Exploser » François Hollande lors du débat entre les deux tours. Le verbe est également imprimé dans Le Nouvel Observateur . En couverture du Point , il est l'homme qui ne renonce jamais. A la Une de L'Obs : "Au secours, Sarkozy revient !"

Le Nouvel Observateur vendu cette semaine avec un nouveau mensuel de mode, culture et tendance intitulé « Obsession ».

Sarkozy ne renonce pas, sous le crayon de Plantu à la Une du Monde , les hommes du Raid interviennent à l'Elysée : "attention, attention, le locataire refuse de quitter le domicile"

Quoi d'autre dans la presse ?

2 histoires dans Le Parisien-Aujourd'hui-en France . D'abord ce fait divers épouvantable. Cinq adolescents entre 15 et 17 ans organisent un cambriolage. Quatre d'entre eux ont peur que le cinquième les dénonce à la police. Alors ils lui donnent rendez-vous dans une forêt, ils le tuent de deux balles dans la nuque et brulent son corps. Ca s'est passé à Beauvoir-en-Lyons en Seine Maritime dans la nuit de lundi à mardi

« Réprimandée pour une jupe trop longue. » Une lycéenne de Saint-Ouen-l'Aumône dans le Val d'Oise n'aurait pas été acceptée en classe depuis lundi (écrit Le Parisien ) à cause d'une jupe trop longue et trop sombre. Même si elle enlève son voile avant d'entrer au lycée, sa tenue reste connotée religieusement. Commentaire de l'inspection « Cela fait partie de l'éducation de faire des remarques aux élèves dont la tenue est provocante, comme pour une jeune fille qui vient à l'école le ventre à l'air. »

Et puis après les tueries de Toulouse et Montauban, parmi les nombreux textes que l'on peut lire ce matin encore, on retiendra celui de Jean Daniel, dans Le Nouvel Observateur . Il évoque d'abord la mort dans l'école juive de « la petite fille qui sent tout à coup sur sa tempe habituées aux caresses la glace du canon de révolver. Cette image s'est fichée dans mon esprit, je ne peux plus l'en déloger. »

Et en conclusion, Jean Daniel écrit qui peut choser et que l'on citera un peu longuement :

"Je suis un incroyant, un mécréant, un infidèle. Je sais pourtant que l'homme est un être religieux. (…) La foi donne un recours, un soutien et, somme toute, un salut. (…)

Je souhaiterais qu'un ensemble d'intellectuels chrétiens, musulmans et juifs reconnaissent qu'il y a dans tous les textes religieux, en particulier dans ceux issus du monothéisme, des stigmatisations, des mises à l'index, des bannissements qui peuvent être interprétés comme des appels au meurtre. Ces intellectuels s'engageraient à reconnaître les appels de ce genre dont ils auraient le courage de reconnaître l'existence. Une fois ce grand pas fait, il leur reviendrait de s'entendre sur une interprétation commune du message religieux. Sans une telle initiative, ils risquent de rester malgré eux des missionnaires de la mort."

A demain

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.